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Musée Tourguéniev à Bougival





Accueil > Les Russes en France > Musée Tourguéniev à Bougival > La vie et l’œuvre de Tourguéniev

La vie et l’œuvre de Tourguéniev

 1818
- Ivan Serguéïévitch Tourguéniev est né le 9 novembre (28 octobre ancien style) dans
la ville d’Oriol (Orel), située à 360 km au sud de Moscou sur la route qui mène à la
mer Noire.

 Par son père, comme par sa
mère, il est issu d’une noblesse de vieille souche. Parmi les personnalités historiques
de sa famille, l’écrivain distinguait Pierre Tourguéniev, un martyr qui avait été
immolé par l’imposteur Dimitri pour avoir refusé de le reconnaître comme tsar (début
du XVIIe siècle), ainsi que Jacob Tourguéniev, bouffon de Pierre le Grand qui, "à
sa façon, a contribué au progrès du Siècle des Lumières en coupant les barbes des
boyards" (seigneurs de l’époque féodale antérieure à Pierre le Grand, qui mit fin
à leur pouvoir en 1711 ; pour construire une nouvelle capitale et ouvrir une fenêtre sur
l’Occident dans un pays de forêts et de marécages, le tsar exigea des marchands
d’apporter des pierres ; en cas de refus, on leur coupait la barbe, fierté des vieux
Russes).

 Dans la nouvelle
autobiographique "de sa prédilection", Premier amour, Ivan
Tourguéniev nous contera que son père Serguéï Nicolaïévitch, officier des hussards,
épousera par intérêt sa mère Varvara Pétrovna Loutovinova, une richissisme
héritière de la région d’Oriol, qui possédait dix villages, cinq mille âmes : c’est
ainsi qu’on appelait les serfs de sexe masculin. Les femmes, ainsi que leurs filles,
n’étaient pas incluses dans ce chiffre, car on considérait qu’elles n’avaient pas
d’âme.

 La famille s’installe avec
ses trois fils : Nicolas, l’aîné, Ivan et Serge (qui mourra à 16 ans) dans la
propriété de la mère, Spasskoïé-Loutovinovo, situé à 65 km au nord d’Oriol. Dans le
n°4 des Cahiers Ivan Tourguéniev, Pauline Viardot, Marie Malibran, à propos de
la mère de l’écrivain, est décrite la vie quotidienne à l’époque du servage en
Russie.

 A Spasskoïé, le jeune Ivan
apprend avec son père, puis avec les paysans serfs, à chasser et à connaître la
nature. Le chant de chaque oiseau, le murmure des sources, le bruissement des feuillages
pénètrent son âme et, plus tard, son oeuvre à jamais.

 Confié à des précepteurs
russes et étrangers, suivant la coutume, Ivan reçoit à la maison une excellente
éducation, sous le knout de sa mère : histoire universelle, géographie, mathématiques,
grec, latin, français, allemand, anglais, sciences naturelles. Avec un serf, poète
lui-même, il étudiera et admirera la poésie russe. Le professeur sera arbitrairement
puni par sa maîtresse despotique et sera envoyé en exil pour ses idées avancées et sa
conduite indépendante (lire la nouvelle autobiographique Pounine et Babourine).
Tourguéniev connaît très tôt l’injustice et l’absence de liberté et du respect des
droits de l’homme dans son pays. Il se battra pour ces idées dans sa vie et dans son
oeuvre.

 1827
- La famille Tourguéniev se fixe à Moscou. Pendant deux ans, Ivan suit les cours de la
pension Weidenham-mer où on le prépare pour son entrée à l’Université (lire sa
nouvelle Jacques Passinkof). Son frère Nicolas est à Saint-Pétersbourg dans une école
militaire. Il est destiné à suivre la carrière de son père.

 1833
- Ivan s’inscrit à la Faculté des Lettres de l’Université de Moscou. Il a 15 ans.

