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Colloque : Les Français dans la vie intellectuelle et scientifique en Russie au XIXème siècle

16-17 septembre 2011

Ce colloque a connu un réel succès grâce, notamment, à la présence d’intervenants de très grande qualité.

La Fondation Singer-Polignac, créé en 1928, se consacre à des activités de mécénat culturel : elle permet des rencontres de réflexion, de recherche et d’échange dans tous les domaines.

C’est en 1928 que Winnaretta Singer, princesse Edmond de Polignac, donna une forme juridique à l’activité de mécénat qu’elle menait depuis longtemps en faveur des arts, des lettres et des sciences. La loi du 25 mars 1928 ratifia la création de l’établissement public dénommé Fondation Singer-Polignac, et le décret du 17 octobre 1928 approuva la dotation de Winnaretta à l’État français en vue de cette création, le revenu de ce capital étant destiné aux activités définies par les statuts de la Fondation. À la mort de la princesse, la Fondation reçut en legs son hôtel particulier et s’y installa en 1945.

C’est dans ce magnifique cadre que des historiens ont mené leurs travaux et débats pendant 2 jours.

L’ouverture du colloque franco-russe s’est déroulée sous le patronage de Madame Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire Perpétuel de l’Académie française et Monsieur Alexandre Tchoubarian, Institut d’Histoire Universelle, Académie des Sciences de Russie. Cette entrée en matière a permis de souligner de part et d’autre l’intérêt de l’approche comparée.

Alexandre Tchoubarian

Alexandre Tchoubarian, né le 14 octobre 1931 à Moscou, est historien reconnu, spécialiste des relations russo-européennes, auteur de nombreux ouvrages. Directeur depuis plus de vingt ans de l’Institut d’histoire universelle de l’Académie des Sciences de Russie, il est académicien, membre du Présidium de l’Académie des Sciences de Russie, président de Université d’Etat académique en sciences humaines qui fonctionne à la base des Instituts de recherche en sciences humaines de l’Académie des sciences de Russie. Alexandre Tchoubarian est également membre du Conseil pour la science, l’éducation et la technologie auprès du Président de la Fédération de Russie. Il est chevalier de la Légion d’honneur. En France, Alexandre Tchoubarian a publié La Russie et l’idée européenne en 2009, aux Editions des Syrtes.

La Colloque a été organisé par Madame Francine-Dominique Liechtenhan, Université Paris-Sorbonne, Centre Roland Mousnier, CNRS
et Monsieur Vladislav Rjéoutski, Université de Bristol.

Le Professeur Vladislav Rjéoutski a traité deux thèmes. Dans le premier, il a mis en lumière la traduction de Krylov et de Khemnitsers par Hippolyte Masclet. Dans la seconde, il a présenté et analysé la littérature, traduction et propagande dans le contexte de son époque.

Francine-Dominique Liechtenhan

Directrice de recherche au CNRS (Centre Roland Mousnier). Habilitée à diriger des recherches, elle enseigne à l’université Paris-Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris. Elle est responsable du programme « Les Français dans la vie scientifique russe » subventionné par l’ANR. Parmi ses nombreuses publications, dont les titres peuvent être consultés sur le site du Centre Roland Mousnier, citons Astolphe de Custine, voyageur et philosophe, Champion-Slatkine, 1990 ; La Russie entre en Europe ; Elisabeth Ire et la guerre de Succession d’Autriche, CNRS Editions, 1997 (prix Eugène Colas de l’Académie française, ouvrage traduit en russe) Le Grand pillage ; du butin des nazis aux trophées des Soviétiques, Ed. Ouest- France, Mémorial, 1998 ; Les Trois christianismes et la Russie ; les voyageurs occidentaux face à l’Eglise russe (XVe-XVIIIe siècle), CNRS-Editions, 2002 ; Elisabeth de Russie (1709-1762), l’autre impératrice, Fayard, 2007 (prix Auguste Gérard de l’Académie des Sciences porales et politiques, ouvrage traduit en russe) ; avec E. Le Roy Ladurie, Le Siècle des Platter, t. II, et t. III, Voyages de Thomas Platter II, Fayard, 2000 et 2005 (ouvrages traduits en portugais et néerlandais). Une biographie de Pierre le Grand est en cours de rédaction. Elle a eu le prix Dmitri Likhatchev (Saint-Pétersbourg) en 2009 pour l’ensemble de ses travaux.

