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L’homme inutile à la Colline : Bernard Sobel présente l’écrivain russe Iouri Olecha

A partir du 9 septembre 2011 jusqu’au 8 octobre 2011

« Pourquoi parles-tu de la dernière révolution ?
Il n’y a pas de dernière révolution, le nombre des révolutions est infini. La dernière, c’est pour les enfants : l’infini les effraie et il faut qu’ils dorment tranquilles la nuit. »
(Eugène Zamiatine, Nous autres )

Après « Le Mendiant ou la Mort de Zand », Bernard Sobel poursuit sa visite du répertoire de l’écrivain Russe aujourd’hui oublié, Iouri Olecha (1899-1960). Né avec le 20e siècle, Olechine a connu la NEP puis Staline. Ayant le sentiment de se situer entre deux générations, il met en scène leur combat à travers la figure des deux frères de « L’homme inutile ou la conspiration des sentiments » (1928). Sobel habille de sobriété et d’humour cette peinture sobre de l’homme nouveau prêt à sacrifier la génération passée et tout sentiment pour augmenter la productivité collective.

Dans cette farce burlesque et fantastique de 1928, Abel et Caïn s’affrontent au pays des soviets : Andreï Babitchev, l’homme nouveau, inventeur de la cantine universelle et libérateur des ménagères soviétiques, s’oppose à son frère Ivan, chantre de l’individualisme et chef d’un complot pour une ultime manifestation des anciennes passions : une conspiration des sentiments contre l’avènement de l’homme-masse, contre le triomphe de l’utile et du rationnel. Entre les frères ennemis, Kavalerov, “l’homme inutile” – et figure de l’auteur –, hésite entre sa volonté de croire en la perfectibilité du monde, de l’homme, et la conscience aiguë de son incapacité à faire table rase du passé, à éradiquer en lui le “vieil homme”. Après Le Mendiant ou la Mort de Zand (La Colline, 2007), Bernard Sobel revient à l’oeuvre d’Olecha pour jeter, par-delà l’effondrement du bloc communiste, un autre regard sur aujourd’hui. Le socialisme a échoué, le marché triomphe. Ironie de l’histoire, Mac Donald accomplit le rêve d’Andreï, et SFR, dont le slogan promet à ses clients des “jours absolument moi”, ceux d’Ivan...

L’ingénieux Andreï Babichev (Pascal Bongard) est un camarade reconnu et puissant. Alors qu’il met en place un grand complexe où tous pourront manger deux plats chauds avec de la viande pour 25 kopeks, et qu’en parallèle il travaille à un saucisson qui coûtera seulement 35 kopeks, il se paye le loisir d’être généreux et de recueillir chez lui un jeune homme « inutile », romantique, et qu’il a trouvé ivre dans la rue : Nicolas Kavalerov (Vincent Minne). Par ailleurs en Arnolphe moderne cet homme résolument rationalisateur et moderne fait élever sa future épouse, qui n’est autre que sa nièce (Sabrina Kouroughli), une vraie petite soviétique, sportive, et froide comme la pierre. Mais c’est sans compter la colère sans fond de son frère, Ivan Babitchev (John Arnold). Dépossédé de sa fille et très conscient de la menace que l’intérêt collectif fait peser sur la noblesse de l’intériorité, ce dernier lève une armée de manants contre Andreï Barbitchev : encore attachés à leurs vieilles passions et lésés par le nouveau système soviétique, cette conspiration des sentiments contre l’interprétation trop mesquine des lois de l’histoire se met en marche…

Mise en scène :
- Bernard Sobel
Avec :
- Amine Adjina, John Arnold, Pascal Bongard, Éric Castex, Ludmilla Dabo, Magalie Dupuis, Claude Guyonnet, Sabrina Kouroughli, Vincent Minne, Romain Pellet

La Colline
Grand Théâtre
15, rue Malte Brun
75980 Paris Cedex 20
Métro Gambetta
- du mercredi au samedi à 20h30
- le mardi à 19h30
- et le dimanche à 15h30


Ce paradoxe d’Olecha, nous le verrons à l’oeuvre dans L’Envie, et il
fut à l’oeuvre dans toute sa vie. Ce n’est pas ni simple velléitarisme,
ni encore inaptitude à la trempe de vie stalinienne qui exigeait des
hommes d’un seul tenant, comme le Makarov de L’Envie, ce n’est
même pas non plus ce goût pour le clochardisme qui mena Olecha à
une fin de vie bohème et alcoolique dont le quartier général était
le Café National à Moscou, au coin d’Okhotnyj Riad et de la rue Gorki
(le café n’existe plus mais que de fois nous avons rencontré la
grosse tête anguleuse et tourmentée d’Olecha dans les années 56-57 !)

— non, c’est avant tout un certain mal de vivre qui se manifesta
surtout en un mal d’écrire : une impatience qui ronge le présent et
qui décolore la jouissance, bref l’impuissance. [...]
[...] Le conflit entre le nouveau et l’ancien, sur quoi sont bâtis
tant de romans soviétiques, prend dans L’Envie le chemin du
souterrain. Le conflit fait rage, mais dans l’intimité de Kavalerov.
Car extérieurement, il ne bronche pas, il encaisse les railleries sans
appel de son protecteur. Le conflit est intérieur et quasi
grammatical : entre “moi” et “lui”. Lui bâfre, moi pas. Lui chante aux
waters, lui a un poste important, moi je me tais, moi j’observe. Lui
10 fait sa gymnastique quotidienne, moi je suis un freluquet, lui
s’ébroue en se lavant, moi je me fais petit comme une souris ; lui est
heureux en tout, les choses l’aiment, lui ; moi je suis malheureux et
le moindre buffet en profite pour me faire un croc-en-jambe. Bref
lui est un homme remarquable, moi un bouffon... [...]