 1834
- La famille Tourguéniev ayant quitté Moscou pour Saint-Pétersbourg, Ivan s’inscrit à
la Faculté de Philosophie de la capitale. Il assistera l’année suivante au cours
d’histoire de Nicolas Gogol. Il le revoit à Moscou en 1851 et assiste à une lecture de
la pièce Révizor par l’auteur. A la fin de février 1852, il apprend la mort de Gogol,
auquel il consacre un article nécrologique où il traite cet écrivain de grand homme : la
censure de Nicolas Ier ne tolère pas cette appellation, à plus forte raison quand elle
vient d’un homme qui vient de publier ses Mémoires d’un chasseur, œuvre jugée
subversive. Tourguéniev paie son audace d’un mois de détention, puis est assigné à
résidence à Spasskoïé. Gogol a été l’un de ses maîtres : l’influence de l’écrivain
satirique se manifeste dans le théâtre de Tourguéniev et dans une de ses premières
nouvelles : Pétouchkov. Tourguéniev compose un poème dramatique, Sténo.
influencé par le Manfred de Byron. C’est le premier essai philosophique et
psychologique de création d’un personnage. Son père meurt de la maladie de la pierre.

 1836
- Fin de ses études à l’Université de Saint-Pétersbourg.

 1837
- Tourguéniev vit deux fois Alexandre Pouchkine, le premier poète de la Russie, qui fut
son maître à penser. "Je me rappelle son petit visage basané, ses lèvres
africaines, le tracé de ses grandes dents blanches, ses favoris pendants, ses yeux
sombres et bilieux sous un front haut presque démuni de sourcils, et ses cheveux
bouclés. (...) Quelques jours plus tard, je le vis couché dans un cercueil."
Tourguéniev édita la correspondance de Pouchkine et traduisit en français plusieurs de
ses poèmes, ainsi que des œuvres en prose, en collaboration avec Prosper Mérimée,
Gustave Flaubert et Louis Viardot. (Voir Cahiers Tourguéniev, n° 11.)

 1838
- Tourguéniev est imprimé pour la première fois : la revue progressiste Sovremennik
(Le Contemporain) publie sa poésie Le Soir. Il se rend en Allemagne
afin de poursuivre ses études à l’Université de Berlin. Un incendie a lieu sur le
bateau. Cet épisode, qui l’a marqué, sera relaté à Bougival (Un incendie en mer).
Il rencontre sur les bancs de l’Université de Berlin Nicolas Stankévitch, un jeune
poète philosophe, pivot d’un cercle d’amis férus de la philosophie de Hegel, dont il
suit les cours professés par Karl Werder. Il retrouve à Berlin son ami Granovsky, futur
professeur d’histoire à l’Université de Moscou.

 1839

- Mikhaïl Lermontov était un des poètes préférés de Tourguéniev qui traduisit en
français, avec l’aide de Louis Viardot, son poème Mtsyri, en 1865. L’ayant
rencontré deux fois à Saint-Pétersbourg en 1839, il note l’air "byronien" du
poète, que celui-ci adopte pour être à la mode. "II y avait quelque chose de
sinistre et de tragique dans le regard de ses yeux sombres et dans son visage basané, qui
contrastait avec l’expression de ses lèvres molles, pareilles à celles d’un
enfant." Tourguéniev observe à quel point Lermontov s’ennuyait dans les salons de
la capitale. Cet ennui, ce spleen sont ceux de son Héros de notre temps, Petchorine, où
Tourguéniev trouve à son tour un modèle, celui de "l’homme de trop".

 1840
- Tourguéniev voyage en Italie, revient en Allemagne. Il y fait la connaissance de Michel
Bakounine qui prêtera ses traits au personnage principal du roman Roudine
seront reflétés les débats passionnés du cercle d’amis autour d’une chope de bière ou
d’un verre de thé.

 1841

- De retour en Russie, Tourguéniev fait la connaissance des trois sœurs et disciples
passionnées de Bakounine : l’une d’elles, Tatiana, deviendra sa muse. Les coeurs
s’enflamment, mais l’amour "trop philosophique" échoue.
II passe l’été chez sa mère, à Spasskoïé, où il a une liaison avec une lingère,
Avdotia Ermolaïevna Ivanova, qui mettra au monde une fille, Pélagie.

 1843
- Tourguéniev occupe un poste de fonctionnaire au ministère de l’Intérieur. Il y
restera un an. Il fait la connaissance de Vissarion Belinsky, le premier critique russe.
C’est une "nature centrale", un homme capable de se situer au centre des
préoccupations de son peuple, dont il incarne les bons comme les mauvais côtés.
Belinsky connaît à fond la littérature russe dont il s’est imprégné. L’amour de son
pays, la foi dans le progrès et la liberté font de lui l’homme de la Russie de demain.
Ce type de l’idéaliste négateur est incarné dans le roman Pères et fils, que
Tourguéniev dédie à la mémoire de Belinsky. Et il demanda à être enterré aux pieds
de son maître Belinsky au Cimetière des écrivains, à Saint-Pétersbourg.
 Publication du poème Paracha et de la comédie Une
imprudence
, la première des dix pièces qui formeront en Russie la base du théâtre
psychologique.

