’Si les importations de Russie s’arrêtaient, cela provoquerait une catastrophe’, a estimé le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen lors d’un conférence de presse cette semaine.
Les papetiers finlandais, déjà affaiblis par une baisse de la demande, pourraient rencontrer un nouveau coup dur : le voisin russe prévoit d’augmenter encore les taxes sur les exportations de bois brut, menaçant de pénurie l’un des secteurs phares de l’économie du pays nordique.
Stora Enso et UPM-Kymmene, qui figurent parmi les leaders mondiaux du secteur, ont annoncé cette semaine des résultats trimestriels désastreux plombés par une baisse continue de la demande et des coûts exorbitants dus en partie aux droits de douane sur les exportations de bois russe, en hausse constante depuis 2006.
Les papetiers, qui ont déjà supprimé presque 10.000 emplois en Finlande depuis 2004, ont prévenu qu’ils pourraient procéder à une nouvelle vague de licenciements, des fermetures d’usines se profilant à l’horizon.
"Nous préparons actuellement (...) un plan de restructuration au cas où l’on ne trouverait pas bientôt un accord concret qui améliore les coûts sur les produits russes", a déclaré le PDG de Stora Enso Jouko Karvinen dans un communiqué.
Moscou a prévu de passer les droits de douane sur le bois brut à 50 euros par mètre cube dès 2009, contre 15 euros actuellement pratiqués.
Si cela se produit, les importations de bois en provenance de la Russie, qui ont baissé de 23% entre 2006 et 2007 à 12 millions de mètres cubes, seront très probablement supprimées.
"Si les propriétaires de forêts ne vendaient plus de bois et les importations de Russie s’arrêtaient, cela provoquerait une catastrophe", a estimé le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen lors d’un conférence de presse cette semaine.
Pour éviter un désastre au sein de l’industrie forestière, qui représente environ 16% des revenus de la production industrielle de la Finlande, le gouvernement a indiqué qu’il allait temporairement baisser les taxes sur les ventes de bois brut jusqu’à 2010.
"Ceci est une opération pour sécuriser les emplois au sein de l’industrie forestière finlandaise", a ajouté le ministre des Finances Jyrki Katainen.
Une vision partagée par les experts. "La croissance économique est en train de ralentir et l’impact d’une baisse des effectifs (sur l’économie nationale) serait alors plus important", relève Paula Horne, de l’Institut de recherche économique de Pellervo.
Elle a précisé à l’AFP que dans certaines régions de Finlande, "l’industrie (...) du papier représente environ 20% de l’économie locale".
Tandis que l’industrie forestière a salué la décision du gouvernement de réduire les taxes, plusieurs chercheurs ont estimé qu’elle ne règlerait pas les problèmes du secteur sur le long terme : surcapacité, coûts élevés et une demande de plus en plus faible qui empêche les prix d’augmenter.
"Une réduction drastique des coûts de production est très probable et cela ne dépend pas des importations de bois", a souligné Risto Seppaelae, professeur à l’Institut finlandais de recherche sur les forêts.
Les papetiers, qui emploient actuellement plus de 20.000 personnes sur les 5,2 millions d’habitants de la Finlande, avaient pris un risque calculé lorsqu’ils ont commencé à accroître leur production à la fin des années 90, stimulée pas un bois russe bon marché et une augmentation de la demande en papier, a-t-il ajouté.
M. Seppaelae est également sceptique sur un maintien des emplois du secteur sur le long terme, précisant que les sites de production du pays vieillissent et qu’il serait judicieux pour les entreprises de délocaliser leur production dans des endroits où le bois est moins cher, comme l’Amérique du Sud.
Selon les experts, le voisin russe ne sortira pas non plus indemne de la crise du secteur. "Il est clair que la Russie ne pourra pas utiliser tout le bois qui ne sera pas exporté en Finlande, a ajouté Patricia Horne. "Cela aura un impact sur les économies locales russes et sur l’emploi".