Dans le fief du célèbre constructeur de voitures Lada, sur les bords de la Volga, le coeur n’y est plus. Le soutien de l’Etat, l’arrivée du français Renault, rien n’y a fait : près d’un salarié sur trois s’apprête à perdre son emploi.
A la fin de la journée de travail, à 15H45, une marée humaine se presse encore vers les autobus comme au temps où l’usine, symbole du socialisme triomphant, inondait le marché soviétique de ses voitures uniformes.
Mais pour beaucoup, l’espoir s’est évanoui sur l’immense site de Togliatti (1.000 km au sud-est de Moscou). Le 24 septembre, le verdict est tombé : 28.000 emplois, sur les 102.000 que compte l’entreprise, vont être supprimés. Et personne ne sait encore qui sera sacrifié.
Chacun attend désormais que le couperet tombe en se demandant de quoi demain sera fait dans cette ville sinistrée, baptisée du nom du leader communiste italien Palmiro Togliatti aux grandes heures de la coopération avec Fiat.
Depuis début septembre, l’usine tourne à mi-régime. Les ouvriers travaillent 20 heures par semaine au lieu de 40 et ont vu leur salaire chuter de moitié.
Le revenu moyen tourne désormais autour de 6.000 roubles (135 euros) par mois, une gageure face à la flambée des prix dans les magasins, qui rejoignent lentement les prix européens.
Ce mois-ci, une fois qu’on aura payé les charges pour l’appartement et remboursé le crédit de la voiture, il nous restera 3.000 roubles (68 euros) pour les vêtements et la nourriture. On ne sait pas comment vivre avec çà« , explique une jeune ouvrière. Anticipant les licenciements massifs, elle a tenté en vain de trouver un emploi ailleurs, comme vendeuse ou femme de ménage. »Il n’y avait rien de libre. Si je perds mon travail, que vais-je devenir ? On me chassera du foyer, je n’aurai pas de quoi nourrir mes enfants", dit-elle.
Selon Piotr Zolotariov, chef du syndicat indépendant l’Unité, plus de 12.000 chômeurs sont déjà enregistrés dans la ville, pour seulement 1.500 offres disponibles à l’agence pour l’emploi.
« Comment l’usine peut-elle survivre ? Il faudrait déjà mettre de l’ordre, lutter contre la corruption », accuse-t-il. « On ne connaît par les projets de la direction. Et elle change de plans du jour au lendemain, ce qui crée des tensions », ajoute-t-il.
Malgré la peur du lendemain, le sentiment d’être abandonné, peu se risquent à hausser le ton et à descendre dans la rue. La plupart même refusent de parler, de crainte de se retrouver les premiers dans les charrettes de licenciement. Les syndicats ont bien prévu une journée d’action le 17 octobre. Mais ils attendent un millier de personnes tout au plus.

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