Edith Ybert, Membre associé du CERCEC (Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen) du CETOBAC (Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques) a analysé la vie de Adolphe Bergé (1828-1886), maître d’œuvre de la « mission civilisatrice » russe au Caucase et ses liens avec l’orientalisme français.

C’est en tant que fonctionnaire russe, chargé à partir de 1851 de diverses missions au sein de la chancellerie du vice-roi, à Tiflis, qu’Adolphe Bergé va apporter une contribution majeure aux études caucasiennes. Fils d’un émigré français et d’une Allemande du Mecklembourg que son père a épousée en Russie, Adolphe Bergé a reçu une formation d’iranisant à la faculté orientale de l’Université de Saint-Pétersbourg. Il déploie son activité dans trois directions.

Dmitri Gouzevitch a traité, dans sa première intervention, le sujet "Les ingénieurs français en Russie dans la première moitié du XIXe siècle : esquisse d’un portrait de groupe". Il a consacré la seconde intervention à la contribution collective des experts français à l’essor de l’art et des sciences de l’ingénieurs en Russie.

Dans la première moitié du XIXe siècle, la Russie a accueilli quelques dizaines d’ingénieurs français. Certains de ces spécialistes n’y ont d’ailleurs jamais exercé leur métier d’origine mais ont excellé dans d’autres domaines assez éloignés de l’ingénierie (théâtre, philosophie, économie politique, sciences sociétales, botanique, littérature, musique, journalistique). Quelques autres, au contraire, ont investi la sphère de l’ingénierie après leur installation en Russie. D’autres encore, venus en Russie très jeunes, y ont reçu leur formation et fait leurs premiers armes dans la profession. Les polytechniciens français constituaient le noyau dur de ce groupe qui comptait, par ailleurs, dans son sein les experts techniques – officiers de la marine et ingénieurs militaires – formés sous l’Ancien Régime. La plupart de ces spécialistes ont excellé en matière de recherche scientifique : la somme de leurs travaux produits durant la période russe dénombre quelques centaines de titres. Plusieurs ont été élus membres de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg et de l’Académie des Beaux Arts, mais aussi de nombreuses autres sociétés savantes. Ils comptaient dans leurs rangs une dizaine de professeurs des grandes écoles d’ingénieur russes ; quatre d’entre eux se sont succédés à la direction de l’Institut du Corps des ingénieurs des voies de communication. La plupart ont fait de belles carrières ayant accédé aux grades supérieures dans la hiérarchie impériale. Ils se placent collectivement à l’origine d’une initiative pionnière en matière d’édition périodique technique – la revue bilingue Journal des voies de communication. Ceux qui sont venus en Russie dans le premier tiers du XIXe siècle, ont principalement exercé au service de la Couronne ; à partir des années 1830, on les trouve plutôt au service des grands industriels, comme explorateurs de ressources, gestionnaires des entreprises ou ingénieurs conseils. La contribution collective de ces experts français à l’essor de l’art et des sciences de l’ingénieurs en Russie, au développement de son industrie, à la mise en place de son système d’enseignement technique, à l’exploration de ses ressources naturelles et à la circulation des connaissances (dans les deux sens) est difficile à surestimer. Leur mobilité et leur médiation a contribué à renforcer les liens entre les univers des techniques et des sciences français et russes et a largement participé de la construction des représentations favorables de part et d’autre. La vie intellectuelle des deux pays s’en est trouvée enrichie. Dans la communication, nous nous proposons d’esquisser le portrait collectif de ce groupe socioprofessionnel en nous appuyant sur la collection des prosopographies de ses membres qui sera fournie en annexe.

