Sirotant un verre de Saperavi, un vin à la robe rubis, dans l’est de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili se lance dans une ode aux traditions vinicoles de cette ancienne république soviétique.
Des découvertes archéologiques suggèrent que la viticulture a débuté dans ce république montagneuse bordée par la Mer noire il y a 8.000 ans, bien avant donc d’arriver en Europe de l’Ouest.
Aujourd’hui, même si ses vins sont largement méconnus en Occident, la Géorgie espère conquérir les marchés mondiaux, pour compenser le manque-à-gagner occasionné par l’embargo imposé en 2006 par la Russie, autrefois son premier marché d’exportation, dans un contexte de tensions entre les deux pays.
Avec la perte du marché russe, la production viticole a chuté de 80%, alors que le vin représentait quelque 87% des exportations géorgiennes, selon le ministère de l’Agriculture.
Mais ironie du sort, la mesure imposée par Moscou a eu un effet bénéfique sur la qualité des crus géorgiens, estime Yves Bénard, président de l’Organisation internationale de la vigne et du Vin (OIV), lors du congrès.
Lorsque la Russie était son premier client, la Géorgie privilégiait les vins sucrés, préférés par les Russes, par rapport aux vins plus secs appréciés des palais occidentaux.
Si l’embargo "a représenté une très grosse difficulté à court terme, à plus long terme, cela a permis une réflexion stratégique pour dire que finalement l’avenir des vins géorgiens ne passait pas par le volume, mais passait par la qualité", relève M. Bénard.
Le gouvernement géorgien a dès lors enregistré 18 appellations d’origine auprès de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et est en train de mettre en place une stratégie permettant aux producteurs géorgiens d’exporter les vins sous un label commun.
Des efforts qui ont déjà porté leurs fruits : en 2009, la Géorgie a exporté du vin vers 45 pays, contre 22 l’année précédente, selon des chiffres du gouvernement.
Mais la concurrence est féroce sur le marché mondial, et le problème majeur des crus géorgiens, selon M. Bénard, est leur "manque de notoriété".
Toutefois, selon l’expert, la Géorgie ferait une "erreur stratégique" si elle arrêtait de cultiver ses propres cépages au profit du chardonnay, du merlot ou du cabernet-sauvignon.
Le directeur général de la cave de Badagoni, Guiorgui Salakaïa, vante ainsi ses vins élaborés à partir de deux cépages locaux, celui de Rkatsiteli, à la robe ambrée et au léger goût d’agrume, et celui de Saperavi, très riche en tanin.
Un seul grain de raisin contient des informations sur le sol, le climat, l’histoire, les traditions, le savoir-faire, l’intelligence et même l’intuition.
Car la fermentation du raisin dans les "qvevri", des amphores en céramique, avec les pépins et les peaux laissées dans le jus après la presse, n’a pas d’analogue dans le monde, créant des goûts uniques.
Après des "succès encourageants" sur des marchés de l’est tels que l’Ukraine, les pays baltes, le Kazakhstan et la Pologne, l’entreprise veut maintenant s’étendre à l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

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