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Saint-Pétersbourg, la ville des rêveurs...

Il existe un regard particulier sur Saint-Pétersbourg comme si c’était une ville obscure, ambigüe où il n’y a pas de vie, où la vie de l’homme passe dans les rêves privées d’une joie réelle. Saint-Pétersbourg c’est le monde de la rêverie et de la dualité. Le rêveur mène une double vie – la vie d’un rêve et la vie d’une réalité. La dualité est un autre stade de la rêverie où la vie qui est née dans la conscience se transforme en réalité. Plus la situation dans la vie réelle est prosaïque plus la rupture entre la rêverie et la fantaisie plus l’existence est tragique et illusoire.

Les gens qui peuplent SPb vivent dans une vie parallèle, presque sans y vivre réellement. On a l’impression que même l’air qu’on respire est d’une autre planète, comme si on était sur la lune. Il est impossible de vivre à SPb sans rêver car SPb est une ville qui n’est pas faite pour la vie, c’est un lieu complètement pourri et ce sont les illusions qui lui rendent le magnétisme qui fait y revenir encore et encore. Regardez tous ces gens qui flânent le long des canaux et des rivières ce sont des rêveurs qui rêvent d’une vie meilleure.

D’après Dostoïevski « c’est particulièrement malchanceux de vivre à SPb, c’est la ville des demi-fous. Il est rare de trouver une autre place sur la terre avec autant de sombre, intense et étrange influence sur l’âme de l’homme que à Saint-Pétersbourg ». On rêve à Saint-Pétersbourg de beau temps qui n’arrive jamais, de l’amour qui n’est qu’une chimère, du bonheur universel qui n’existe pas dans le monde où chacun cherche son bonheur individuel.

Tout à Saint-Pétersbourg entre en contradiction avec la vie de l’homme. Le climat ne donne pas envie d’y vivre. Les vents violents qui soufflent, les inondations fréquentes, l’humidité qui rend la vie ici insupportable. La vie réelle dans cette capitale du Nord est presque impossible mais par contre la vie de rêve y trouve son intensité inouïe. Ce qui explique la quantité de génies dans cette ville : les artistes, les peintres, les poètes les philosophes de toutes les générations de Saint-Pétersbourg.
La ville même avait été créée comme un rêve réalisé de Pierre le Grand qui a fondé cette ville par sa volonté de fer sur les marécages au bord de la Baltique.

Saint-Pétersbourg est une ville unique construite dans une courte période de temps sans histoire et sans passé mais avec un grand avenir. Comme écrivait Dostoïevski : « Saint-Pétersbourg la ville la plus préméditée du monde ». Pierre rêvait de changer les coutumes des Russes. Il les oblige à porter les robes européennes, les hommes doivent se raser et les femmes ne restent plus dans leurs demeures et sortent pour assister aux assemblées à l’européenne. Il voit sa nouvelle capitale comme Amsterdam et tous les habitants doivent se déplacer en bateaux le long des nombreux canaux de Saint-Pétersbourg. Pas tout les rêves de Pierre se réalisent : après sa mort le nouvel Amsterdam de Pierre cesse son existence, les canaux sont comblés et la cour retourne à Moscou. Fini les rêves semblait-t-il.

Il fallait attendre le temps de la Grand Catherine qui est considérée comme une continuatrice de Pierre dans ses rêves ambitieux.
La Grande Catherine sous l’influence des idées du siècle de Lumière en menant une correspondance avec Diderot et Voltaire rêvait de faire des reformes en Russie. C’est elle qui donne la possibilité aux femmes de s’instruire en fondant l’Institut Smolnie, le tout premier établissement d’éducation pour les femmes. Mais après la révolution française elle a renoncé à ses idées progressistes qui auraient pu ébranler les fondements même de l’autocratie. Son petit fils Alexandre était aussi un rêveur. Pendant la première période de son règne on assiste à un puissant essor dans tous les domaines de la vie russe. C’était « les beaux jours du commencement d’Alexandre » comme écrivait Pouchkine lorsque la société russe rêvait de réformes libérales que l’empereur était déjà prêt à réaliser. Mais faute de courage, l’empereur n’a pas pu réaliser ces réformes.