Vitaly Afiani, docteur et professeur, est le directeur des archives de l’Académie des sciences de Russie, le directeur du département d’archivistique de l’université d’État de sciences humaines de Russie, et le rédacteur en chef adjoint du journal Archives historiques. Ses domaines de recherches sont l’étude des archives, l’archivistique, le travail sur les sources et l’histoire des sciences et de la culture russe aux XVIIIe et XIXe siècles. Depuis quelques années, il consacre principalement son travail à l’histoire de l’Académie des sciences. Il est également directeur de nombreux projets de recherches, rédacteur en chef, directeur de collection, et membre des comités de rédaction de plusieurs revues scientifiques russes et d’établissement de recueils de documents.

Vitali Afiani a présenté l’expérience de Charles Roulier (1814-1858) et le développement de la biologie en Russie.

Karl (Louis) Frantsevich Rouiller (1814-1858), d’ascendance paternelle française, était un éminent naturaliste russe, biologiste évolutionniste. Chef du département de zoologie de l’université de Moscou, il a développé l’idée de l’étude de la « zoobiologie », une science qui examine toutes les manifestations des organismes dans un milieu donné, soit un vaste programme d’étude de l’écologie des animaux. S’élevant contre les positions métaphysiques et théologiques de Georges Cuvier, il a rejeté la théorie de l’immutabilité des espèces et a développé les idées des scientifiques français Jean-Baptiste Lamarck et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, en particulier l’idée novatrice de Saint-Hilaire selon laquelle il existe une unité du monde animal, sur laquelle se fonde l’étude de l’évolution de la nature organique. Il a ainsi fondé la première école de zoologistes-évolutionnistes en Russie, école exceptionnelle, qui comprend des disciples tels qu’Anatole Bogdanov, Jacob Borzenkov, Nicolas Severtsov, Serguey Oussov, etc. Néanmoins, Karl Rouillier est presque tombé dans l’oubli dans les années futures – on ne s’est souvenu de lui que dans les années 1940-50 au moment du développement de la « nouvelle » écologie, et ses archives n’ont pas été conservées. On trouve toutefois des documents à son sujet et des archives personnelles dans le fonds de son disciple, le célèbre biologiste Anatole Bogdanov, qui se trouve dans les archives de l’Académie des sciences de Russie.

Sergey Vlasov, Directeur du département de français à la Faculté des Lettres de l’Université d’Etat de Saint-Pétersbourg, a mis en lumière des travaux de Jean Fleury, lecteur de langue et de littérature françaises à l’Université de Saint-Pétersbourg (1872-1894).

