Russie.net, le Web franco-russe

Économie

Une faculté de politologie, proche du parti au pouvoir, à l’Université de Moscou   -    Le nouveau président de la BERD Thomas Mirow défend la position russe   -    UE : la diaspora russe pointe la couverture du conflit osséto-géorgien par les médias européens   -    Nevzline, ex-actionnaire de Ioukos, condamné à perpétuité    -    Affrontements dans le Caucase   -   

 

 




 

 

 

 

2002

    

Le monde russe de l’édition


Moscou

Au début des années 90, le monde russe de l’édition a connu une véritable révolution. Depuis, il évolue tant bien que mal sur le chemin épineux de la libéralisation.

La situation a commencé à changer peu avant l’éclatement de l’Union soviétique, notamment avec l’abolition de la censure qui a déclenché dès 1989 un boom éditorial. De nouvelles coopératives sont venues s’ajouter aux 300 maisons d’édition d’Etat, lançant des publications à très gros tirages (de 50 000 à 100 000 exemplaires) d’auteurs jusqu’alors interdits : Akhmatova, Tsvétaieva, Mandelstam, Berdiaev, Soloviev et d’autres. La littérature étrangère a connu la même explosion, avec un très grand nombre d’éditions pirates, souvent de mauvaise qualité. La multiplication des maisons d’édition, dont le nombre a frisé 6 000 en 1993, publiant les mêmes ouvrages, a vite saturé le marché. Les premières années de la décennie ont ainsi donné un avant-goût de la « perestroïka de l’édition ». Mais l’ouverture n’a réellement débuté qu’en 1992, dans le cadre des premiers processus de privatisation. Sans lâcher son contrôle sur ce secteur, l’Etat a d’abord instauré un type d’actionnariat « aux ordres », en se débarrassant ainsi d’une partie de son fardeau financier. Aussitôt, le mythe de la prospérité de l’édition soviétique s’est effondré. Fini le temps des tirages démesurés pour certains titres et insignifiants pour d’autres, des choix éditoriaux arbitraires, de la place d’honneur à la littérature du Parti achetée d’office par les organisations syndicales, envoyée gracieusement aux bibliothèques municipales et rurales, expédiée, enfin, dans les pays « frères » d’Europe de l’Est. Cette première étape a montré toute la fragilité de l’édition. Le manque d’expérience du marché et la nouvelle conjoncture n’en ont guère, il est vrai, permis la rentabilité. La brusque réduction des subventions d’Etat, l’éclatement du système centralisé de distribution, la forte hausse du prix du papier, des coûts de fabrication et de transport ont donné le coup de grâce aux géants de l’édition ex-soviétique, comme Sovetskij Pisatel, Molodaja Gvardija, Progress et le grand spécialiste de la littérature de jeunesse, Detskaja Literatura. Résultat : une chute vertigineuse de la production. Entre 1990 et 1993, le nombre de titres édités est tombé de 41 000 à 29 000, et le tirage total, de 1,5 milliard à 950 millions d’exemplaires.

