« Il s’est longuement expliqué, nous n’avons aucune nouvelle de cette enquête », nous indique son avocat. Cependant, cette audition n’a semble-t-il pas suffi. Après d’autres investigations, une note de synthèse rédigée par la police française, dont devrait être destinataire M. Matvienko, le magistrat russe, affirme que « M. Attali aurait prêté son concours à un détournement de fonds organisé par et pour l’entourage de M. Yakovlev », l’ancien maire de Saint-Pétersbourg, autrefois proche de Vladimir Poutine. Deux millions de dollars sont en jeu. Une mission payée cash
En 1997, une Française mariée à un Russe, Irène Commeau, ancienne collaboratrice de Jacques Attali à la Banque européenne de reconstruction et de développement (Bred), crée le premier contact avec Serguei Davitaia, un proche du maire de Saint-Pétersbourg. Jacques Attali, consultant international à son compte, signe un contrat d’assistance visant à redonner à la ville russe « un prestige international ».
Jacques Attali propose d’apporter son concours à la création d’une « Bred eurasienne », et d’une « Ligue de la paix », réunissant plusieurs ports de la Baltique. Durée de sa mission : deux ans. Rémunération prévue, 2 millions de dollars.
Première curiosité, au lieu d’échelonner les versements, les fonds, via la banque Inkombank, parviennent à ACA, la société d’Attali, en une seule fois. Cinq « consultants » sont aussitôt rémunérés. M. Davitaia perçoit 200 000 dollars. Irène Commeau, comme « apporteur d’affaires » et consultante, touchera au total 25 % du contrat, soit 500.000 dollars. Trois Russes percevront également des fonds : Andreï Gratchev (280.000 dollars), Sergueï Koulaghine (200.000 dollars) et sa secrétaire (97.500 dollars).
Mais dans leur note, les enquêteurs semblent douter que de réelles missions aient été effectuées par les Russes. En perquisitionnant chez ACA, ils n’ont découvert que des notes, « très brèves, rédigées en français », censées émaner de ces consultants. « Ces notes pourraient avoir pour objectif... de justifier le versement des honoraires versés », écrivent les enquêteurs. Les policiers : « C’est un artifice »
Plusieurs documents en russe ont aussi été découverts. « L’un d’eux expose des méthodes de relaxation et de respiration sans aucun rapport avec la mission », souligne les policiers. Dans les pièces saisies, les enquêteurs ont également mis la main sur une note manuscrite, antérieure de quelques jours à la signature du contrat : « Il y a une cuisine, il faudra reverser 850.000 dollars à l’équipe russe pour ses frais », mentionne ce document. Enfin, l’enquête a établi que les consultants russes avaient été payés sur des comptes bancaires ouverts aux Etats-Unis.
« C’est sciemment que M. Attali se serait prêté à la manœuvre organisée par les autorités de Saint-Pétersbourg, en recrutant, au prix fort, des consultants qu’il ne connaissait pas, qui ne présentaient pas le profil professionnel et de compétences utiles », concluent les policiers, évoquant « un artifice destiné à prélever des fonds ».
Laurent Valdiguié, Le Parisien, samedi 06 mars 2004

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