Contrôle du déficit budgétaire et modernisation de l’économie : la plus grande vague de privatisations en Russie depuis les nébuleuses années 1990 s’inscrit dans la stratégie économique du Kremlin, mais la transparence du processus est loin d’être acquise, selon des analystes.
L’Etat russe a confirmé mercredi qu’il allait procéder à la privatisation partielle entre 2011 et 2013 de onze entreprises d’Etat ou semi-publiques parmi lesquels des fleurons comme le premier groupe pétrolier Rosneft ou la banque Sberbank, afin d’engranger près de 900 milliards de roubles (22,5 milliards d’euros).
Cette annonce est aux antipodes de la stratégie de concentration de l’économie entre les mains de l’Etat mise en oeuvre pendant une décennie par Vladimir Poutine, l’ex-président et actuel Premier ministre, pour dompter les oligarques, ces hommes d’affaires peu scrupuleux qui se sont construit des empires lors des privatisations opaques des années 1990.
Le projet du gouvernement de mener des privatisations à grande échelle revient à faire un demi-tour complet par rapport à la politique des dix dernières années.
Si le gouvernement procède à un tel revirement c’est que la crise mondiale est passée par là, engendrant une hausse des dépenses sociales, des subventions publiques et une baisse des prix des matières premières, notamment du pétrole, principales sources de revenu pour Moscou.
Depuis 2009, la Russie s’accommode à contre-coeur d’un déficit budgétaire (3,6% prévus en 2011, 3,1% en 2012, 2,9% en 2013). La vente d’actifs apparaît comme un bon moyen de limiter les pertes, d’autant que l’Etat restera toujours l’actionnaire majoritaire des entreprises partiellement privatisées.
Confronté à un déficit budgétaire pour au moins cinq ans, le gouvernement revient à l’idée de remplir les caisses en vendant des actions d’entreprises d’Etat. Le Kremlin peut même s’attendre à des recettes trois fois supérieures aux 900 milliards de roubles annoncées. Les analystes notent que ces privatisations annoncées servent aussi la politique de « modernisation » de l’économie que le président russe, Dmitri Medvedev, prône sans cesse mais peine à imposer.
Mais le gouvernement n’a pas encore précisé les procédures de ces privatisations ni dans quelle mesure les investisseurs étrangers pourront y participer, entretenant le doute sur la transparence du processus.
Certains estiment d’ores et déjà que des responsables russes hauts placés seront les grands gagnants.
« Les principaux bénéficiaires de la vague de privatisation seront probablement ceux qui entretiennent des relations étroites avec le centre de prise de décision », expliquent les analystes russes, pointant du doigt « les hauts fonctionnaires pro-Poutine ».
L’opacité de certaines des entreprises russes, à commencer par le pétrolier Rosneft, et la tendance des autorités à changer les règles du jeu en cours de route, risquent aussi de limiter l’afflux de fonds.
Si des garanties pour la stabilisation du système fiscal n’apparaissent pas et si la transparence dans les sociétés ne s’améliore pas (...) vendre les actions des compagnies pétrolières russes pour plus que le prix du marché ne sera pas facile du tout.

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