[...] Je suis un représentant de l’intelligentsia russe. C’est la Russie
qui a créé ce néologisme. Partout ailleurs dans le monde, il y a des
médecins, des ingénieurs, des écrivains, des hommes politiques. Notre
spécialité à nous autres, c’est l’intelligentsia. Son représentant,
c’est celui qui doute, qui souffre, qui se dédouble, qui prend sur lui
la faute, qui se repend et qui sait exactement ce que signifient les
mots d’exploits, de conscience, etc. Je rêve de cesser d’appartenir
à cette confrérie. [...]


Bernard Sobel, metteur en scène

Metteur en scène, directeur de la revue Théâtre/Public, réalisateur de télévision, homme de théâtre, il crée en 2007, après l’aventure du Théâtre de Gennevilliers, sa compagnie, implantée passage Brûlon,
dans un espace de travail dédié à Giordano Bruno.
Avec son collectif de travail à Gennevilliers, il a assuré en quarante ans
la réalisation de plus de soixante-dix spectacles. Puisant dans des répertoires très divers et révélant souvent des auteurs peu connus en France, il a mis en scène aussi bien Shakespeare, Molière,
Claudel que de nombreux auteurs allemands et russes, Lessing, Kleist,
Büchner, Lenz, Grabbe, Brecht, Müller, Babel, Ostrovsky, Volokhov, mais aussi Genet, Beckett ou encore Foreman et Kane...
Dans le cadre du Théâtre musical à Avignon, il a crée des oeuvres de Kuan Han Chin (musique Betsy Jolas), Thomas Mann (musique Jean-Bernard Dartigolles), Beckett (musique Heinz Holliger, IRCAM /
Festival d’Avignon), B. Jolas (Théâtre national de Chaillot / Festival d’Avignon) et mis en scène Cherubini (Opéracomique),
Dallapiccola (Théâtre Musical de Paris), Janácek (Opéra du Rhin),
Monteverdi (Opéra de Lyon). Germaniste, il a participé à de nombreux
travaux de traduction, notamment la version française de Hitler, un film
d’Allemagne de Syberberg (scénario publié chez Laffont-Seghers). Pour la télévision française, il a réalisé un certain nombre de documentaires (sur le peintre et graveur Hogarth, sur
Machiavel, sur le Musée du Havre et La Closerie des Lilas) et plusieurs
dramatiques : Jeppe des collines de Holberg, Le Candidat de Flaubert, Marie de Babel, ainsi que Mourir pour Copernic, Un ennemi du peuple et Citizen Mann (portrait de T. Mann) sur des scénarii de
Michèle Raoul-Davis. Il a également assuré l’enregistrement télévisuel de plusieurs spectacles, dont Peer Gynt, Lucio Silla, Lulu, l’opéra d’Alban Berg (mises en scène Patrice Chéreau),
Mephisto et L’Indiade d’Ariane Mnouchkine, et Bérénice (mise en scène
Klaus Michael Grüber).
Dernièrement, il a mis en scène Le Mendiant ou la Mort de Zand d’Olecha (Théâtre national de Strasbourg/La Colline/Théâtre municipal du Mans), Sainte Jeanne des abattoirs de Brecht (MC93 Bobigny/Théâtre Dijon-Bourgogne), La Pierre de Mayenburg (Théâtre Dijon- Bourgogne/La Colline/Théâtre du Nord – Lille), Cymbeline de Shakespeare (ENSATT/MC93 Bobigny), Amphitryon de Kleist (MC93 Bobigny).

Michèle Raoul-Davis, collaboration artistique

Après des études supérieures de Lettres à la Sorbonne, elle rencontre
Bernard Sobel en 1964, participe à la création du Théâtre de Gennevilliers et collabore depuis à la réalisation de tous ses spectacles au théâtre et à l’opéra. Elle participe aussi à la conception et à la réalisation des spectacles mis en scène par Yvon Davis au Théâtre de Gennevilliers : L’Abîme d’Ostrovski (1974),
La Foi, l’Espérance et la Charité d’Horváth (1975), Tambours dans la nuit de Brecht (1978), Avant la retraite de Thomas Bernhard (1982), Don Juan et Faust de Grabbe (1983), Othon de Corneille (1985) et Aden-Arabie d’après Nizan (1986).
Elle réalise également des traductions : Le Pavillon au bord de la rivière de Kuan Han Chin (musique Betsy Jolas) ainsi que des adaptations pour le théâtre, Les Paysans de Balzac et Mario et le Magicien de Thomas Mann, et, pour la télévision, Nathan le sage de Lessing (traduction François Rey) et L’Orestie d’Eschyle (traduction Nicole Loraux et François Rey).
Elle est l’auteur pour la télévision des scénarii originaux de deux dramatiques : Le bonheur que nous proposions et
Mourir pour Copernic (série “Les chemins de la connaissance”), et du portrait de Thomas Mann, Citizen Mann (série “Un
siècle d’écrivains”). Elle est par ailleurs membre du comité
de rédaction de la revue Théâtre/Public depuis sa création en 1974.





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