La présente communication est consacrée aux activités variées de Jean Fleury (1816-1894) en tant que pédagogue, savant, journaliste et poète qui a laissé des travaux remarquables dans le domaine de l’enseignement de la langue (son manuel de français à l’usage des Russes intitulé « La grammaire en action », bien apprécié par Arsène Darmesteter et Michel Bréal, a eu 9 éditions de 1864 à 1892) et de la littérature françaises (son « Histoire élémentaire de la littérature française » a eu 12 éditions de 1871 à 1915). Fleury a beaucoup de choses à nous apprendre dans l’utilisation des textes amusants et enrichissants sur le plan culturel au cours de l’apprentissage de la grammaire française.
Fleury a aussi fait publier plusieurs travaux de linguistique et de dialectologie française : « Du caractère spécial de la langue et de la littérature française » (Saint-Pétersbourg, 1873) ; « Un peuple retrouvé par la grammaire. Notions élémentaires de linguistique » (Paris, 1879) ; « Essai sur le patois normand de la Hague » (Paris, 1886) ; « Les aspects des verbes russes et les temps des verbes français » (Saint-Pétersbourg, 1890) ; « La Presqu’île de la Manche et l’Archipel anglo-normand. Essai sur le patois de ce pays. Supplément à l’Essai sur le patois normand de La Hague » (Paris, 1891) ; « Les aspects et les temps : La conjugaison russe et la conjugaison du français et des autres langues romanes comparées » (Saint-Pétersbourg, 1893).
D’autres ouvrages de J. Fleury consacrés à l’histoire de la littérature sont aussi dignes d’intérêt : « Vie de Bernardin de Saint-Pierre » (Paris, 1844), « Rabelais et son oeuvre » (Paris, 1876-1877, en 2 volumes), « Marivaux et le marivaudage » (Paris, 1881).
La monographie de J. Fleury « Krylov et ses fables » (Paris, 1869) est une des premières études dans le domaine des relations littéraires russes et françaises.
Fleury était aussi un journaliste fécond qui publiait ses articles sur des sujets russes dans des revues françaises (« Figaro », « Revue Internationale », « Bibliothèque universelle »). Depuis 1873 il était chargé de chroniques littéraire, théatrale et artistique au « Journal de Saint-Pétersbourg » qui paraissait en français, en faisant connaître aux lecteurs du Journal les nouveautés de la littérature française, les nouvelles mises en scène du Théâtre français de Saint-Pétersbourg et les nouvelles expositions d’art de la capitale russe.
Les ouvrages de J. Fleury portant sur la géographie, l’histoire et le folklore de la Normandie sont liés à ses racines normandes : « Cherbourg et ses environs. Nouveau guide du voyageur à Cherbourg » (Cherbourg, [1839-1841], en collaboration avec H. Valley) ; « Eléments de cosmographie : Géographie » (Paris, 1877, en collaboration avec M. Pape-Carpantier) ; « Littérature orale de la Basse-Normandie » (Paris, 1883).
Le thème normand est aussi présent dans les poèmes de Fleury qui sont en quelque sorte le journal poétique de la vie, des sentiments et des pensées de ce noble idéaliste : « Mes délassements. Poésies » (Saint-Pétersbourg, 1887) ; « Les Savoisiens dans la littérature française » (Annecy, 1888) ; « La jeunesse de J.-F. Millet. Poésies diverses » (Cherbourg, 1890).
Avec Charles de Saint-Julien (1802-1869), dont les activités pédagogiques et littéraires méritent une étude à part, Jean Fleury est une des figures les plus marquantes parmi les Français qui ont enseigné la langue et la littérature françaises à l’Université de Saint-Pétersbourg.

Olga Danilova, Candidat ès sciences historiques a souligné le parcours de Jules Legras (1866–1939), voyageur infatigable, slavisant et professeur, officier de l’armée russe.

Le parcours de Jules Legras (1866–1939) est extraordinaire. Germaniste enseignant à l’université de Bordeaux en 1894 puis à Dijon en 1897, il consacra l’essentiel de son enseignement à la littérature de l’Empire des tsars et à la promotion de sa langue, il se passionna pour la langue russe et pour tout ce qui concerne ce pays, jusqu’à en devenir un spécialiste. A Bordeaux (1894), puis à Dijon (1897) il consacra l’essentiel de son enseignement à la littérature de l’Empire des tsars et à la promotion de sa langue.
Le monde russe était une véritable passion chez ce voyageur infatigable. Pendant ces premiers voyages (1892-1894), il se rencontra avec Tchekhov et Tolstoï. Le récit « Au pays russe » (1895) dans lequel il décrit ces rencontres a fait rêver le futur slaviste Pierre Pascal. Envoyé en mission en Sibérie (1896-1898) pour y étudier l’état de l’instruction publique, il rapporta un récit bien documenté et très vivant « En Sibérie », consacré à son ami H.Korolenko (1899). Pendant longtemps c’est d’après l’ouvrage de Legras que les Français se firent une idée de la Sibérie.
C’est un des premiers slavistes XIXe s., connu en France comme traducteur de Pouchkine, de Tolstoy, de Petr Yakoubovitch, etc., comme l’auteur d’une thèse sur Heinrich Heine et Nikolaï Karamzine, comme un spécialiste de la Sibérie et enfin comme professeur de russe qui a développé des études russes dans le milieu universitaire. Mais les savants russes savent très peu sur ce passionné de la Russie.
L’activité de Legras en Russie au début du XXe s. mérite aussi beaucoup d’attention. En 1914, malgré son âge (50 ans), il s’engage dans l’armée, fait partie de la mission militaire française sur le front russe où il organise des bureaux de renseignements de divisions, puis, après 1917, en Sibérie avec le général M.Janin. Après son troisième long voyage en Russie, Legras a publié des mémoires qui abondent en caractéristiques psychologiques : « Mémoires de Russie » (1921) et « L’Ame russe » (1934). Il y formule une théorie de l’âme slave. En même temps depuis la Guerre de 1914 il travaille, aux côtés de son ami L.Eisenmann, au rapprochement franco-tchécoslovaque, notamment à la direction de la revue « Le Monde slave ».

