Evoquer simultanément ces deux évènements comme nous le proposons revient évidemment, à s’interroger sur la politique étrangère américaine telle qu’elle est mise en oeuvre, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Ce rapprochement de deux tragédies est légitime si on s’attache à caractériser sans ambiguïté comme nous le faisons, l’épouvantable logique des attentats de New York. Cette superposition est l’occasion de réfléchir à la nature et aux objectifs de la politique impériale américaine hier et aujourd’hui, ainsi qu’à l’action de tous les semeurs de mort, généraux americains, turcs, israéliens... qui, au nom de la "guerre contre le terrorisme", sèment la destruction et le désespoir.
Comment faire face à l’ensemble des réflexions et des sentiments contradictoires et paradoxaux que nous inspirent les "deux" 11 septembre ? Les tentatives de réponses à ces questions inspirent le choix des réalisateurs à qui nous avons proposé de diffuser leurs oeuvres.
Notre proposition artistique n’est ni chronologique ni linéaire. Elle démarrera le 9 septembre par le film Christophe de Ponfilly sur Ahmed Shah Massoud dirigeant afghan -« le commandant Massoud »- assassiné par des membres d’Al Qaîda le 9 septembre 2001 en prologue des attentats de New York. Nous irons ensuite avec Thierry Michel, arpenter les arcanes de l’Iran où réformateurs et islamistes radicaux s’affrontent « Iran, sous le voile des apparences » .
Les 11 et 12 septembre seront consacrés au Chili à travers les films de Patricio Guzman "la Mémoire Obstinée", et Patrick Zachmann, "Allers Retour", journal d’un Photographe. Enfin nous traiterons de la situation aux États-Unis avec le film de Amos Kollek "Gloire Amère" qui interroge les habitants de New York sur l’après 11 septembre.
Nous achèverons la programmation par la situation au Vénézuéla, pays qui doit vivre avec son puissant voisin américain, "Coup d’État contre Hugo Chavez", de Kim Bartley et Donnacha O’Brien ainsi qu’un regard sur le martyre de la population tchétchène avec le film de Nino Kirtadze "Il était une fois la Tchétchénie".
Mardi 9 Septembre : "Massoud l’Afghan" de Christophe de Ponfilly 1998
En rejoignant le dernier bastion de la résistance du commandant Massoud, la vallée du Panjshir qui s’étend sur 100 kilomètres au nord-est de l’Afghanistan, Christophe de Ponfilly reprend pied en terrain connu : depuis 1981, à travers plusieurs reportages, il s’est lié d’amitié avec Massoud, le combattant légendaire de la guerre contre les Soviétiques. Aujourd’hui affaibli, isolé, trahi par beaucoup de ses amis, celui que l’on avait surnommé le "lion du Panjshir" livre toutes ses forces dans la défense de sa vallée. En suivant les préparatifs d’une offensive contre les Talibans, le réalisateur demande une nouvelle fois à Massoud de témoigner sur une histoire dont il est l’un des principaux acteurs. Entrecoupé de séquences extraites de ses précédents films, Massoud, l’Afghan rappelle quelques hauts faits du chef de guerre : comment celui-ci avait réussi à fédérer plusieurs groupes de résistants, ou encore son rôle salvateur lors d’une des plus meurtrières offensives de l’armée soviétique en 1984. Questionnant le pouvoir des médias sur le cours de l’histoire, Christophe de Ponfilly s’interroge également sur sa démarche de cinéaste : un voyage vers Massoud autant que vers lui-même, un cri d’espoir pour un Afghanistan libéré des extrémistes.
Projection et débat en présence du réalisateur, de Latif Pedram (poète, intellectuel afghan) Guissou Jahangiri (journaliste à Courrier International)
Mercredi 10 Septembre : « Iran, sous le voile des apparences » de Thierry Michel, 2002
Présenté comme l’un des berceaux de l’islamisme intégriste, l’Iran intrigue l’Occident à plus d’un titre. Un dortoir d’université, un cimetière, une école militaire, un cours d’art dramatique, une mosquée...autant de lieux où le cinéaste a rencontré des Iraniens dans leurs occupations quotidiennes : des militaires, des religieux, des jeunes, des anciens combattants, mais également des membres des mouvements réformateurs, étudiants, artistes ou intellectuels qui paient souvent durement le prix de leur combat pour la liberté. Ce film dresse le portrait d’une société fracturée, socialement et culturellement. L’œil du cinéaste s’y divise et donne lieu à un film kaléidoscopique, à l’image d’un pays dans lequel la ferveur religieuse des uns contraste avec le désir de liberté des autres.
Projection et débat en présence du réalisateur et de Marc Kravetz (journaliste à Courrier International)
Jeudi 11 Septembre : « Chili la mémoire obstinée » de Patricio Guzman, 1996
Dix-huit années d’isolement sous la botte des militaires ont figé le Chili dans le silence. La jeunesse, tout particulièrement victime de la désinformation, interprète la prise du pouvoir par Pinochet, en 1973, comme une des premières victoires contre le communisme qui a permis au pays de connaître un boom économique que nulle autre nation de la région n’a pu égaler. Patricio Guzman, réalisateur chilien qui avait dû s’exiler comme nombre de ses compatriotes, retourne au pays vingt-deux ans plus tard. Il reprend sa caméra pour tenter de combler le vide laissé par l’amnésie collective et interroge les acteurs de l’Histoire, seuls traits d’union entre le passé et l’avenir. Dans ses bagages, la "Bataille du Chili" (1974), un des rares documents d’archives à pouvoir rappeler les crimes sur lesquels s’est construite la prospérité actuelle. Le film reste encore interdit aujourd’hui au Chili...
