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Région de Yamal : traditions et modernité, exposition de photographies de Liudmila Lipatova et Astrid Wendlandt

Du 22 au 26 novembre 2011

En collaboration avec l’administration du district autonome de Yamal, Fédération de Russie. Assis sur le plus grand gisement de gaz de la terre, menacés par les changements climatiques, les Nenets sont parmi les derniers autochtones à défendre un mode de vie ancestral au nord du cercle polaire.

Le mystère des Nenets, leurs croyances et leurs coutumes invitent à penser qu’il reste encore quelques arpents de la planète où la beauté, la magie et le sacré sont à portée de main.

Regards croisés d’une Russe et d’une Française sur le Grand Nord sibérien. Cette exposition est réalisée en collaboration avec l’administration du district autonome de Yamal, Fédération de Russie au Centre de Russie pour la science et la culture à Paris. Liudmila Lipatova et Astrid Wendlandt sont allées à plusieurs reprises à la rencontre des Nenets, derniers nomades éleveurs de rennes du Grand Nord sibérien. De leurs voyages respectifs, elles ont rapporté photographies et témoignages. En janvier 2010, les éditions Robert Laffont publient Au bord du monde, une vagabonde dans le Grand Nord sibérien, le premier livre écrit par Astrid Wendlandt dans lequel la journaliste raconte ses séjours effectués auprès des Nenets en 2005, 2006 et 2007.

Qui sont les Nenets ?

Les Nenets sont d’origine ouralo-altaïque. Leur ethnogenèse est un vaste chantier mais plusieurs scientifiques s’accordent à dire qu’ils seraient des cousins très éloignés des Inuit du Groenland, du Canada et de l’Alaska. Les Nenets auraient migré des plateaux de Saïan, de la région de l’Altaï, vers le nord-ouest en suivant le cours de migration naturel du renne ainsi que celui des rivières Ob, Ienisseï et Irtisch pendant le premier millénaire de notre ère et au début du deuxième. Aujourd’hui, les Nenets nomadisent principalement dans la région du District Autonome Yamal Nenets ainsi que dans le nord de la république de Komi, dans le District Autonome Nenets et certains jusque dans la péninsule du Taïmyr.
Selon la légende, les Nenets se seraient assimilés à des paléo-autochtones de l’Arctique, les Sikhirtya, des hommes de petite taille qui vivaient de chasse et de pêche et habitaient des maisons sous terre. Le mythe vit encore aujourd’hui, relaté dans quelques contes Nenets.
La population Nenets est estimée à plus de 43 000, dont environ plus d’un tiers vit dans la toundra. En comparaison, la population des Inuits du Canada, du Groenland et de l’Alaska est de plus de 150 000. Les Nenets sont parmi les derniers autochtones de Sibérie à avoir préservé leur langue. D’autres, comme les Oroks, les Tofalars, les Youkagirs et les Selkoupes, n’ont pas eu cette chance. Ils sont si peu nombreux que leur dialecte est en voie de disparition, absorbé par la masse russophone. La langue nenets fait partie de la branche samoyède des langues ouraliennes. Dans la toundra, les Nenets côtoient d’autres minorités telles que les Komis et les Khants, des nomades d’origine finno-ougrienne comme les Finlandais, les Hongrois et les Estoniens.

1. Les hommes et les femmes

La toundra est l’un des environnement les plus hostiles à la vie humaine. L’hiver, le mercure tombe jusqu’à moins cinquante, l’été, la toundra est gorgée d’eau et infestée de moustiques. Survivre jusqu’au soir est un exploit sans cesse renouvelé par ces princes de la toundra.

La toundra fait d’un homme un homme. Elle lui donne sa fierté, elle l’inscrit dans sa vérité. Chaque journée apporte son lot de pièges : traîneau brisé, renne perdu, morsures du blizzard.
Les hommes se relaient jour et nuit pour garder le troupeau de rennes avec la complicité de leurs chiens.
Si peu d’homme nenets songent à quitter la toundra, beaucoup de femmes, elles, y songent. Léna, cette jeune Nenets de 18 ans, portant une casquette et une chemise en jean, fait partie de celles qui souhaitent partir vivre en ville. Son ambition est de travailler comme journaliste à Salekhard, la capitale du District Autonome Yamal-Nenets. Mais elle sait que trouver sa place dans la société russe sera un aussi grand défi que prendre pour époux un homme qui ne boit pas. L’exode des jeunes femmes vers la ville – phénomène inconnu il y a 20 ans - crée un déficit de fiancées dans le Grand Nord. Les hommes peinent à se trouver une « moitié » pour fonder un foyer. Aujourd’hui, le départ de ces femmes représente une menace selon moi plus sérieuse pour la survie du peuple nenets que les ambitions du géant gazier Gazprom ou les changements climatiques.