 Tourguéniev est abonné à l’opéra de Saint-Pétersbourg où il
assiste aux représentations de l’Opéra Italien, où chante Pauline Viardot, cantatrice
française, fille du ténor espagnol Manuel Garcia, sœur cadette de la diva
romantique française Maria Malibran, qui a marqué son temps par sa beauté, sa voix
exceptionnelle et son destin tragique (elle meurt à 28 ans, en 1836). Leur frère. Manuel
Garcia, l’auteur d’un Traité de l’art du chant, deviendra un célèbre
professeur de chant. Pauline est accompagnée de son mari Louis Viardot, critique d’art,
homme de lettres et traducteur du Don Quichotte. Tourguéniev s’attachera toute
sa vie aux Viardot et à leurs enfants : Louise, épouse Héritte, cantatrice et
compositeur, Claudie Chamerot, peintre, Marianne Duvernoy, musicienne et Paul Viardot,
violoniste. (Voir Cahiers, n° 15.) Il partagera avec eux le culte de l’amitié,
leur goût pour les arts et la littérature, leur humanisme. Leur Nouvelle
correspondance inédite
intime est en vente au musée.

 1844
- L’écrivain fit la connaissance du publiciste russe Alexandre Herzen. Jusqu’à la fin de
sa vie, et malgré leurs divergences d’opinions, Herzen reconnut chez Tourguéniev la
portée sociale de son œuvre littéraire qui contribua au développement des idées
progressistes en Russie. Par ses renseignements sur la vie russe et par les documents
secrets qu’il transmettait pendant de longues années à son ami, exilé à Londres,
Tourguéniev l’a aidé à fustiger dans le Kolokol (La Cloche), feuille
subversive et clandestine, les manœuvres du pouvoir conservateur au moment de la
préparation de la réforme sur l’abolition du servage.

 1845
- Première rencontre avec Fédor Dostoïevsky. Leur amitié connaît des hauts et des
bas. De retour de Sibérie, Dostoïevsky, assiste en janvier 1860 à la lecture par
Tourguéniev d’une conférence philosophique sur Hamlet et Don Quichotte. Le type
de l’idéaliste altruiste, détaché des biens de ce monde, et opposé au type
shakespearien du sceptique égoïste, trouvera son incarnation huit ans plus tard dans la
belle figure du prince Mychkine (L’idiot). En ce début des années 60, Dostoïevsky
apprécie pleinement les romans de Tourguéniev (Nid de gentilhomme, Pères
et fils
, qu’il place au même rang que Les Ames mortes de Gogol).
 Tourguéniev lui donne à imprimer sa nouvelle fantastique

Apparitions (L’Époque, mars 1864). Mais vite les relations entre les deux
hommes vont se détériorer. Dostoïevsky était scandalisé par le dernier roman de
Tourguéniev, Fumée, où Potouguine fait le procès de la civilisation russe et
vante les mérites de l’Occident.
Dostoïevsky se venge impitoyablement de son rival dans son roman Les Possédés
(1871), où Tourguéniev est caricaturé sous les traits du "grand écrivain"
Karmazinov.
 Pourtant, en 1877, alors que tout le sépare de Dostoïevsky,
Tourguéniev le recommande à Durand-Gréville, chargé de mission en Russie en vue de
préparer pour la Revue des Deux Mondes des notices sur les principaux écrivains russes
du temps. Et il le fait inviter à Paris, l’année suivante pour le Congrès international
de Littérature, présidé par Victor Hugo. Tourguéniev et Dostoïevsky se reverront pour
la dernière fois en 1880 à Moscou, à l’occasion de l’érection d’un monument à la
mémoire de Pouchkine. Ils prononceront des discours sur le maître de la poésie russe et
se donneront - enfin - une accolade fraternelle.
 Au cours d’un séjour en France, Tourguéniev est reçu chez les
Viardot au château de Courtavenel-en-Brie, où il fait la connaissance de George Sand.
Les deux écrivains s’estimeront beaucoup. Ils se reverront plusieurs fois à Nohant.

