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Tchekhov Anton

(1860-1904)

Né en 1860 à Taganrog, petit port de la mer d’Azov, Tchekhov gardera de son enfance et de son adolescence passées là-bas un souvenir amer. Ce fut une enfance douloureuse parmi des gens grossiers, ignorants, imperméables à toute notion de beauté, de justice ou de pureté.

Son père, Pavel Egorovitch, est épicier. Fils de serf, à peu près analphabète, il consacre une grande partie de son temps au chant (il dirige un chœur religieux), à la musique (il a appris à jouer seul du violon), à la peinture (il peint des icônes). Fanatique religieux, c’est un despote familial.

Tchekhov vit dans la terreur du père et se demande chaque matin : "Serai-je battu aujourd’hui ?" Sa mère, Eugénie Iakovlevna, est une créature douce et passive, pieuse et tendre, maltraitée par son tyran de mari.

La vie des enfants Tchekhov (Anton a quatre frères et une sœur) est rude : ils passent à la boutique paternelle tout le temps laissé libre par le lycée et l’église. A. Tchekhov dira : "Je n’ai pas eu d’enfance... J’étais un prolétaire... Nous nous sentions de petits forçats... Notre enfance a été empoisonnée par des choses terribles..."

Il demeurera pourtant intimement lié à sa famille et à ses parents qu’il juge "admirables". Quand son père, ruiné, est obligé de quitter Taganrog pour aller s’installer à Moscou avec femme et enfants, le jeune Anton, âgé de seize ans, reste seul dans sa ville natale pour terminer le lycée.

Pendant trois ans, il donne des leçons particulières pour survivre. Une fois bachelier en 1879, il part rejoindre les siens à Moscou. La vie y est très difficile pour les Tchekhov. Anton devient le chef de famille et organise la vie de chacun. Il s’inscrit à la faculté de médecine.

Pour subvenir aux besoins de sa famille, il donne des cours, fait de petits travaux journalistiques et ses premières tentatives littéraires. Il reste indifférent à l’agitation révolutionnaire qui bouleverse la société russe.

En 1880, son premier récit paraît dans un journal humoristique. Il utilise alors le pseudonyme d’Antocha Tchékhonté. De 1880 à 1887, il va collaborer à plusieurs revues humoristiques.

En 1884, il achève ses études de médecine. Il connaît soucis d’argent, soucis familiaux, soucis de santé. Il est victime de sa première hémoptysie.

En 1886, il acquiert la célébrité avec un recueil de nouvelles, les Récits bariolés, qu’il signe A. Tchekhov. Il devient le collaborateur du journal Temps nouveau, de tendance conservatrice. Cette collaboration marque le début d’une longue amitié orageuse avec Alexis Souvorine, le directeur de cette publication.

Tchekhov continue à écrire régulièrement des nouvelles et travaille à ses premières pièces : Ivanov en 1887, Oncle Vania en 1890.

En 1890 également, il part pour le bagne de Sakhaline afin d’étudier une institution qu’il juge scandaleuse. En 1893, il publiera son témoignage l’Ile de Sakhaline à la place de sa thèse de médecine.

En 1891, il part visiter Vienne, Venise, Florence, Rome, Naples et Paris. En 1892, il achète une propriété à la campagne, Melikhovo, où il s’installe à demeure avec sa famille. Il y exerce la médecine tout en continuant d’écrire. Il est le témoin de la difficile condition des paysans.

En 1895, il rend visite à Tolstoï dans sa propriété de lasnaïa Poliana. Les idées de Tolstoï auront une grande influence sur lui.

En 1897, atteint d’une très grave crise d’hémoptysie, il se voit contraint de partir pour Yalta, en Crimée, où il achète, un an plus tard, une maison dans laquelle il passera le plus clair de son temps jusqu’à sa mort.

Il écrit à la fin de sa vie les trois pièces qui le consacrent grand dramaturge : la Mouette en 1896, les Trois Sœurs en 1900 et la Cerisaie en 1903. De nombreuses personnalités (dont Gorki) viennent lui rendre visite à Yalta.

Il se marie en 1901 avec une actrice, O.L. Knipper, qui a joué la Mouette au Théâtre d’Art de Moscou, dirigé par Stanislavski et inauguré en 1898.

En juin 1904, il part avec sa femme pour l’Allemagne. Il s’arrête à Badenweiler où il meurt en juillet. Il est inhumé à Moscou, dans le cimetière du monastère Novodiévitchi.

En quoi Tchekhov a-t-il profondément marqué la littérature russe ?

Tchekhov est le maître de la nouvelle brève. Pour lui la brièveté est sœur du talent. Il érige en idéal de perfection : la sobriété, la simplicité, l’économie des moyens, la concision. Il charge de signification les plus modestes composantes du récit.

Mais Tchekhov n’atteint pas la perfection sans travail. C’est un créateur minutieux et laborieux, obsédé par une certaine qualification technique de l’écriture. Il s’insurge contre Tourgueniev, dont la prose a fait son temps.

Par son style, Tchekhov opère une véritable révolution dans la littérature russe (comme Cézanne dans la peinture française). Bien qu’il ne s’aime pas comme dramaturge, Tchekhov va également provoquer une révolution théâtrale.

Le théâtre a besoin de formes nouvelles. Tchekhov s’attaque au principe même de la concentration dramatique. Ses pièces sont des drames du quotidien, où l’affabulation est inexistante, les pauses nombreuses, où "la vie est laissée telle qu’elle est et les gens tels qu’ils sont, vrais et non boursouflés". Ce sont des drames statiques, des coupes pratiquées dans l’épaisseur de la vie et qui mettent à nu les strates les plus profondes de l’âme humaine.

Tout au long de son œuvre Tchekhov se montre le témoin d’une certaine époque de la vie russe, il en restitue les types, les décors et les humeurs. A travers récits et pièces, Tchekhov peint la grande misère de la condition humaine avec pour seul but la vérité absolue et sincère. Il dit : "l’artiste doit être un témoin impartial"..., "le littérateur doit être aussi objectif que le chimiste".

Tchekhov montre mais ne dénonce jamais. Rien ni personne ne fait figure de porte-parole dans son œuvre. A son propos Gorki écrit : "C’est le premier homme libre que j’aie rencontré, le premier qui n’adore rien."

Loin de tout dogme, de toute chapelle, toute sa vie Tchekhov préférera la philanthropie individualisée au large mouvement d’indignation et d’action collective. Dans sa propriété de Mélikhovo, lors de l’épidémie de choléra, il installera un dispensaire volant et se dévouera sans compter. Persuadé que "la vie est uniquement faite d’horreurs, de soucis et de médiocrités qui se suivent et se chevauchent", il gardera cependant une foi absolue dans le progrès.

En lui se mêleront toujours la tendance positive et la tendance idéaliste sans doute parce qu’il était à la fois médecin et écrivain. Il disait : "La médecine est ma femme légitime, la littérature ma maîtresse." Ne cessant de souligner au travers de son œuvre l’esprit petit-bourgeois, la trivialité, la corruption, l’ignorance crasse, la peur du supérieur, la déchéance dans les destins avortés, condamnés à l’échec, à l’usure du temps, "menue monnaie de la mort", il gardera constamment foi en l’homme. Il croira toujours possible la "révolution de l’esprit", révolution individuelle, personnelle qui seule permet, grâce à la connaissance, au savoir, l’amélioration de la nature humaine, donc de la société. Peintre sans fard d’une réalité sordide, il sut être, sans passion, sans intolérance, sans exclusive, sans anathème, un des premiers défenseurs des droits de l’homme.





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