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Soldat de papier (Bumajniy Soldat) de Alexeï Guerman

SORTIE LE 15 SEPTEMBRE 2010

1961, Daniil Pokrovski, un médecin intelligent qui se distingue par son anticonformisme, est chargé de superviser l’entraînement des premiers cosmonautes.

Envoyé sur la base de Baïkonour, il se sent déchiré entre son devoir et ses doutes ; entre la peur qu’il a de perdre ses hommes dont la vie est en jeu, et l’amour et la compassion qu’il éprouve pour les deux femmes qui lui sont proches. Mais il finit par se consacrer à sa tâche, au risque d’en perdre la raison.

Russie - 2008 - 35mm - couleurs - 118’
SORTIE LE 15 SEPTEMBRE 2010

Fiche artistique

- Merab Ninidze.......................Daniel Pokrovski
- Chulpan Khamatova ...........Nina
- Anastasya Sheveleva ..........Vera
- Merab Ninidze
Merab Ninidze est né en 1965 à Tiflis (Georgie), où il a étudié
l’art dramatique de 1982 à 1984. Il a débuté dans le film Repentance de Tengis Abuladze qui a obtenu le prix spécial du Jury à Cannes en 1987. De 1986 à 1991 il joue au théâtre Rustavelis de Tiflis. Il a interprété plus de 20 films en Géorgie.
dont Luna Papa de Bakhtiar Khudojnazarov.

Filmographie sélective

- 2007 : "Soldat de Papier" - Alexeï Guerman Jr.
- 2002 : "Nowhere in Africa" - Caroline Link (Oscar 2003 du Meilleur film étranger)
- 2000 : "England" - Achim von Borries
- 1998 : "Luna Papa" - Bakhtiyer Khudojnazarov
- 1984 : "Repentance" - Tengiz Abuladze

INTERVIEW DU RÉALISATEUR

Quel est votre parcours personnel ?
Je suis né à Leningrad. Puis j’ai étudié au VGIK, l’institut russe du cinéma. Mon père est un cinéaste reconnu, ma mère est scénariste.

Quelle est la signification du titre ?
SOLDAT DE PAPIER est une métaphore pour exprimer la vulnérabilité du personnage principal. C’est le titre d’une chanson, écrite par Bulat Okhudzhava en 1959, qu’on entend dans le film. "Tu veux aller au feu ? Vas-y ...et il a fait le pas un jour, et il a brûlé en un instant, Car c’était un soldat en papier ." Le personnage principal est comme ce soldat, voué à sa perte. Je voulais faire un film sur "l’état de papier" dans lequel se trouve l’être humain. Un film sur la solitude, sur la peur de ne jamais rencontrer un être qui vous ressemble parfaitement, sur le fait de se sentir partagé entre deux femmes, entre la science et sa carrière, entre l’essence et le paraître, entre le désir d’aimer et l’incapacité à aimer. Mon personnage ne peut se décider et il meurt à cause des sentiments contradictoires qui l’habite.

Comme dans vos films précédents, vous ancrez votre récit dans
le passé. Pour quelles raisons ?

Mes films ne traitent pas juste du passé, ils traitent d’époques importantes de mon pays, et du fait que tout se répète de façon cyclique, à cent ans de distance. Je suis intéressé par les histoires parallèles et la répétition de l’histoire. GASPARTUM racontait l’histoire d’une génération dont les rêves ont été broyés par la roue de l’Histoire.
Cela faisait écho avec mon histoire personnelle : dans les années quatre -vingt-dix, mon groupe d’amis s’est désagrégé parce que l’un d’entre nous est mort en Tchétchénie, un autre s’est "perdu" en se lançant dans les affaires, un autre s’est retrouvé en prison.
Je me suis dit, il y a peu, que nous ne vivons pas dans le temps actuellement. Nous glissons à la surface du temps car nous ne savons pas ce qui adviendra demain ou dans un an. Pour moi, les années soixante étaient l’ère des grands espoirs et des idéaux. Pas seulement la foi en un brillant avenir, mais aussi en la mission universelle de notre pays.

Vous ne semblez pas être nostalgique de l’époque du grand empire soviétique, parce que votre vision de la conquête spatiale est très critique.
C’était une époque où il y avait -comme aujourd’hui-à la fois de bonnes et de mauvaises choses : il y a plus de restaurants, de liberté en tous genres de nos jours, mais c’est la fin des idéaux .
Parce que quelle que soit la vision qu’on peut avoir des années soixante, elles resteront comme l’époque ou les gens avaient des croyances. Tout le pays avait besoin d’avancer alors. D’avancer en dépassant l’époque stalinienne.
Quand on lit les premiers livres des frères Strugatsky (des écrivains de science -fiction), publiés dans les années soixante, tout nous semble à présent très naïf, mais c’était différent pour cette génération qui commençait soudainement à vivre une nouvelle vie après l’ère Staline. Au final, cela a été un échec. mais il y a eu ce vol spatial qui a été un grand exploit.
Tout est fini à présent. À partir des années quatre-vingt, l’idée même d’exploit ou d’acte héroïque a totalement été rejetée. Car à l’époque soviétique, tout était devenu, à un certain point, un exploit. Les activités quotidiennes devenaient des exploits. Depuis le milieu des années soixante dix, ce pays qui était en pleine déroute idéologique, essayait en fait de montrer à la face du monde ses triomphes des années soixante.
Parce qu’il n’y avait plus rien à quoi se raccrocher. Je ne cherche pas à savoir si la période de la conquête spatiale est terrible ou merveilleuse, mais j’ai voulu traiter avec ce film d’autres moments de l’ Histoire de la Russie, souligner également que les gens étaient simplement différents. Le film s’arrête sur une grande époque à partir de laquelle le pas suivant n’a jamais été fait.

