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2003

    

Rencontre Poutine-Chirac-Schrôder / Déclaration de V. Poutine


Le 14/04/2003

Déclaration pour la presse et réponses aux questions а la conférence de presse conjointe а l’issue des négociations tripartites de V.V.Poutine, Président de la Fédération de Russie, avec G.Schrцder, Chancelier fédéral de la RFA, et J.Chirac, Président de la France, Saint-Pétersbourg, le 11 avril 2003

V.V.Poutine :

- Vient d’avoir lieu la rencontre au sommet russo-germano-française. Comme vous savez, ce n’est pas le premier sommet de ce genre. En mars 1998, les leaders des trois pays s’étaient réunis а la même composition а Moscou. Le fait que nous nous soyons rencontrés de nouveau, maintenant, n’est, certes, pas dû au hasard. C’est une nécessité objective, causée tant par le haut niveau des relations bilatérales que par la compréhension de la responsabilité pour la situation de l’état des choses en Europe et dans le monde en général. La veille du sommet Russie - UE du 31 mai prochain а Saint-Pétersbourg, il nous importait beaucoup de discuter le cours de la préparation а cet événement sortant de l’ordinaire, « mettre nos montres а l’heure » pour tout l’ensemble des relations avec l’Union Européenne. Nous entendons faire le futur sommet historique non seulement côté composition des participants, mais aussi côté caractère des décisions prises. Une grande attention au cours de notre rencontre d’aujourd’hui a été prêtée а l’architecture commune des relations internationales. Sous cet aspect, a été surtout souligné le rôle unique de l’ONU en tant que principal mécanisme régulateur des relations internationales. On a aussi énoncé l’avis unique qu’on ne pouvait pas atteindre ces objectifs sans une interaction positive dans l’espace nord-atlantique. Naturellement, au cours des pourparlers, nous n’avons pas négligé la crise irakienne. La position de principe de nos pays sur ce problème n’a pas changé. Aujourd’hui, les tâches prioritaires sont, bien sûr, le passage а la reconstruction dans ce pays de la vie pacifique, la solution des problèmes humanitaires. Tous ces problèmes peuvent et doivent être résolus avec le rôle central de l’ONU. Nous avons aussi énoncé l’avis unique а propos de ce que la situation en Irak doit susciter les actifs efforts internationaux pour surmonter d’autres conflits régionaux. C’est pourquoi nous avons aussi parlé de l’opposition palestino-israéliennne, de l’avancement dans l’intérêt du règlement proche-oriental en général. Nous avons parlé des perspectives de la « carte routière » que vous connaissez. On a discuté également le problème de la péninsule Nord-Coréenne et la situation autour de la Corée du Nord. Certes, aux négociations ont été discutés d’autres problèmes d’intérêt réciproque, y compris les liaisons bilatérales Russie-RFA, Russie-France. En général, nous voyons avec optimisme les perspectives des relations bilatérales tant avec les partenaires allemands que français. L’intérêt de Moscou, de Paris et de Berlin au développement des liens de coopération a un caractère durable. Ils ne dépendent pas de la conjoncture politique, je veux le souligner. Et nous sommes persuadés que l’avancement de ces relations est d’une grande importance pour la stabilité européenne et internationale. Merci.

Question :

- On a l’impression que les autorités d’occupation en Irak ont oublié leur responsabilité dans ce pays. Le maraudage, la catastrophe humanitaire, l’anarchie... Quel est votre point de vue lа-dessus ? Et est-ce que vous croyez que la frappe en Irak ait atteint son but ?