La nouvelle Russie a alors essayé d’offrir une seconde chance à l’édition. Après la loi de 1993, relative aux droits des éditeurs et des auteurs, une loi fédérale sur l’aide à l’édition et aux médias est entrée en vigueur le 1er janvier 1996, prévoyant la privatisation du secteur, assortie d’allégements fiscaux et d’autres facilités financières. De quoi encourager le secteur privé dont la production représente aujourd’hui près des deux tiers de l’industrie du livre, avec un tirage global de 420 millions d’exemplaires et plus de 36 000 titres édités. Mais ces chiffres ne montrent qu-un côté de la médaille. L’édition russe continue de faire face à une multitude de problèmes, souvent liés à la baisse du pouvoir d’achat. Les moyens manquent aux citoyens, même pour acheter des livres scolaires. De plus, le marché est morcelé et nombre d’éditeurs locaux ne sont pas en mesure de l’approvisionner. Ce qui a causé un déséquilibre criant entre les régions centrales et les périphéries, notamment la Sibérie et l’Extrême-Orient. Dans les premières, les livres disponibles par habitant se comptent par centaines ; dans les secondes, ils ne dépassent pas la vingtaine. Enfin, la loi de janvier 1996 est appliquée arbitrairement et les éditeurs bénéficient rarement des avantages prévus. Même les maisons d’édition du secteur public s’en ressentent. En 1996-97, seuls 25 livres ont été publiés avec le concours de l’Etat, consacrés pour la plupart à Moscou, 850e anniversaire oblige. Ces anomalies handicapent avant tout les petites et moyennes entreprises. Les grandes s’en sortent plutôt bien, surtout celles qui ont su s’adapter au goût d’un large public. Les romans fantastiques, policiers ou d’amour, autrefois quasiment introuvables, occupent aujourd’hui la première place dans les sondages de popularité. La demande augmente, d’autant que le prix de ce type de livres, entre 12 et 15 roubles (2 à 2,5 dollars, au 15 juin), est tout à fait abordable pour un salaire moyen de 1 000 roubles à Moscou (164 dollars) et de 300 à 500 roubles en province (49 à 82 dollars). Tout aussi florissant est le marché des ouvrages pratiques (cuisine, maison, santé, tourisme) avec, en tête de liste, les éditions privées Eskimo, Olma-Press, AST press, Armada et Centrpoligraf. Sur le marché du livre scientifique, dont le prix moyen est de 20 roubles (3,3 dollars), les sujets les plus courus sont le droit, l’économie, les finances et l’informatique. Les principales maisons d’éditions dans ce domaine, privées elles aussi, sont Infra-M, Spark, Financy i Statistika et Prior. Ces nouveaux leaders de l’édition de masse ont également résolu les problèmes de diffusion, disposant pour la plupart de leurs propres entrepôts, de leurs moyens de transport et de systèmes informatisés de contrôle des ventes. Parmi les spécialistes de la littérature, Vagrius et Terra se sont imposés avec des tirages de 15 000 à 20 000 exemplaires, qui leur permettent de maintenir des prix compétitifs, allant de 20 à 30 roubles le livre (3,3 à 5 dollars). Ils travaillent en outre avec des grossistes et bénéficient d’un vaste réseau de points de vente, aussi bien dans la capitale que dans les régions. La situation est bien différente pour un éditeur comme Sabascnikov, par exemple, dont les tirages ne dépassent pas 5000 exemplaires. Difficile de rentabiliser la production, d’autant que ses livres sont fabriqués en Italie et vendus en Russie. A 50 roubles le livre (8,2 dollars), il a du mal à conquérir le marché. Or, s’il vend mal, il ne peut pas se lancer dans de nouveaux projets et doit se contenter de trois ou quatre titres par an.

Outre les frais de transport et les commissions retenues par les grossistes, les « petits » se heurtent aux conditions de crédits prohibitives des banques russes, qui demandent de 40% à 60% d’intérêts par an. Celles de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) sont alléchantes (17%), mais ses crédits sont rares. Pour les auteurs, la vie n’est pas plus facile. Il n’existe pas d’agences littéraires en Russie et les écrivains ont autant de difficultés pour trouver un éditeur que pour défendre leurs droits. C’est vrai même pour les auteurs à succès, comme Alexandre Marinina, surnommé « le roi du polar ». Que dire alors des débutants ? Les prix littéraires - Bouker et Antibouker, pour ne citer que les plus importants - encouragent généralement des auteurs et des éditeurs déjà connus. Côté traduction, le retard est difficile à rattraper. Ici aussi l’argent détermine la sélection et les éditeurs font la part belle aux classiques, faute de pouvoir payer les droits d’auteur et les frais de promotion. Beaucoup de nouvelles traductions ont toutefois vu le jour grâce au soutien du programme français Pouchkine et de la fondation Soros : Pascal, Lautréamont, Valter Benjamin, Chateaubriand, Karl Jaspers, Roland Barthes, Fernand Braudel... Bref, il reste encore beaucoup à faire. A l’avenir, il faudra repenser l’édition dans son ensemble, fabrication et commercialisation comprises. De nouveaux programmes d’aide sont indispensables, surtout dans le domaine des livres scolaires et scientifiques, sans oublier les bibliothèques. Une réforme de la stratégie commerciale s’impose. Certes, des centres de marketing existent déjà, mais sur le plan esthétique, la qualité du livre russe laisse encore à désirer. Il serait temps aussi de songer à des coéditions avec des éditeurs occidentaux.