 Tourguéniev voyage dans le sud-ouest et dans les Pyrénées,
accompagné de son ami russe, le critique Vassili Botkine qui se rend en Espagne d’où il
rapportera tout un livre, Lettres sur l’Espagne, une révélation sur ce pays (en
vente au musée). Tourguéniev soumettra à Botkine tous les manuscrits de ses œuvres
et tiendra compte de ses critiques.

 1846
- Publication de la nouvelle Les trois portraits, étude réaliste sur les
mœurs de ses ancêtres.

 1847 à 1850

- Tourguéniev passera ces années en France. Il publie et écrit beaucoup : la plupart des
récits qui formeront le recueil des Mémoires d’un chasseur, les nouvelles Le
Bretteur
, Le Juif, Pétouchkov, le Journal d’un homme de trop,
cinq pièces de théâtre dont Le Pique-assiette et Un mois à la campagne,
interdit par la censure.

 Après la mort de Bélinsky (1848), Tourguéniev se lie avec le
critique Annenkov qui deviendra un de ses meilleurs amis et lira tous les manuscrits de
ses œuvres avant leur publication.
 Au printemps de 1850, il vit au château de Courtavenel aux côtés du
compositeur Charles Gounod qui, encouragé par Pauline Viardot, écrit son premier opéra
Sapho, dédié à la cantatrice (voir la Nouvelle correspondance inédite).
Nicolas Ier exige de ses sujets se trouvant à l’étranger de retourner en Russie.
Tourguéniev quitte la France pour longtemps. Il sera bloqué dans son pays par la guerre
de Crimée. En Russie, Nicolas et Ivan se disputent violemment avec leur mère qui leur
coupe les vivres. Elle meurt le 16/28 novembre à Moscou. Tourguéniev revoit sa fille qui
a maintenant huit ans ; il ne souhaite pas qu’elle continue à être traitée en domestique
chez sa mère. Pauline Viardot accepte de la recueillir. Pélagie, qu’on appellera
Paulinette est envoyée à Paris en novembre 1850. La fillette a un caractère difficile :
son père et son entourage immédiat seront son souffre-douleur. (Voir, sur la fille de
Tourguéniev, un important article dans le n° 12 des Cahiers Ivan Tourguéniev).

 1851 à 1856
- Tourguéniev vit avec Théoctiste, une servante qu’il a rachetée à sa cousine. Elle
lui servira de modèle vivant pour le personnage de Fénitchka (Pères et fils).
Il écrit encore trois pièces de théâtre (La Provinciale, Conversation sur la
grand-route, Un soir à Sorrente
), de nouveaux récits pour le cycle des Mémoires
d’un chasseur
qu’il réunit en volume à Moscou en août 1852. L’œuvre,
miraculeusement échappée au filet de la censure, est jugée subversive pour le tableau
véridique qu’il donne de la vie des paysans serfs et des injustices commises par leurs
propriétaires. Il restera un mois à la prison de l’Amirauté, pendant lequel il écrira
la nouvelle Moumou, un des plus beaux réquisitoires contre le servage, une
histoire authentique où figurent sa propre mère et ses serfs. Tourguéniev est ensuite
assigné à résidence sous la surveillance de la police dans sa propriété de
Spasskoïé où il créera un nouveau chef-d’œuvre, L’Auberge de grand chemin.
La nouvelle "musicale" Trois Rencontres a paru dans le n° 2 du Contemporain.