V.V.Poutine :

- Je suis d’accord de commencer, si mes collègues n’ont pas d’objections. La première partie de la question concerne la responsabilité des forces d’occupation pour la situation en Irak. Nous ne nous sommes pas réunis ici pour critiquer les actions de ces forces d’occupation. Vous connaissez en général notre position sur ce problème. Je répète qu’elle n’a pas changé. Je ne crois pas que les membres de l’alliance - de la coalition anti-irakienne - aient oublié leur responsabilité. Au contraire, je crois qu’ils font aujourd’hui tout pour prévenir la catastrophe humanitaire. C’est une autre chose que l’échelle du problème est si importante qu’ils ne peuvent pour l’instant pas le résoudre efficacement. C’est la situation réelle. Mais ils ont signé la résolution correspondante de l’ONU, récemment adoptée. En conformité avec la Convention de Genève, ils assument la responsabilité pour la garantie de la situation humanitaire dans le pays. J’espère beaucoup que ce sera fait. Concernant la question, si tous les buts de la frappe sont obtenus, l’unique but, si l’on parle d’une légitimité quelconque, ne pourrait être que celui du désarmement de l’Irak, de la recherche lа-bas d’armes d’extermination massive. Comme nous le savons, rien n’a été trouvé. Même au tout dernier moment du combat pour sa survie, le régime irakien n’a pas utilisé ce moyen. Jusqu’а présent, nous ne savons pas, si le régime irakien avait eu ces moyens d’extermination massive. Mais si même au dernier moment de son existence il ne les a pas utilisés, cela veut dire que, soit ils n’existent pas, soit que leur état les rend impossibles а utiliser. Alors, apparaît la question sur l’utilité de l’action même. Pour quoi ont-ils lutté ? Quel problème voulaient-ils résoudre ? Concernant le problème majeur - celui du désarmement de l’Irak, la présence ou l’absence lа-bas d’armes d’extermination massive, ce but n’a pas été obtenu et, а propos, il ne peut pas être obtenu sans le retour en Irak, dès que cela devient possible, des inspecteurs de l’Organisation des Nations Unies. Cela devra être fait tôt ou tard, puisque les trouvailles de la part des forces de l’alliance ne peuvent pas être reconnues légitimes, quelles qu’elles soient. Jusqu’а présent, rien n’a été trouvé. Mais seuls les inspecteurs de l’Organisation des Nations Unies peuvent définir la provenance de tel ou tel autre moyen d’extermination massive.

Question :

- La question а chacun des trois leaders. Est-ce que votre rencontre d’aujourd’hui ne va pas casser la communauté internationale ?

V.V.Poutine :

- Ce n’est pas par hasard que j’ai dit que ce n’était pas la première rencontre dans ce format. En 1998, la rencontre pareille a déjà eu lieu. Il existe un autre format tripartite - la France, l’Allemagne et la Pologne. Et, autant que je sache, la prochaine rencontre dans ce format est aussi prévue sous peu. Je dois souligner que notre rencontre n’a pas pour but de casser la communauté internationale, mais, au contraire, de chercher les voies dans le travail conjoint de l’édification de la structure et de l’architecture de la sécurité internationale au XXIe siècle, acceptables pour tous les états. C’est une rencontre ouverte. Je dois dire qu’elle était connue d’avance. Et nos autres collègues ont aussi reçu les invitations d’y participer. Il est vrai qu’elle a été organisée dans des délais assez brefs, et nous ne ferons pas grief aux invités qui n’ont pas pu y participer. Mais nous sommes prêts а continuer de travailler et dans ce format, et dans un format plus large. Nous prêtons, bien sûr, beaucoup d’attention а l’Irak. C’est naturel. Mais le problème de l’Irak n’a pas été l’unique sujet de la discussion. Ils ont été plus nombreux, nous l’avons dit. Nous sommes préoccupés par la situation autour de la Corée du Nord, nous sommes préoccupés par le conflit au Proche-Orient en général, autour des territoires palestiniens, et ainsi de suite. Je voudrais ajouter deux mots а la question, si les but en Irak sont obtenus. Nous ne devons en aucun cas nous permettre de remplacer les notions, ne devons pas oublier, pour faire quoi et autour de quoi gravitait tout ce problème. Personne n’aimait le régime irakien а part Saddam Hussein lui-même. Mais il s’agissait bien du désarmement de l’Irak, de la destruction d’armes d’extermination massive, s’il en avait. Est-ce que quelqu’un doutait que les leaders des pays de la communauté occidentale, les pays du monde les plus puissants militairement, ne puissent pas faire preuve de leur suprématie militaire vis-а-vis d’un pays faiblement armé et moyennement peuplé ? Personne n’a eu de telles questions. Voila, sur le t-shirt de votre collègue qui est en face de moi, il y a le portrait de Che Guevara. Voyez comme il est beau - ce plus marquant représentant de la théorie de l’expansion de l’exportation de la révolution socialiste. Nous ne pouvons pas exporter la révolution capitaliste, démocratique. Si seulement nous nous permettons de le faire, le monde empruntera une voie très dangereuse, glissante, de la suite sans fin des conflits militaires. Nous et vous n’avons pas le droit d’admettre ce développement des événements. En disant « nous et vous », je parle non seulement de ceux qui se sont réunis aujourd’hui ici, dans cette salle ou autour de cette table. Nous parlons des plus larges milieux de l’opinion internationale, y compris les représentants de la soi-disant alliance anti-irakienne.