Petr Zaborov, Docteur ès lettres, directeur de recherches à l’Institut de littérature russe (Maison Pouchkine) de l’Académie des Sciences de Russie, département des relations littéraires internationales (en 1992–1995 professeur invité à l’Université Paul Valéry de Montpellier), a publié plusieurs articles sur les contacts franco-russes aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles.

La revue étrangère (1832-1863) et les relations culturelles franco-russes

En janvier 1832 commença à paraître à Saint-Pétersbourg une nouvelle revue française « Revue étrangère de la littérature des sciences et des arts » avec un sous-titre : « Choix d’articles extraits des meilleurs ouvrages et recueils périodiques publiés en Europe ». A l’origine du projet se trouvait Ferdinand Bellizard, ex-collaborateur du libraire pétersbourgeois Saint-Florent et son successeur, qui eut bientôt comme associé S. Dufour. Leur revue parut pendant trente-deux ans, à raison de deux, puis de trois livraisons par mois, de 50 à 80 pages, qui étaient réunies ensuite en tomes volumineux, ce qui faisait quatre tomes par an, auxquels s’ajouta par la suite un « Bulletin mensuel des sciences, de l’industrie et des beaux arts ». Bellizard et Dufour puisaient leur matériau dans des livres et des périodiques étrangers, surtout français, ce travail se faisait à Paris, dans leur bureau du 1 bis, rue de Verneuil. On peut supposer que cette tâche occupait plusieurs personnes, mais c’est surtout Dufour qui dirigeait ces travaux ; il était chargé en outre de la recherche de textes inédits à publier dans la revue. Tout fonctionna ainsi sans changement jusqu’à 1854, date à laquelle Bellizard prit la direction du « Journal de Saint-Pétersbourg », ce qui laissa Dufour seul à la tête de la « Revue étrangère ». La « Revue étrangère » traitait de tout, et cela déterminait totalement sa structure : chaque numéro célébrait les succès de la science et de la technique, publiait de la prose et des vers, donnait des biographies de personnages historiques ou de contemporains éminents, des récits de voyages dans divers pays et divers continents. Le théâtre, la musique, les arts plastiques étaient l’objet d’une attention particulière, les livres nouvellement parus donnaient lieu à des recensions, et on suivait attentivement les évolutions de la mode. Chaque tome avait dix à douze sections dont le nombre variait en fonction des sujets abordés (« Sciences », « Histoire », « Voyages », « Biographie », « Littérature et nouvelles », « Poésie », « Beaux-arts », « Variétés », « Chronique », « Bibliographie » et « Modes »). La composition de ces sections révèle non seulement le sens commercial des éditeurs, mais aussi leur goût littéraire : en témoigne la présence de quantité d’écrivains de premier ordre ce qui n’excluait pas, bien sûr, la littérature de bas étage. En dépit de la réussite commerciale de la « Revue étrangère », après 1854 son étoile commença à pâlir peu à peu. Fin 1863, avec le tome 128, la revue cessa d’exister, et peu de temps après on annonça assez sèchement la disparition de Bellizard. Quoi qu’il en soit, on peut constater que la « Revue étrangère » contribua largement à une meilleure connaissance par le public russe cultivé de la vie culturelle et de la science françaises, et au-delà, au rapprochement entre les deux pays.