 L’exil de l’écrivain est agrémenté par le contact avec la nature, la
correspondance avec ses amis slavophiles, les Aksakov.
 Tenants d’un mouvement littéraire et social apparu en Russie au
XIXème siècle, les Slavophiles s’opposaient aux Occidentalistes, faisaient valoir les
tendances particulières, originales, extraeuropéennes dans l’évolution de la Russie,
dans son histoire et sa culture. Ils considéraient leur doctrine comme étant
"typiquement russe". Leurs activités étaient étrangères à Tourguéniev,
Occidentaliste (on dirait aujourd’hui "Européen") convaincu.
 Au début de 1853, Pauline Viardot est de nouveau en tournée à
Saint-Pétersbourg, puis à Moscou. Habillé en marchand, muni d’un faux passeport, Ivan
se rend clandestinement à Moscou pour une dizaine de jours : il reverra Pauline, à qui il
remet deux exemplaires des Mémoires d’un chasseur. Le livre sera publié en
France l’année suivante.
 C’est en décembre 1855 que Tourguéniev accueille chez lui à
Saint-Pétersbourg le jeune Léon Tolstoï, de retour de la guerre de Crimée. "La
carrière militaire n’est pas la vôtre. Votre destin est celui d’un écrivain, d’un
artiste de la pensée et du verbe ; votre arme n’est pas l’épée, mais la plume."
Tourguéniev l’encouragea toute sa vie à écrire, estimant que ce talent supérieur
devait prendre la relève de Gogol. Malgré des dissensions psychologiques profondes, qui
conduiront à la rupture de leurs relations pendant 17 ans, les deux écrivains n’ont
cessé de s’estimer mutuellement.
 Tolstoï a été déçu de voir que Tourguéniev, qui courtisait sa
sœur Maria (dont il fit l’héroïne de sa nouvelle Faust, 1856), ait fait
preuve de pusillanimité et ne l’ait pas épousée. Après leur réconciliation en 1878,
Tourguéniev déploiera une activité étonnante en France en vue de faire connaître la
traduction de La Guerre et la Paix dont il enverra des exemplaires à Gustave
Flaubert, Anatole France, Hippolyte Taine et à plusieurs critiques français.

 En 1856, Tourguéniev fait la connaissance de la comtesse Elisabeth
Lambert, personne profondément religieuse et ayant des relations à la Cour : son mari,
aide de camp du tsar, lui obtiendra un passeport pour l’étranger. Elisabeth (diminutif de
Lise) a prêté son nom à l’héroïne Liza du roman Nid de gentilhomme. La
comtesse Lambert alliait, comme Liza, la grâce chrétienne à la grâce féminine.

 1857 à 1862
- A Paris, Tourguéniev rencontre Prosper Mérimée qui deviendra son ami et son
admirateur, préfacera les romans Pères et fils et Fumée et traduira
plusieurs de ses récits. Tourguéniev est invité chez Alexandre Dumas.

 A Londres, il fréquente Carlyle, Thackeray, Disraeli, Macaulay.
 En 1858, il fait la connaissance du décembriste Nicolas Tourguéniev,
idéologue du mouvement de la noblesse russe d’où sortira l’insurrection du 14 décembre
1825 sur la place du Sénat à Saint-Pétersbourg. Nicolas Tourguéniev fut un des
premiers à présenter un projet de réforme sur l’abolition du servage. Son homonyme Ivan
rappellera le rôle que son "parent" a joué dans l’émancipation des serfs. Les
deux hommes étaient très liés (voir le n° 13 des Cahiers Ivan Tourguéniev).
 Tourguéniev lance le projet d’un fonds de secours aux écrivains
nécessiteux (le "Fonds littéraire"), fait la connaissance de Marko Vovtchok,
femme écrivain ukrainien, amie du poète Chevtchenko, dont Tourguéniev traduit et
préface les Récits populaires ukrainiens. Il publie cette année Premier
Amour
et son troisième roman A la veille, saisissante histoire d’une jeune
aristocrate qui abandonne son milieu pour suivre son mari, un révolutionnaire bulgare.
Dans la perspective de la réforme agraire, il partage ses terres avec ses paysans,
refusant de porter le "stigmate de propriétaire d’hommes". Le 10 janvier 1861,
Tourguéniev est élu membre correspondant de l’Académie des Sciences de son pays. Il
accueille avec émotion le décret du 19 février 1861 abolissant le servage et assiste à
l’église orthodoxe russe de Paris à un office d’action de grâce. Tourguéniev publie
son roman Pères et fils, qui provoque un débat passionné dans le monde
littéraire. Il touche là un sujet universel, le conflit éternel de deux générations.

 1863-1864
- Tourguéniev traduit avec Louis Viardot Eugène Onéguine, roman en vers de
Pouchkine.
 Le journaliste Charles-Edmond Chojecki présente Tourguéniev à
Flaubert à un dîner au restaurant Magny. Ces dîners littéraires venaient d’être
créés par Sainte-Beuve. Une longue amitié unira Flaubert et Tourguéniev. Ce dernier
traduira La légende de saint Julien l’Hospitalier et Hérodias, lui
dédiera sa nouvelle Le chant de l’amour triomphant et organisera avec Victor
Hugo et ses amis français une souscription en vue de l’érection d’un monument à sa
mémoire. Leur importante et amusante correspondance est en vente au Musée.

