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2008

McCain et Obama proposent d’utiliser l’arme énergétique face à la Russie

Le deuxième débat télévisé a montré que l’atmosphère de confrontation entre Moscou et Washington ne se dissiperait pas facilement avec l’arrivée d’un nouveau président américain. M. McCain est favorable à une expulsion de la Russie du G8, le groupe des pays industrialisés, et souhaite que l’Ukraine et la Géorgie entrent dans l’Otan.

Face à une nouvelle Russie forte de ses pétrodollars, les deux candidats à l’élection présidentielle américaine affichent la même fermeté, le démocrate Barack Obama ayant progressivement durci le ton pour rejoindre celui du républicain John McCain.

Alors que John McCain a adopté, dès l’offensive militaire russe en Géorgie début août, une position intransigeante vis-à-vis de Moscou et que Barack Obama est resté plus prudent dans un premier temps, leur deuxième débat télévisé a montré que l’atmosphère de confrontation entre Moscou et Washington ne se dissiperait pas facilement avec l’arrivée d’un nouveau président américain.

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine cherche à « reconstituer l’ancienne Union Soviétique », a affirmé John McCain. « Je l’ai regardé dans les yeux et j’y ai vu trois lettres : K, G et B », a ajouté le candidat républicain, en référence au président sortant George W. Bush, qui avait affirmé avoir vu « l’âme » de Vladimir Poutine en le regardant dans les yeux.

M. McCain est favorable à une expulsion de la Russie du G8, le groupe des pays industrialisés, et souhaite que l’Ukraine et la Géorgie entrent dans l’Otan.

Barack Obama, en écho, a estimé que la « résurgence » de la Russie représentait « l’un des dossiers centraux qu’il faudra gérer lors de la prochaine présidence », se disant même « d’accord avec le sénateur McCain sur la majorité des mesures qui doivent être prises ».

Alors qu’après l’opération militaire russe en Géorgie il s’était contenté d’appeler les deux parties à la retenue, il a proposé d’utiliser l’arme énergétique face aux tentations impérialistes de Moscou.

« L’énergie sera la clé de nos relations avec la Russie », a-t-il dit. « Si nous pouvons réduire notre consommation énergétique, cela réduira le volume des pétrodollars dont ils disposeront pour poser des problèmes dans le monde ».

Alors qu’on lui demandait s’il appliquerait à la Russie d’aujourd’hui la formule de Ronald Reagan sur « l’URSS, Empire du Mal », M. Obama s’est abstenu de le faire. Il a cependant repris le thème du Mal, en estimant que la Russie avait « adopté un comportement malfaisant ».

Un ton qui a surpris certains analystes, alors que la plupart des experts s’accordent à recommander à la prochaine administration américaine de renouer le dialogue avec Moscou, comme le souhaitent les Européens.

« La rhétorique d’Obama sur la Russie montre que les Européens vont s’apercevoir que leurs divergences avec Washington ne vont pas disparaître avec le président Bush », estime ainsi Jackson Diehl, un éditorialiste du Washington Post.

Deux « sages » de la diplomatie américaine, Henry Kissinger et George Shultz, ont appelé à « mettre un terme à cette dérive vers la confrontation ». « Isoler la Russie n’est pas une politique tenable à long terme », ont souligné les deux anciens chefs de la diplomatie américaine dans une tribune libre également publiée par le Washington Post. Estimant que la Russie a des raisons de se sentir suffisamment respectée par l’Occident, ils proposent notamment de reporter l’élargissement de l’Otan à la Géorgie et l’Ukraine.

Pour Steven Pifer, de la Brookings Institution, la Russie doit être sanctionnée pour son comportement en Géorgie. « Mais d’un autre côté, sur des choses comme le contrôle des matériaux nucléaires, la coopération doit se poursuivre », ajoute cet expert. « Ce sont des intérêts que nous avons en commun avec les Russes et avec les Européens ».

« En gage de bonne volonté, le prochain président devrait relancer les négociations avec Moscou sur la limitation des armements stratégiques », estime M. Pifer. « Les Russes aiment ça, ne serait-ce que parce que c’est une reconnaissance qu’ils sont une superpuissance nucléaire, à égalité avec les Etats-Unis ».


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