Projection et débat en présence du réalisateur
Vendredi 12 Septembre : « Allers-retour, journal d’un photographe » de Patrick Zachmann, 2002
« En décembre1998, trois mois après l’arrestation d’Augusto Pinochet, Patrick Zachmann, photographe de l’agence Magnum se rend au Chili pour faire un reportage sur les victimes de la dictature et les familles des "disparus". Sur place, il acquiert la conviction que la photographie seule ne suffira pas à restituer l’émotion et la complexité des récits et témoignages qui lui sont adressés : "le silence est sa force, mais aussi parfois sa limite" dit-il en parlant de sa photo.
Il décide alors d’ajouter le mouvement et le son à l’image, de faire un film pour rendre compte du difficile travail de mémoire entrepris par les victimes.
« Allers-retour, journal d’un photographe », est au croisement du reportage et de la chronique intime. Le film propose une série de va et vient entre des témoignages, des situations observées au Chili, en Argentine, en Bosnie, au Rwanda(...) et une réflexion plus personnelle sur les questions de la mémoire et de l’identité, qui sont au coeur de son désir d’images. Patrick Zachmann laisse résonner en lui les récits des victimes et de leurs proches, comme l’écho de sa propre histoire. Il sait que leurs démarches renvoient à la sienne. » (INA)
Projection et débat en présence du réalisateur
Samedi 13 Septembre (Après Midi) : « Coup d’Etat contre Hugo Chavez » de Kim Bartley et Donnacha O’Brien, 2002
« En Amérique latine, le coup d’Etat est un feuilleton qui bat des records de longévité. Et comme dans les telenovelas, ces séries sud-américaines fleuves, on retrouve toujours les mêmes ingrédients : une conjuration, des manifestations téléguidées, des médias manipulés... Et les mêmes protagonistes : des colonels organisés en junte pour sauver la nation d’un redoutable danger (souvent le communisme), des manifestants abreuvés de coups de matraque... Le documentaire « Anatomie d’un coup d’Etat avorté » revient sur le putsch raté contre Hugo Chávez, le président du Venezuela. Un passionnant feuilleton à rebondissements, très chaviste. Pour ceux qui ont raté des épisodes : élu en 1999, Chávez, avec son physique de boxeur et sa voix de stentor, est l’idole du petit peuple. Un jour, il chante à la télévision : « Je ne suis pas une pièce d’or, qui a la chance de plaire à tout le monde. » Bien vu : il est haï par les riches, les classes moyennes, les médias privés, les patrons... On lui reproche ses amitiés pour Fidel Castro ou Saddam Hussein, sa démagogie et son entêtement à placer des proches à la tête de la puissante Compagnie nationale du Pétrole. En 2002, un complot, qui réunit les forces militaires et économiques du pays, réussit à le renverser. Pedro Carmona, le Ernest-Antoine Seillière local, le remplace brièvement, à la grande satisfaction des Etats-Unis. Chávez a finalement échappé au triste sort du Chilien Salvador Allende grâce à la mobilisation de ses partisans... (Tele Obs) »
Projection et débat en présence du réalisateur (sous réserve)
Samedi 13 septembre (Soirée sous reserve) : « Gloire amère » d’Amos Kollek, 2001
Le journaliste Daniel Leconte a donné carte blanche au cinéaste new-yorkais Amos Kollek pour réaliser un documentaire sur les conséquences à New York du 11 septembre.
"C’est un titre qui m’est venu à l’esprit avant le début du tournage. Il reflète bien, je crois, l’atmosphère, l’aspect, le spectacle même de New-York depuis les attentats du 11 septembre", explique le réalisateur de Sue qui y interroge ses amis, les habitants de son quartier, des écoliers new-yorkais et suit Anna Thomson, son actrice fétiche dans les rues de la ville.
Projection et débat en présence du producteur Daniel Leconte (ARTE) (Sous Réserve)
Dimanche 14 Septembre : « Il était une fois la Tchétchénie de Nino » Kirtadze, 2001
Le 25 décembre 1994, Boris Eltsine déclenche la guerre en Tchétchénie. La première campagne militaire dure deux ans et ne réussit qu’à anéantir l’image de l’"imbattable armée russe". Trois ans plus tard en 1999, tout recommence...La réalisatrice, Nino Kirtadze, a croisé les récits de cinq journalistes qui ont couvert les deux guerres entre 1994 et 2000 : des témoignages importants qui permettent de saisir toute la cruauté d’un conflit dont les premières victimes sont des civils.
Projection et débat en présence de la réalisatrice, de Sophie Shihab (journaliste au Monde, sous réserve) et de Joseph Dato (Responsable de la « mission Tchétchénie » pour Médecins du Monde, sous réserve)