 Tourguéniev s’installe à Baden-Baden. Les Viardot y résident. Il
fera construire dans la ville d’eaux allemande une maison, qui existe toujours.

 1867
- Les scènes comiques des opérettes de Pauline Viardot, sur des livrets de Tourguéniev
(Le dernier sorcier, Trop de femmes, L’Ogre, Le Miroir), jouées avec la
participation de toute la famille, y compris Tourguéniev, feront rire même les têtes
couronnées. Lire la biographie magistrale et richement documentée sur Pauline
Viardot, tragédienne lyrique
, par Gustave Dulong.
 Parution du roman Fumée, mal accueilli en Russie dans les
milieux religieux et patriotes et de la nouvelle L’infortunée (traduite sous le
titre L’Abandonnée) : "un morceau de premier ordre", d’après Flaubert.

 A Paris, rencontre avec Littré, Sainte-Beuve, Flaubert, dont il donne
trois portraits saisissants (lire les Lettres inédites à Pauline Viardot et à sa
famille
).

 1870
- Tourguéniev assiste à l’exécution, place de la Roquette, du meurtrier Troppmann,
qu’il relatera dans un essai. Lire les Actes du Colloque sur la peine de mort dans la
pensée philosophique et littéraire
. Autour de L’exécution de Troppmann d’Ivan
Tourguéniev, éd. Association des Amis d’Ivan Tourguéniev, 1980.

 1871

- Tourguéniev prononce un discours en anglais à Edimbourg pour le centenaire de Walter
Scott.
 Au 48, rue de Douai (IXe) Tourguéniev occupe le second étage de
l’hôtel particulier des Viardot où ils organisent ensemble des matinées de
bienfaisance.

 1872
- Publication de la nouvelle Les eaux printanières, où l’auteur évoque des
souvenirs de jeunesse. D’après George Sand, "on se croirait dans un jardin
merveilleux, inondé de soleil".

 1873

- Tourguéniev loue avec les Viardot la propriété de Mme Halgan, "La Garenne",
près de l’église de Bougival (10, rue de la Croix aux Vents).

 1874
- Publication de Pounine et Babourine et de Reliques vivantes. D’après
Taine, "l’état de l’âme croyante au Moyen Age a été parfaitement peint par Henry
Heine dans Le Pèlerinage à Kevlaar et par Tourguéniev dans les "Reliques
vivantes".
 Premier dîner du "groupe des Cinq" ou "groupe des
auteurs sifflés" (Tourguéniev, Flaubert, Edmond de Goncourt, Alphonse Daudet et
Emile Zola). Tourguéniev procurera à Zola une chronique dans une revue russe, Le
Messager de l’Europe
. Grâce à lui, Daudet publiera des articles dans le Nouveau
temps
. Lire les n° 6 et 14 des Cahiers Ivan Tourguéniev.

 Achat des "Frênes".
 Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine, écrivain satirique russe, vint dans
cette datcha plusieurs fois, en 1875, en 1880 et en 1881 (voir le n° 13 des Cahiers
Ivan Tourguéniev
).
 Tourguéniev appréciait beaucoup son œuvre qu’il comparait à
celle de Juvénal et de Swift. Son Histoire d’une ville, féroce et audacieuse
satire de ceux qui régnent sur la Russie, a été recensée par Tourguéniev dans un
article paru en 1871 dans un journal anglais. De même, dix ans plus tard, il fera
connaître aux lecteurs français trois de ses récits humoristiques.

 1875

- Matinée littéraire et musicale donnée chez Pauline Viardot au profit de la création
d’une bibliothèque russe (la bibliothèque Tourguéniev existera jusqu’en 1940).
Tourguéniev applaudit à une représentation de Carmen, de Bizet ; d’après lui,
"l’oeuvre la plus originale qui ait été représentée en France depuis le Faust de
Gounod", alors que cet opéra a été sifflé par les Parisiens. Le compositeur meurt
peu après dans sa maison de Bougival (5, rue Ivan-Tourguéniev). (Voir le n° 12 des Cahiers
Ivan Tourguéniev
).
 Tourguéniev fait la connaissance à Paris d’Henry James qui se
considérera comme son disciple.

