Dans la banlieue de Moscou, des habitants luttent pour un coin de forêt menacé d’abattage, comme ailleurs contre les passe-droits d’apparatchiks : sur des sujets locaux, une mobilisation citoyenne se fait jour dans une société où l’opposition politique a été laminée. « Je vis à Khimki, je défends ma forêt », lance Evguenia Tchirikova, la fondatrice d’une association de riverains qui se bat contre le tracé d’une autoroute à péage qui doit relier Moscou à Saint-Pétersbourg.
Elle se bat depuis maintenant trois ans ans pour empêcher ce projet piloté par le gouvernement russe, jusqu’à s’adresser récemment au PDG du groupe français Vinci pour lui demander de renoncer à un contrat mis en oeuvre selon elle dans « l’illégalité et la violence » au profit d’intérêts privés.
Avec elle, des dizaines de jeunes Russes sont sortis de l’atmosphère d’indifférence politique qui a accompagné ces dix dernières années la montée simultanée du niveau de vie et celle de l’emprise du Kremlin sur le pays. Une pétition adressée au président Dmitri Medvedev a rassemblé plus de 8.000 signatures, et l’affaire fait grand bruit dans les médias.
Multipliant les manifestations, installant un campement dans les bois et montant sur les engins pour empêcher les travaux, les défenseurs de Khimki ont finalement pris tous les risques avant d’être délogés la semaine dernière par des gros bras au commanditaire mystérieux. Evguenia ne s’avoue pas vaincue, même si ce genre de combat n’est pas en Russie sans danger. Elle a été menacée récemment. En 2008, Mikhaïl Beketov, le rédacteur en chef d’un journal local, avait été laissé pour mort par des agresseurs non identifiés à la suite de la publication de révélations sur ce dossier.
Resté des mois dans le coma, le journaliste a été amputé d’une jambe, et l’enquête n’a à ce jour rien donné.
Ce dernier week-end, c’est devant un hôtel particulier du XIXe siècle menacé par les pelleteuses que des défenseurs du Moscou historique s’étaient rassemblés.
Il y a quelques mois s’était formé un mouvement d’automobilistes, excédés par les usages des fonctionnaires de tout rang et autres privilégiés du monde des affaires, dont les limousines roulent couramment à contre-sens avec gyrophare et sirène.
En février, un accident impliquant la mercedes d’un vice-président du groupe pétrolier Loukoil, qui avait coûté la vie à deux femmes, avait eu un grand retentissement via l’internet.
Des groupes d’opposition russe ont compris le terrain que pouvaient constituer ces mobilisations de citoyens indignés.
« A partir de problèmes locaux, nous pouvons passer à des exigences plus globales et politiques, c’est-à-dire des exigences de démocratie et de droits de l’homme qui sont sérieusement violés en Russie », dit Sergueï Oudaltsov, le leader du Front de Gauche, qui s’est joint au combat de la forêt de Khimki.

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