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Corruption

Lebedev, un oligarque atypique s’attaque à la corruption

Lebedev détient une participation de 49% dans la publication russe d’opposition Novaïa Gazeta conjointement avec son ami, l’ex-numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Le journal est très critique envers l’homme fort de Russie, Vladimir Poutine.

L’oligarque russe Alexandre Lebedev qui vient de s’offrir le quotidien britannique Independent, reconnaît qu’il appartient à un petit cercle d’élus menant une vie luxueuse en Russie. Mais à partir de cette position privilégiée, il entend combattre à sa manière la corruption.

L’homme d’affaires et ancien des services spéciaux affirme qu’il y a deux Russie « qui ne se croisent pas » et qu’il veut rapprocher, dans un entretien avant l’annonce le 25 mars de l’achat par son groupe de l’Independent.

D’un côté, dit-il, ce sont des élites ploutocratiques de près d’un million de personnes qui dirigent cet immense pays depuis une bulle de luxe créée souvent grâce à des fonds publics où il y a de belles maisons, des voitures haut de gamme et tous les avantages possibles.

De l’autre, « ceux qui font face au système de santé (russe, de mauvaise qualité), à des infrastructures construites il y a 50 ans, qui vivent dans des appartements datant de l’époque de Khrouchtchev, gagnent quelques centaines de dollars par mois (...) et perdent 30.000 vies par an sur des routes » défoncées, poursuit-il.

M. Lebedev attribue à l’absence de petites et moyennes entreprises (PME) les défaillances dans son pays, qui trouvent en partie leur origine dans la corruption.

« Nous n’avons pas de PME. Nous n’avons que des commerces d’Etat. Je ne crois pas à ce mélange des genres. Soit on contrôle, soit on fait de l’argent », explique l’homme d’affaires. Lui qui estime sa fortune à entre un et trois milliards de dollars, raconte qu’il a perdu tout son argent deux fois.

M. Lebedev qui a fait fortune dans le secteur bancaire privé dans les années 1990 et dont la holding comprend des compagnies aériennes, hôtels, médias ou encore la plus grande ferme de pommes de terre en Europe, aspire à construire des logements abordables pour les Russes. « La plupart des gens dans ce pays, disons 95%, ne peuvent pas du tout s’acheter un logement. Mon objectif est de réduire le prix » de l’accession à la propriété, explique-t-il. Sa National Reserve Corporation prévoit de construire annuellement entre 15.000 et 20.000 maisons qui seront « vendues à des prix accessibles », a-t-il récemment annoncé.

Mais c’est la presse qui lui tient particulièrement à coeur. « Il y a de gros risques (...) Mais je ne considère pas les médias comme un commerce. Je les traite comme allant de ma responsabilité ».", explique-t-il.

Outre l’Independent, il a racheté l’an dernier le quotidien britannique Evening Standard et il détient aussi une participation de 49% dans la publication russe d’opposition Novaïa Gazeta conjointement avec son ami, l’ex-numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Le journal est très critique envers l’homme fort de Russie, Vladimir Poutine.

M. Lebedev quant à lui s’abstient d’attaquer les dirigeants russes en expliquant qu’il doit d’abord remettre de l’ordre dans son propre empire. « J’étais choqué par le niveau de la corruption que j’ai découvert dans mon propre groupe », confie-t-il. « Si je n’ai pas réussi à y faire face et que cela va me prendre des années, comment font-ils ? Ils ont un fardeau beaucoup plus lourd sur leurs épaules ».

M. Lebedev connaît M. Poutine. Tous deux ont quitté les services spéciaux avec le grade de lieutenant-colonel. L’homme d’affaires raconte avoir rencontré M. Poutine pour la première fois en 1998 lorsque ce dernier est devenu chef du FSB (ex-KGB), afin de lui demander de l’aider dans un litige avec un parquet.

« Je le connais mais je ne fais pas partie de son cercle », dit-il. Pour l’homme d’affaires, les entreprises doivent être plus transparentes, et pas seulement en Russie. « En Suisse, par exemple, il y a le secret bancaire dont souffre le monde entier (...). Pourquoi en avons-nous besoin ? », demande-t-il.


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