Et le pire est sans doute à venir : ’La plupart des licenciements auront lieu en décembre et en janvier’, a prédit récemment le Service fédéral du Travail. Le chômage officiel frappait 4,6 millions de personnes fin octobre, soit 6,1% de la population active, selon l’Office des Statistiques Rosstat.
La liste des groupes contraints de se défaire d’une partie de leur personnel ne cesse de s’allonger, et la crise étend déjà largement ses ramifications au-delà des secteurs les plus vulnérables comme la banque, le bâtiment ou la métallurgie.
La crise financière se fait chaque jour plus palpable dans une Russie accoutumée depuis dix ans à s’enrichir. Et les russes vivent ces privations plus mal qu’avant, ayant "pris l’habitude d’un certain niveau de vie", ou s’étant endettés parfois à la légère.
L’industrie pétrolière, colonne vertébrale du pays, n’est plus épargnée : le troisième producteur de pétrole russe, TNK-BP, s’apprêterait ainsi à sabrer 390 postes, tandis que dans le secteur bancaire, les coupes de 20 à 40% de l’effectif total font déjà partie de "la norme". Les employeurs prévoient de réduire les effectifs d’environ 200.000 personnes.
Quant au montant de salaires impayés, il a fait un bond de 33% en octobre, pour atteindre quatre milliards de roubles (113 millions d’euros).
La population pâtit aussi beaucoup des mesures de chômage technique, en particulier dans les usines de province. Privés d’une partie de leur revenu et des primes qui l’accompagnaient, nombre de Russes ne perçoivent plus que "des salaires misérables" et se voient contraints de puiser dans leurs économies.
Certaines situations confinent déjà à l’impasse : fait rare en Russie, quelques 250 Tadjiks ouvriers du bâtiment à Ekaterinbourg (Oural) ont cessé le travail en raison d’arriérés de salaires, a rapporté lundi le quotidien Kommersant, qui qualifie l’incident de première "grande grève" en Russie depuis le début de la crise.
Le pays n’a plus connu de grands mouvements sociaux depuis la fin des années 90, lorsque les mineurs en particulier étaient descendus dans les rues pour réclamer leurs salaires, impayés depuis des mois.
Mais même en cas de chômage massif, les syndicats sont trop faibles et désunis pour organiser une protestation de masse.
Soucieux de tenir le pays sous contrôle, le Premier ministre Vladimir Poutine a néanmoins enjoint fin novembre les élus de son parti Russie unie de "se tenir prêts à une transformation structurelle du marché du travail" et leur a recommandé d’encourager les créations d’emplois dans les régions. Il a également annoncé une hausse des allocations chômage.
Les cas les plus dramatiques touchent les villes ou régions dépendant d’une seule usine ou industrie, par exemple Tcherepovets (nord-ouest) ou Tcheliabinsk (Oural), deux villes très dépendantes de la métallurgie.