Nicole Cherpitel, Sociologue de formation, descendante directe d’Henri Brocard, entrepreneur français à Moscou au XIX° siècle, elle a eu accès à des sources primaires : témoignage oral et documents familiaux. De là est né son intérêt pour une approche scientifique du récit familial par la recherche historique.

Madame Nicole Cherpitel a fait une remarquable intervention sur le destin de Henri Brocard, entrepreneur français à Moscou, parfumeur et collectionneur.

Cette histoire de famille est celle d’Henri Brocard. Mon arrière grand-mère m’a souvent parlé d’une de ses filles. La présente communication s’appuie sur ce témoignage oral, les archives familiales et les recherches aux archives de Moscou. Arrivé à Moscou en 1861, à 22 ans, il y fonde deux ans plus tard et dirige pendant quarante ans une entreprise de fabrication de savons, puis de parfums. En étroite collaboration avec sa femme, il applique une stratégie commerciale qui démocratise les produits d’hygiène et de parfumerie en Russie. Un parcours de vie qui s’inscrit dans une histoire plus vaste, celle du développement du capitalisme. Mais Henri Brocard est davantage qu’un industriel. Amateur d’art et mécène, sa collection de tableaux et objets rassemblée pendant trente ans, est plus éclectique que scientifique. A partir de 1890, il l’ouvre régulièrement au public dans les Galeries Commerciales du Goum.
A sa mort, le 16 décembre 1900, trois de ses enfants dont mon arrière grand-mère continuent son œuvre jusqu’à ce que la Révolution de 1917 ne vienne bouleverser le destin familial.

Margarita Khartanovitch, Kunstkamera, Saint-Pétersbourg a mis en relief le rôle de savants français au service de l’Académie des sciences de Russie dans la première moitié du XIXe siècle.

La première moitié du XIXe siècle est une étape importante pour l’Académie des sciences de Russie qui se voit dotée de nouveaux statuts. L’Académie est devenue un intermédiaire par excellence entre les savants russes et ceux de plusieurs pays d’Europe, d’Amérique et d’Asie. Les relations entre les assemblées savantes de différents pays ne suivaient pas la même logique. Dans cette communication, nous nous limiterons à présenter les relations scientifiques de l’Académie impériale des sciences avec les scientifiques français. Nombre d’entre eux sont passés au service de la Russie et ont fait l’essentiel de leurs découvertes en Russie. Leurs domaines d’activités sont fort diverses : physique, génie civil et militaire, études orientales, etc. Parmi ceux qui ont travaillé en Russie et qui y ont publié nombre de leurs travaux, on mentionnera les ingénieurs Raucourt et Bazaine et les linguistes orientalistes Charmoy, Brosset et Demange. Certains projets de coopération entre les scientifiques russes et français ont été discutés dans la première moitié du XIXe siècle, mais n’ont pas vraiment abouti.

Sophie Hasquenoph, Agrégée d’Histoire (1988) et Docteur ès Lettres à Paris I Sorbonne, Maître de Conférences en histoire moderne à l’Université de Lille 3 (depuis 1996), mais aussi élue locale (Maire adjointe et Correspondant local du Ministère de la Défense). Elle est spécialiste de l’histoire religieuse.

Sophie Hasquenoph a présenté des écoles de la paroisse française de Moscou (fin XIXe-1917). Des établissements devenus pôles de modernité et de qualité.

