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Un débat entre Poutine et une rock-star Iouri Chevtchouk, leader du groupe DDT

Le 29 mai 2010

Vladimir Poutine est-il conscient du fossé séparant ’les princes’ de ’la plèbe’, et de l’ampleur de la ’répression" dans son pays ? La Russie demeurait perplexe lundi après un face-à-face sans précédent entre l’homme fort du régime et un vétéran de la scène rock.

"Il nous faut la liberté de la presse qui actuellement n’existe pas : il ne reste qu’un journal et demi et la moitié d’une chaîne de télévision", a lancé avec aplomb Iouri Chevtchouk, leader du groupe DDT connu depuis la fin des années 1980, au cours d’une soirée de bienfaisance à Saint-Pétersbourg avec M. Poutine.

Une telle audace face à l’ancien chef du KGB devenu président, puis Premier ministre, est exceptionnelle, soulignaient lundi d’une seule voix médias et blogueurs, dont certains célébraient "la témérité" du musicien.

Interrogé samedi par le chanteur du groupe DDT, Iouri Chevtchouk, sur la manifestation dédiée à la défense de l’article 31 de la Constitution russe, qui autorise les rassemblements pacifiques, M. Poutine avait semblé valider l’initiative, remarquant que les autorités "ne doivent pas créer des conditions rendant impossible l’exercice de la liberté d’expression".

La soirée de bienfaisance samedi "au lieu d’être protocolaire, s’est transformée en événement politique", estime en première page le quotidien Vremia Novosteï, qui s’interroge sur un éventuel "signal" des plus hautes sphères de l’Etat à la société.

"La conversation entre Iouri Chevtchouk et Vladimir Poutine est la plus franche que ce dernier ait eue depuis son arrivée au pouvoir" en 2000, constate le quotidien populaire Moskovski Komsomolets.

Iouri Chevtchouk s’était auparavant livré à une diatribe très critique sur l’état de la démocratie en Russie et l’absence de liberté de la presse, un discours rarement entendu en public, a fortiori en présence de M. Poutine. "L’électorat de protestation croît dans le pays, vous le savez. Beaucoup de gens sont insatisfaits de la situation", a lancé le chanteur, un vétéran de la scène russe connu depuis les années 1980 pour ses chansons au ton contestataire.

"Prévoyez-vous une démocratisation sérieuse, sincère et honnête du pays ? Afin que les ONG cessent d’être étranglées, que nous cessions d’avoir peur des policiers dans la rue ?", avait-il déclaré à l’homme fort du régime. Celui-ci a répondu assez sèchement au chanteur, l’accusant de "noircir" l’image des forces de l’ordre et de transformer la conversation en "bazar" à force d’interruptions.

"Le Premier ministre a fait comprendre qu’il était dans un état d’esprit constructif face aux opposants", relève-t-il, s’étonnant que l’entretien a été intégralement retranscrit sur le site internet du gouvernement russe.

L’échange entre les deux hommes, qui s’est déroulé autour d’une table avec de nombreux convives, a en grande partie été centré sur la manifestation d’opposition interdite prévue dans la soirée de lundi à Saint-Pétersbourg. "Sera-t-elle dispersée ?", a abruptement demandé Iouri Chevtchouk au Premier ministre.

"Sans un développement démocratique normal, le pays n’a pas d’avenir", a répondu le Premier ministre. "Les autorités (...) ne doivent pas créer des conditions rendant impossible l’exercice de la liberté d’expression", a-t-il ajouté.

"Jamais jusqu’à présent Vladimir Poutine n’avait prononcé de telles paroles", relève la militante des droits de l’homme, Lioudmila Alexeïeva, pilier des manifestations d’opposition.

Mais le Premier ministre a également déclaré que "la loi était impossible sans la démocratie, et la démocratie impossible sans le respect de la loi".

Une transcription de la conversation a été publiée sur le site internet du gouvernement russe, tandis que les chaînes de télévision en passaient des morceaux choisis.

Une transcription de la conversation de Poutine avec Iouri Chevtchouk et Oleg Basilachvilli en russe

Le porte-parole de M. Poutine a déploré sur les ondes de la radio Echo de Moscou que "beaucoup de gens interprètent à présent de façon exaltée (cette) discussion (...) et en dénaturent le sens", notamment au sujet de la manifestation de lundi.

"Chaque partie interprétera cette déclaration comme elle l’entendra : les opposants penseront qu’ils peuvent maintenant descendre dans la rue, et le pouvoir, qu’il devrait nous disperser". Vladimir Poutine a simplement constaté qu’il avait perdu de sa popularité auprès de l’intelligentsia.

Peut-être il voit que son successeur (le président Dmitri Medvedev) tire la couverture à lui et veut améliorer son image dans la perspective de l’élection" présidentielle prévue en 2012. Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev ont tous les deux laissé entendre qu’ils pourraient se présenter au scrutin de 2012. En faisant ce geste à l’égard de l’intelligentsia, Poutine a confirmé sa participation à l’élection et montré qu’il empiéterait sur les plates-bandes de Medvedev.

Les manifestations d’opposition sont fréquemment interdites en Russie, et, lorsqu’elles ont lieu malgré tout, donnent souvent lieu à des arrestations musclées. Les opposants russes ont pour coutume de se rassembler les 31 de chaque mois pour défendre l’article 31 de la Constitution, qu’ils jugent bafoué. Des rassemblements sont ainsi prévus lundi à Saint-Pétersbourg, Moscou et Rostov-sur-le-Don (sud-ouest), ville où doit débuter le même jour un sommet UE-Russie.





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