Je vous conseille de revendre votre voiture, Mademoiselle !« , lançait récemment, goguenard, un membre de la police de la route à une automobiliste s’étant résolue à abandonner sa voiture et à finir sa route à pied. »Ce qui se passe ce soir ? Mais rien de particulier, les bouchons habituels...", ajoutait-il, remettant en marche, depuis sa guérite, les feux rouges sur le périphérique de Moscou, qu’il venait d’interrompre, bloquant le trafic, pour laisser passer un cortège officiel.
Une interruption anarchique du trafic fréquente à Moscou, qui contribue largement à l’engorgement de la capitale.
Face à l’ampleur croissante de ce phénomène dans cette mégalopole de dix millions d’habitants qui n’en finit pas de grandir, le journal Profil a fait le mois dernier sa Une sur « les occupations à trouver dans les embouteillages », du cours de yoga en habitacle à la drague de son voisin de bouchon.
Suscitant les sarcasmes de la presse, le maire de Moscou, Iouri Loujkov, n’a rien trouvé de mieux que de proposer que les fonctionnaires prennent leur service à 07H00 du matin comme moyen de lutter contre l’heure de pointe.
Fait sans précédent, l’équipe de football du Spartak Moscou a dû se résoudre à abandonner son autocar et à prendre le métro pour arriver à l’heure à son match contre l’Inter Milan dans un stade du sud de la capitale.
L’équipe italienne de basket de Naples, en compétition à Moscou, a préféré se déplacer en métro, de crainte de connaître le même sort.
« Chaque année, le nombre d’automobiles augmente de 8% en Russie. La tendance est particulièrement forte dans les grandes villes et surtout à Moscou, où ces dernières années le parc automobile a décuplé, jusqu’à représenter aujourd’hui plus de trois millions de voitures », relève l’agence économique RBK.
Le problème s’ajoute aux insuffisances du réseau de transport en commun, lui aussi saturé, avec des embouteillages jusque dans les couloirs du métro.
Alors que les constructeurs automobiles étrangers sont de plus en plus nombreux à miser sur l’expansion du marché russe, multipliant les usines d’assemblage dans le pays, du français Renault à l’américain Ford, les infrastructures restent configurées comme à l’époque soviétique, où une minorité avait une voiture.
Et Moscou reste adaptée à un temps où ses avenues monumentales étaient traversées par de rares Volga noires de hauts-fonctionnaires, telles qu’on les voit dans les films soviétiques des années 70.
Entre autres critiques, le chef de la police de la route évoque le manque criant d’aménagements routiers permettant de faire demi-tour à Moscou comme une des principales raisons de cet engorgement.
A cela s’ajoute une certaine anarchie due à l’incivisme des automobilistes, préférant bloquer un carrefour vital plutôt que de laisser leur place dans la file aux « concurrents » débouchant d’une artère transversale.
Ou encore l’absence de constat à l’amiable, qui conduit les victimes d’un simple bris de phare à rester immobilisés au milieu du périphérique dans l’attente de la venue d’une brigade de police.
Sans parler des Jigouli hors d’âge qui tombent régulièrement en panne à l’arrivée des premiers frimas.

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