A 19 siècle SPb est la ville à la frontière de deux espaces, deux points de vues, deux regards, deux idéologies : celui des slavophiles et des occidentalistes. Les slavophiles pensent que l’européanisation brutale de la Russie a fait perdre de son identité et qu’il faut faire des pas en arrière. Tandis que les occidentalistes sont persuadés que les problèmes de la Russie viennent du retard considérable par rapport à l’Europe et que les réformes sont nécessaires à la Russie. Ce n’est pas facile de vivre dans de telles conditions à la transition de deux monde, ce qui explique encore le caractère rêveur des gens qui peuplent cette ville. Mais pour la réalisation des rêves, il faut avoir du génie ou être comme Pierre le Grand avec une volonté de fer mais que peut faire un petit homme, petit fonctionnaire dans le monde froid et hostile de Saint-Pétersbourg, capitaliste et bureaucratique du 19 siècle, il ne peut que se réfugier dans ses rêves.

Les rêveurs sont capables de réaliser ses fantaisies . On invente des rêves pour y plonger entièrement. On mène cette lutte constante entre la modernité et la vie archaïque, entre les sentiments et la vertu, entre l’individualisme et le sens du collectif. Cette lutte trouve son reflet dans les romans des écrivains russes du 19 siècle. Dans tous ces romans il y a des rêveurs : comme Rascolnikov dans le roman « Crimes et Châtiments » de Dostoïevski qui réalise un meurtre pour se prouver qu’il est capable comme Napoléon de commettre le crime sans avoir de remords. Les écrivains russes avaient pressenti tous ces événements tragiques de la fin du 19ème au début du 20ème siècle. Les grandes luttes révolutionnaires qui ont eu lieu à Saint-Pétersbourg . Les rêves se réalisent. Est-ce qu’ils emporteront le bonheur ?

A Saint-Pétersbourg il existe une période qui fait rêver ce sont les Nuits blanches c’est un rêve comme la dualité entre le jour et la nuit, comme s’ils étaient confondus. Dostoïevski compare Saint-Pétersbourg avec une jeune fille pâle qui du coup devient très belle lorsqu’elle rencontre son rêve, son amour : « Il y a quelque chose d’ineffablement touchant dans notre campagne pétersbourgeoise, quand, au printemps, elle déploie soudain toute sa force, s’épanouit, se pare, s’enguirlande de fleurs. Elle me fait songer à ses jeunes filles languissantes, anémiées, qui n’excitent que la pitié, parfois l’indifférence, et brusquement, du jour au lendemain, deviennent inexplicablement merveilleuses de beauté : vous demeurez stupéfaits devant elles, vous demandant quelle puissance a mis ce feu inattendu dans ces yeux tristes et pensifs, qui a coloré d’un sang rose ces joues pâles naguères, qui a répandu cette passion sur ces traits qui n’avaient pas d’expression, pourquoi s’élèvent et s’abaissent si profondément ces jeunes seins ? Mon Dieu ! qui a pu donner à la pauvre fille cette force, cette soudaine plénitude de vie, cette beauté ? Qui a jeté cet éclair dans ce sourire ? Qui donc fait ainsi étinceler cette gaieté ? Vous regardez autour de vous , vous cherchez quelqu’un, vous devinez.. Mais que les heures passent et peut-être demain retrouverez-vous le regard triste et pensif d’autrefois, le même visage pâle, les mêmes allures timides, effacées : c’est le sceau du chagrin, du repentir, c’est aussi le regret de l’épanouissement éphémère.. et vous déplorez que cette beauté se soit fanée si vite : quoi ! vous n’avez pas même eu le temps de l’aimer ! » Ce n’est pas par hasard que la nouvelle la plus romantique de l’écrivain est intitulée « Les Nuits Blanches ».

Les Nuits Blanches attirent chaque année des milliers de voyageurs et touristes à Saint-Pétersbourg. Si vous aimez rêver ne vous privez pas de l’occasion de venir à Saint-Pétersbourg à cette période pour voir cette ville de rêve.

Il y a des rêves réalisés et non réalisés. Les habitants de cette ville continuent à rêver. Toute l’histoire de la ville montre le rôle des rêveurs dans le destin de Saint-Pétersbourg. C’est une ville unique au monde, la ville des rêveurs.





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