Question :

- Vous avez dit que les forces d’occupation en Irak assumaient la responsabilité pour la situation humanitaire dans le pays et qu’elles chercheraient а résoudre le problème humanitaire. Mais ne vous semble-t-il pas, que les vraies intentions de ces forces d’occupation ne sont pas de mettre au point la vie normale en Irak, mais de tirer du profit économique de cette situation ?

V.V.Poutine :

- En l’occurrence, je crois que nous avons affaire а un exemple, ou les gens se comportent de manière assez consécutive. Et cela facilite quelque peu notre tâche, puisqu’on comprend а peu près le cours des pensées et le mode d’agir de nos partenaires. Je pense que la question ainsi posée a le droit d’exister. Il me semble que, malgré toute l’importance des problèmes économiques, nous devons, avant tout, penser maintenant au règlement des problèmes а caractère humanitaire et а ceux de la normalisation de la vie en Irak même. En aucun cas nous ne devons nous permettre de passer aux éléments du nouveau colonialisme. Nous devons faire tout, garantir tout le nécessaire pour que le sort de l’Irak se trouve entre les mains du peuple irakien. Pour ce faire, il existe des principes approuvées par la pratique des derniers temps - les variantes du règlement des problèmes de pareil genre. Nous avons discuté, certes, ce sujet, et Monsieur le Président Chirac a cité des exemples du règlement des problèmes de pareil genre dans l’histoire nouvelle. Et le schéma en est simple - comme, par exemple, c’était pour l’Afghanistan : une conférence internationale sous l’égide de l’ONU, une administration nationale provisoire qui doit préparer les élections démocratiques générales et les tenir pour transmettre, je répète, le sort de l’Irak entre les mains du peuple irakien. Mais а la première étape, certes, l’administration des forces d’occupation devra résoudre les problèmes humanitaires primordiaux et ceux de l’organisation de la vie du pays.

Question :

- On a entendu des appels, vu la situation catastrophique de l’Irak, de retrancher les dettes de ce pays. Qu’est-ce que vous en pensez ? Et comment voyez-vous l’ordre et la procédure du rétablissement de l’Irak ?

V.V.Poutine :

- Concernant le retranchement éventuel des dettes, qu’est-ce qu’on peut y dire... D’aucuns ont tiraillé, d’autres ont un peu pillé, et d’autres encore devront payer pour le plaisir. Il en est toujours ainsi ... Mais, malgré cette ironie, je dois dire qu’en général, la proposition, je crois, est claire et a le droit de vie. Dans tous les cas, la Russie ne s’oppose pas а la question ainsi posée. Je dois dire que la Russie, par le volume total du retranchement des dettes des plus pauvres pays du monde, se trouve а la troisième place après la France et le Japon, et pour le retranchement des dettes par rapport а son PNB - а la première place. Nous sommes prêts а examiner ce problème, mais il existe certaines procédures mises au point par la Banque mondiale et le FMI. Cela se passe dans le cadre du Club de Paris en conformité avec ces procédures, au cours des pourparlers. Nous sommes prêts а ces pourparlers. Concernant le fond du problème, autant que je sache - je ne peux dire maintenant avec précision - mais je crois que la Banque mondiale classera l’Irak, par le niveau de son développement, quelque part du côté de l’Algérie. Ils ont des procédure définis pour les pareils pays du monde. Et concernant l’ordre du rétablissement de la situation en Irak, nous venons d’en parler, et je ne crois pas utile de le répéter. Je suis d’accord avec ce qu’a dit Monsieur Chirac. Je pense qu’en principe, on pourrait commencer la discussion de ce problème lors du G8 а Evian. Vu sa situation spécifique, l’Irak n’est pas classé parmi les pays les plus pauvres du monde. Dans les cas pareils, le G8 a souvent participé. Si la France, en tant qu’hôte du forum, n’a pas d’objections а inclure cette question а l’ordre du jour, nous n’avons pas d’objections non plus.