Au lendemain du drame de 1812, la colonie française de Moscou se renouvelle considérablement au profit d’hommes d’affaires qui participent activement à la modernisation de la Russie. Plus que jamais, à partir de la seconde moitié du 19e siècle, se fait sentir le besoin de créer des écoles françaises, dignes de ce nom et bien différentes des écoles de charité existantes, sous le contrôle de quelques dames patronnesses. C’est ainsi que l’école de garçons et l’école de filles se transforment progressivement, avec l’arrivée à Moscou en 1872 des premières religieuses missionnaires de Saint-Joseph de Chambéry. Bientôt, des enseignants de qualité vont faire de ces écoles, des institutions réputées et de haut niveau, fréquentées de plus en plus par de jeunes étrangers. Nous le montrerons, grâce notamment à l’exploitation inédite des archives de la paroisse Saint-Louis-des-Français, ainsi que celles des religieuses de Chambéry. En effet, à travers ces écoles, c’est bien une image de la modernité française en Russie et de l’ouverture sur la culture russe qui apparaît, à l’heure du rapprochement diplomatique entre nos deux pays.

Véra Milchina est directrice d’études à l’Institut des Hautes Etudes en Sciences Humaines (IVGI) de l’Université Russe d’Etat en sciences humaines à Moscou. Elle travaille dans deux domaines : la traduction littéraire (notamment celle des auteurs français de la première moitié du XIXe siècle) et la recherche sur l’histoire littéraire et les relations culturelles franco-russes de la première moitié du XIXe siècle. Sont parues en russe dans sa traduction et avec ses commentaires les œuvres de François-René de Chateaubriand, d’Honoré de Balzac, de Germaine de Staël, de Charles Nodier, d’Astolphe de Custine, du prince Piotr Kozlovski, de George Sand, de Benjamin Constant, de Delphine de Girardin. Ses articles sont réunis dans le recueil intitulé : La Russie et la France : diplomates, hommes de lettres, espions, Pétersbourg, 2004 (rééd. 2006).

Son intervention : Gustave-Auguste Marin d’Arbel, précepteur du prince Gagarine et théoricien de l’éducation nationale en Russie

Gustave-Auguste Marin d’Arbel (5 février 1802—14 semptembre 1878) fut précepteur dans la maison du prince Serge Gagarine où son élève fut le futur jésuite Ivan Gagarine. Venu en Russie de Paris pour la première fois le 8 mai 1824, parti en 1836, revenu à Moscou en 1840 pour en repartir en 1841, Marin d’Arbel, auteur de notices adressées à l’Empereur Nicolas, dont l’une porte sur les méthodes de guérir le choléra et une autre sur l’éducation publique en Russie, fut une personne bien-pensante, mais recevait de France des correspondances qui parurent suspectes à la haute police russe, d’où la surveillance constante du personnage et la présence dans les fonds de la Troisième Section (GARF) des dossiers le concernant. Dans mon intervention je projette de parler d’abord des deux lettres (d’un intérêt majeur) qui causèrent la surveillance de Marin d’Arbel par la police secrète, et ensuite de faire connaître sa conception de l’éducation publique en Russie.

Des liens historiques et étroits se sont développés entre la Russie et la France aux XVIIIe et XIXe siècles, quand la France est devenue la force politique et culturelle prédominante de l’Europe, et le français a acquis le statut de langue internationale. Des milliers de Français sont entrés au service de la Russie. Bon nombre d’entre eux se sont dévoués à leur nouvelle patrie. Certains, comme Hetzel et Charles de Saint-Julien ont mis leurs plumes au service de la Russie en contribuant à la création d’une image positive de ce pays.
Irina Dmytrychyn, INALCO, Paris, a raconté les aventures extraordinaires d’un éditeur français en Russie : Marko Vovtchok et la maison d’édition Hetzel.

La presse française et les journalistes français en Russie : Charles de Saint-Julien, journaliste français en Russie par Natalia Speranskaya, Éditions Novoïé izdatelstvo, Moscou.

Les échanges nombreux entre les intervenants et les participants ont également porté sur les perspectives ouvertes dans le domaine universitaire franco-russe.

Fondation Singer-Polignac, 43 avenue Georges Mandel
75116 Paris





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