Maria Iakoubovitch



14 août 2003 - Russie.net © Tous droits de reproduction et de diffusion réservés.


impression
Imprimer cet article

Vos réactions sur cet article

Cliquez ici pour réagir à cet article

Discuter dans le Forum de discussion

""
Cliquez ici pour discuter de ce sujet dans le Forum de discussion

Pour en savoir plus,
visitez la librairie

SLAVIKA!


Dans la même rubrique :


Inscription à Russie.net
L'abonnement vous permet d'intervenir sur les forums réservés aux visiteurs enregistrés et de recevoir les lettres d'informations.
Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.
Lettre d'information

Infos en ligne Russie, Ukraine, Belarus, Asie centrale, Pays baltes, CEI avec l'Agence France Presse (AFP)

MOSCOU, 20 août 2008 (AFP) - 20:37
Accident d'avion à Madrid: condoléances de Medvedev au Premier ministre espagnol
WASHINGTON, 20 août 2008 (AFP) - 20:27
Les Etats-Unis pressent la Russie d'accélérer son retrait de la Géorgie
WASHINGTON, 20 août 2008 (AFP) - 19:21
Aide humanitaire: la Turquie laisse passer des navires de guerre US
KIEV, 20 août 2008 (AFP) - 18:00
Ukraine: Timochenko dément avoir des accords secrets avec la Russie
MOSCOU, 20 août 2008 (AFP) - 17:52
Le conflit en Géorgie a tiré à la hausse la popularité du président russe (sondages)
PRAGUE, 20 août 2008 (AFP) - 16:14
Prague va débloquer une aide de 6,15 millions d'euros à la Géorgie
WASHINGTON, 20 août 2008 (AFP) - 15:48
Les ministres des Finances du G7 "prêts à soutenir" l'économie géorgienne
BUCAREST, 20 août 2008 (AFP) - 15:42
Roumanie: aide humanitaire d'un million d'euros à la Géorgie
BELGRADE, 20 août 2008 (AFP) - 14:00
Belgrade déterminée à ratifier l'accord énergétique avec la Russie (ministre)
BERLIN, 20 août 2008 (AFP) - 13:37
L'Ukraine doit nouer des liens avec l'UE en matière de sécurité (ministre)
PARIS, 20 août 2008 (AFP) - 13:13
Sarkozy/Géorgie : Paillé (UMP) dénonce "les outrances verbales" du PS
BRUXELLES, 20 août 2008 (AFP) - 12:55
Aide: du mieux en Géorgie mais pas d'accès en Ossétie, selon Bruxelles
GENÈVE, 20 août 2008 (AFP) - 12:50
Des convois du CICR sont en route pour l'Ossétie du Sud (président CICR)
BERLIN, 20 août 2008 (AFP) - 12:48
Khodorkovski : les nouvelles accusations sont "une grosse sottise"
BOBNEVI (Géorgie), 20 août 2008 (AFP) - 12:44
L'aide humanitaire entre enfin dans les villages géorgiens reculés

 

 

Russie.net, le Web franco-russe


Art-russe.com Asie-centrale.com France-Ukraine.com
Russie.tv France-Belarus.com Pays-baltes.com
Russomania.com France-CEI.com Slavika.com


1997 - Russie.net © Envoyer un E-mail
Contacter Russie.net, le Web franco-russe