Comment s’est passé le travail d’écriture ?
Cela m’a pris huit mois pour écrire le scénario de SOLDAT DE PAPIER. C’était au départ un film qui racontait l’histoire des premiers cosmonautes russes. Mais quand j’ai senti que le scénario se transformait et qu’il s’ouvrait à l’histoire de ces gens qui travaillaient aux côtés de cosmonautes, j’ai fait un effort pour rester à distance de l’aspect documentaire, des noms réels. Je faisais une "composition basée sur une période historique".
C’est comme si vous teniez une vieille photo qui montre un événement historique : le premier vol habité dans l’espace ; Les détails et quelques visages secondaires se révèlent.
Vous faites un agrandissement et vous constatez qu’il y a un médecin qui se tient derrière l’astronaute. Alors, l’idée de briser un mythe vous amène à un héros qui a été rejeté par la Grande Histoire. J’étais intéressé par l’événement historique : quels en sont les dessous, quels en sont les acteurs ? Toute prouesse présente un côté caché.

Comment avez-vous choisi le lieu du tournage et pourquoi se passe t-il dans un paysage de désolation ?
Alexander Adabashyan a fait un jour cette remarque : il y a des réalisateurs qui amènent l’équipe de leur film dehors par des températures de -40° C pour filmer un tas de neige qui aurait pu être trouvé dans une arrière-cour. Tout le monde l’insulte et le maudit, mais quand le film sort, les mêmes personnes l’encensent en disant : c’est comme cela qu’on fait de bons films Quand nous avons tourné GASPARTUM, on a dû nettoyer un entrepôt à la main. Personne ne voulait le faire, mais nous devions le faire.
L’histoire que nous racontons dans SOLDAT DE PAPIER est basée sur l’opposition entre Moscou et la province . C’est pourquoi je voulais trouver des extérieurs en province qui seraient aussi durs et désagréables que possible. Et j’ai décidé de filmer au lac Baskountchak, à la frontière avec le Kazakhstan. C’est un immense lac salé sans la moindre trace de vie. Les voitures ne tenaient pas plus de 3 ou 4 jours, parce qu’il présente une concentration très importante en sel. Si on voit dans le film que tout est blanc, ce n’est pas dû à la neige, mais au sel.
J’avais besoin de cette nature âpre pour une raison : je souhaitais trouver un endroit qui ne soit ni la Terre, ni l’espace, mais une autre planète, vierge de présence humaine. Il me semblait crucial que nous ne copions pas l’esthétique de certains films soviétiques qui dépeignent une belle ville pour montrer le site de lancement des fusées. Il n’ y avait pas de ville là bas. Les gens vivaient dans des abris. Je voulais également souligner que le lancement de de la fusée était né dans la saleté, dans la pauvreté, en surmontant des difficultés.

Pouvez-vous nous parler de votre travail spécifique sur la couleur ?
Dans GASPARTUM, j’ai utilisé des teintes plus sombres pour donner l’effet d’un "vieux film"… comme si le film avait passé de nombreuses années sur une étagère et les couleurs s’étaient partiellement effacées.
Dans SOLDAT DE PAPIER, il y a des moments où les couleurs sont deux fois plus brillantes qu’elles ne le sont réellement ; c’est le cas de la couleur rouge par exemple.
La question de savoir si un film doit être tourné en noir et blanc est essentielle pour moi. Ce n’est pas juste de savoir avec quelle pellicule on charge la caméra. Car la couleur change tout dans un film. On ne pourrait pas imaginer, par exemple, LA DOLCE VITA en couleur, ou inversement AMARCORD en noir et blanc. Le noir et blanc et la couleur sont deux types différents d’approches artistiques, de rythmes, et de relations au réel. Je suis en train de filmer un court-métrage à Saint Petesbourg et je cherche encore des solutions esthétiques à ma palette de couleur. Je ne cesse d’aller dans cette direction, mais c’est un long chemin pour bien maîtriser le travail sur la couleur qui est, selon moi,fondamental.

Comment avez-vous choisi l’acteur principal ?
Cela m’a pris à peu près six mois pour trouver le premier rôle. J’ai toujours ce critère essentiel en tête : vous devez trouver une âme derrière un regard. À l’origine, le personnage principal devait être juif. Je donnais une description hésitante de l’acteur à mes assistants responsables du casting : ce devait être une sorte de jeune Marcello Mastroianni. Une assistante m’a répondu sur un ton exalté : "Tu recherches un jeune Mastroianni ? Je sais, il faut que tu prennes Seryozha !". Je l’ai fait venir, mais ça ne collait pas, il n’avait rien en commun avec Mastroianni ! Je commençais à être désespéré. Puis, un mois avant le début du tournage, Merab Ninidze est arrivé... et j’ai décidé que le personnage serait géorgien (comme lui).
L’essentiel était que le personnage ne soit pas de Tyumen. Pas de cette région. Pourquoi ai-je pensé au départ qu’il devait être juif ? Parce que je cherchais quelqu’un qui me serait proche. Je peux seulement faire des films sur des sujets que je comprends, et des des choses que je peux ressentir. Et quand cet acteur géorgien est arrivé, je me suis dit que mon personnage devait être différent ; il devait aussi parler géorgien aussi. Parce que, selon moi, il doit y avoir une part de vérité dans les films.

Quels sont vos prochains projets ?
De faire un film qui dresserait un large panorama de la société russe moderne : du pauvre au riche, du jeune au plus âgé ; de faire un film impressionniste, à partir d’histoires personnelles intenses en émotion. Une tentative de se rapprocher de l’univers de Gogol !

Voir également :

- Alexeï Guerman Jr.





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