On n’a jamais vu une crise comme celle-ci. Personne ne sait quoi faire. Une manière de vivre a été remise en question.
Nombre d’oligarques de premier plan sont doublement exposés à la crise car ils ont hypothéqué leurs titres boursiers, alors au plus haut, pour lever de gigantesques emprunts et ainsi financer des projets ambitieux et risqués.
Cette stratégie a constitué le principal outil d’expansion en Russie et à l’étranger, et ce modèle a abruptement cessé de fonctionner.
La principale Bourse russe, le RTS, a dévissé de 50% depuis le 1er septembre et de plus de 65% depuis son sommet historique en mai. L’ouragan n’a pas épargné l’homme considéré comme le plus riche de Russie, Oleg Deripaska, qui s’est trouvé lui aussi contraint de vendre certains de ses actifs. Il a ainsi cédé la semaine dernière 20% du groupe canadien Magna et ces jours-ci quelque 10% du groupe de BTP allemand Hochtief.
Le roi des gratte-ciels de Moscou, Sergueï Polonski, a de son côté fait savoir qu’il n’avait plus de quoi financer de nouveaux bâtiments. La liste des milliardaires russes, établie chaque année par le magazine Forbes, risque de se raccourcir nettement l’an prochain, pronostique Chris Weafer, analyste de la banque russe Uralsib. Ils étaient 110 dans le classement 2008.
M. Tchitchvarkine, comme nombre d’hommes d’affaires russes, a profité d’une vague de crédits bon marché pour étendre agressivement son activité ces dernières années.
Il a ainsi bâti un mini-empire sur le marché en plein boom de la téléphonie mobile en Russie. Euroset, créé en 1997, réalise aujourd’hui 3 milliards de dollars de chiffre d’affaires et contrôle quelque 5.000 agences dans le pays.
Mais en septembre, la crise de liquidités, qui menaçait déjà depuis plusieurs mois, a pris ses quartiers en Russie. Les banques, elles-mêmes en difficulté, ont refusé de refinancer ses prêts, provoquant la faillite de son modèle financier. Pris à la gorge, il a dû vendre. M. Tchitchvarkine reconnaît volontiers qu’il n’est pas encore sur la paille et dispose de fonds, « mais pas assez ». A en croire le quotidien Kommersant, son partenaire Timour Artemiev et lui, qui détenaient chacun 50% d’Euroset, ont reçu au total 400 millions de dollars, ce qui implique une perte de 1,6 milliard de dollars.
Evgueni Tchitchvarkine fait contre mauvaise fortune bon coeur. Mais il doit bien admettre que suite à la crise, il a dû vendre « cinq fois moins » cher Euroset, son entreprise, le premier distributeur de téléphones mobiles de Russie.
Et quand la poussière sera retombée après le krach, les bouleversements dans l’élite russe seront de la même ampleur que ceux survenus après la grave crise financière de 1998 qui avait mis l’économie russe à genoux.

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