Question :

- Selon vous, l’élimination du régime de Hussein est-elle la côté positive des événements irakiens ? Est-ce que cela signifie que vous croyez de pareilles actions des démocraties occidentaux vis-à-vis des régimes réactionnaires en principe possibles ?

V.V.Poutine :

- Je crois avoir déjà parlé avec assez de précision sur ce problème. Aujourd’hui au forum « Dialogue pétersbourgeois », Monsieur le Chancelier a aussi abordé ce sujet. On a dit que le changement du régime dans tel ou tel pays devra être dicté par les impulsions de la vie politique de cet état même. Je suis absolument d’accord avec cela. Ce n’est qu’en ce cas que les changements а caractère politique peuvent être stables, efficaces, répondant aux réalités historiques, а l’expérience de tel ou tel autre pays. Je dois dire qu’un modèle de la démocratie absolument identique n’existe pas même dans la communauté occidentale. Les principes - oui, mais les démocraties sont partout différentes. Si nous voulions tailler le monde sur un seul modèle, nous devrions changer les régimes dans la majorité écrasante des pays du monde. Je ne réponds pas de la précision, mais au moins 80 % des pays du monde seront concernés par ces transformations. Et, bien sûr, dans les cas les plus difficiles, nous affronterons ici ou lа, plus tôt ou plus tard, les mêmes graves problèmes qu’on a aujourd’hui en Irak. Nous risquons tout simplement d’être entraînés dans une suite de conflits militaires interminables. Ce qui, de mon point de vue, est extrêmement dangereux. L’autre voie est bien plus efficace - celle de la définition conjointe des principes de la solution de ce genre de problèmes, ensemble, de manière ciblée. Je suis persuadé que, sous la pression des pays leaders du monde, tout régime dans la situation d’aujourd’hui va se transformer dans un sens tout а fait acceptable. J’en suis absolument persuadé. Et le choix en faveur de guerre est le pire des choix.

Question :

- Ne croyez-vous pas, Monsieur le Président, qu’après vos paroles cuisantes concernant le régime colonialiste, certains invités ne viendront plus chez vous au sommet de mai ?

V.V.Poutine :

- Nous avons prévu fin mai le sommet Russie - UE. Je crois que le sommet aura lieu dans tous les cas. A l’occasion du 300e anniversaire de Pétersbourg, nous prévoyons l’extension du format et serons heureux de voir tous ceux que nous avons invités. Concernant le fond du problème, je ne crois pas que ce soit une position trop tranchante. Je veux souligner encore une fois que la situation que nous avons affrontée en Irak doit être le plus rapidement possible résolue en conformité avec les Statuts de l’ONU et la pratique que l’ONU avait appliquée aux situations pareilles ces dernières années. Nous en avons assez parlé - et moi, et Monsieur le Chancelier fédéral, et Monsieur Chirac. Cette pratique existe. Plus vite nous suivrons la voie, proposée par le droit international, et mieux cela vaudra. Et plus nous ferons traîner la solution du problème dans le cadre de l’ONU, plus cela ressemblera а la situation coloniale. Il n’y a lа rien de tel ni rien de neuf. Je dois vous dire que je ne suis pas le seul а le croire.



16 avril 2003 - Russie.net © Tous droits de reproduction et de diffusion réservés.


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