 1877
- Publication du dernier roman. Terres vierges, qu’il a achevé à Bougival. Les "
Don Quichotte " russes, les populistes tenteront de civiliser les moujiks...

 1878

- Tourguéniev, endetté, vend à l’Hôtel Drouot sa collection de tableaux de peintres
paysagistes français (voir les n° 7 et 12 des Cahiers Ivan Tourguéniev).
 Ouverture, à Paris, du Congrès littéraire international sur les
droits d’auteur, placé sous la présidence de Victor Hugo. Tourguéniev en est le
vice-président. Il prononce une allocution (voir les n° 9 et 15 des Cahiers Ivan
Tourguéniev
).

 1879
- Séjour de Tourguéniev en Angleterre. Il est fait docteur honoris causa de
l’Université d’Oxford (voir le n° 4 des Cahiers Ivan Tourguéniev).

 Pour la première fois, Un mois à la campagne est joué avec
succès grâce à l’actrice Maria Savina, la dernière muse de Tourguéniev.

 1881
- Dernier séjour dans son domaine de Spasskoïé-Loutovinovo.
 Publication du récit Le Chant de l’amour triomphant dans le n° 11 du Messager
de l’Europe
.

 1882
- Début d’une grave maladie, un cancer de la colonne vertébrale.
 Cinquante de ses Poèmes en prose sont publiés dans le n° 12 du Messager
de l’Europe
 : miniatures philosophiques et psychologiques écrites pour la plupart à
Bougival (lire l’édition bilingue des Poèmes en prose, en vente au musée).

 1883

- Publication du récit fantastique Clara Militch.
 Tourguéniev est opéré en janvier d’un névrome dans le bas-ventre à
l’hôpital Necker.
 Fin avril, avant d’être transporté de Paris à Bougival, Tourguéniev
est amené sur le palier de la maison où Louis Viardot, à l’article de la mort, dans un
fauteuil roulant, dit à son ami en lui serrant la main pour la dernière fois :
"Morituri se salutant (Ceux qui vont mourrir se saluent). Il mourra le 5 mai
(voir le n° 8 des Cahiers Ivan Tourguéniev).
 A Bougival, sur son lit de souffrance, Tourguéniev dicte en français
à Pauline Viardot le récit Un incendie en mer.

 Il écrivit au crayon, sans la signer, cette dernière lettre, le 11
juillet 1883, à Tolstoï qu’il appelle le "grand écrivain de la terre russe".
 "Je suis, pour parler sans ambages, sur mon lit de mort. Je ne
peux pas guérir. Il ne faut plus y penser. Je vous écris pour vous dire que je suis
très heureux d’avoir été votre contemporain et pour vous faire une dernière et
sincère prière. Cher ami, revenez à l’activité littéraire ! Puisque votre don vient de
là d’où tout vient, comme je serais heureux si je pouvais espérer que ma prière sera
exaucée !"
 Un mois avant son décès, il dicte en français à Pauline Viardot un
second récit, Une fin, où il prophétise les événements qui vont ébranler son pays.
 Le 3 septembre, à 2 heures de l’après-midi, Tourguéniev rend le
dernier soupir.
 Le 7 septembre, obsèques russes à l’église russe de la rue Daru. Le
père Vassiliev prononce une brève allocution : il regrette la disparition de cette
"célèbre personnalité et de ce grand talent. Tourguéniev avait un coeur aimant,
miséricordieux et toujours et partout, là où il le pouvait, il se tenait à la tête
des entreprises phillantropiques." Le père Vassiliev conclut en exprimant
l’assurance que pour son grand amour il recevrait le pardon dans l’autre monde.
 Le 1er octobre, discours d’adieu prononcés par des personnalités
françaises et russes, à Paris, à la gare du Nord, d’où la dépouille mortelle de
Tourguéniev est ramenée en Russie : Ernest Renan, Edmond About, le savant chimiste
Grigori Wyrouboff, le peintre Bogolioubov, président de la Société d’aide aux artistes
russes de Paris, que l’écrivain avait fondée.

 Le 9 octobre, inhumation de Tourguéniev au cimetière Volkovo, à
Saint-Pétersbourg.
 La fille de Pauline Viardot, Claudie, avec son mari Georges Chamerot,
accompagnait le cercueil depuis Paris.





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