2. La toundra

La toundra est un lieu sacré. Elle ne montre son plus beau visage qu’au marcheur déterminé. S’il croit en elle, elle viendra à lui. S’il la redoute, elle le dévorera. La toundra ne pardonne pas l’inattention. Il faut garder le cap et la quille droite sous peine de chavirer. Marcher dans la toundra, c’est apprendre une danse. Au bout de quelques kilomètres, le corps se réduit en jambes, l’esprit se vide. Le ciel est si bas qu’il enturbanne la tête. Le regard porte très loin et d’autres dimensions apparaissent...

La complainte de la toundra

Marcher dans la toundra
C’est rebondir à chaque pas,
Une danse, une folle course,
Pas de chat, pas de loup, patte d’ourse.

Dormir dans la toundra,
C’est tenter l’esprit bas,
De ton âme, il se nourrira
Si tu ne lui donnes pas de vodka.

Travailler dans la toundra,
C’est vivre à l’heure des bêtes et du vent,
Craindre le dégel autant que la tempête
Agir vite en prenant son temps.

Voler au-dessus de la toundra,
C’est entrer dans un long songe,
Lacs noirs, veines bleues, bois mort
Tout prend vie sans mensonge.

Naviguer dans la toundra,
C’est prendre la haute mer,
Perdre son cap et ses repères,
Se faire chavirer par des vagues de terre.

Croiser un étranger dans la toundra,
C’est l’inviter à boire le thé,
Passer, oublier ses étrangetés,
Lui tendre une main sûre sans chercher l’amitié.

Aimer dans la toundra,
Cela ne se dit pas,
Car le silence a ses mots doux
Que la raison de connaît pas

3. Le nomadisme

Si le nomadisme est garant de liberté, il représente aussi une course permanente derrière la pâture. Réglant leurs mouvements sur la course des astres, sur la double valse de la lune et du soleil, les Nenets accompagnent la migration des rennes, au rythme inchangé depuis des siècles. Chaque famille suit sa route de prédilection traversant toujours la même plaine aride, forçant le cours de la même rivière, triomphant des pièges du même marécage. Le soir, elle érige en quelques minutes son tchoum, tente conique couverte de peaux de renne.

Dans une sourde rumeur, des dizaines de bêtes tirent les traîneaux en bois, chargés de casseroles, d’armes, de filets de pêches et de vêtements. L’été, ils migrent vers le Nord pour protéger leurs bêtes de la chaleur et des moustiques. L’hiver, c’est au Sud, aux lisières des taïgas qu’ils trouveront des parages un peu mieux épargnés des blizzards mortifères. Le Nenets contemporain vit presque à la manière de ses ancêtres, subsistant dans une quasi-autarcie, ne descendant au village que pour se procurer outils, vivres, médicaments et autres produits nécessaires.

Le nomadisme est aussi une vision minimaliste du voyage. Il ne faut emporter avec soi que le nécessaire. Le superflu ralentit la course. Chaque année, les Nenets laissent leurs affaires d’été sur des traîneaux en pleine toundra, souvent sur des plateaux pour les repérer de loin. Ils les retrouveront au printemps. Règle de la toundra : on ne touche jamais aux affaires des autres.

4. Les enfants

Les enfants nenets sont maîtres d’un espace infini en même temps que de leur destin. Très jeunes, ils apprennent à survivre seuls et sont élevés avec peu d’autorité. Ils restent très libres par rapport aux enfants européens, dont chaque fait et geste est contrôlé. Dès l’âge de cinq ans, ils sont déjà capables de conduire un traîneau à rennes et manier le lasso pour attraper les rennes.
Mais si les interdits sont rares pour un petit Nenets, il reste les tabous et les lois sévères de la toundra. Aussi, ils participent très jeunes aux corvées. Les garçons aident leurs pères à s’occuper des rennes, les jeunes filles fabriquent des manteaux en peaux de renne avec leurs mères. Pour s’amuser, elle confectionnent des poupées avec des becs de canard pour tête et jouent à la dînette avec des capsules de bouteilles. Les garçons tirent sur des canettes avec des lance-pierres ou un arc et des flèches et testent leur force en se battant amicalement.

À la fin de l’été, de nombreuses familles nomades se séparent de leurs enfants pour les envoyer à l’internat où ils resteront jusqu’au printemps. Des hélicoptères ratissent la toundra au début du mois de septembre pour les emmener. Pour certains petits, l’expérience est un déchirement, un choc culturel, dont ils se remettent difficilement.

Mais beaucoup ne resteront que quelques années à l’internat, juste assez pour apprendre à lire et à écrire, et reviendront vivre avec leur famille dans la toundra. D’autres, selon les circonstances familiales, s’établissent dans les villages une fois leurs études terminées et tentent de s’inventer une nouvelle vie.

5. La vie spirituelle

Les Nenets cultivent une représentation verticale de l’univers. Tout ce qui est bon vient du haut, tout ce qui est mauvais vient de la terre. Dieu, appelé Noum, règne sur les sept ciels de la toundra – les sept niveaux de paradis. Il vit au-delà du soleil, de la lune et des étoiles. Personne ne peut l’atteindre, même le chaman le plus puissant.

Nga, le frère de Noum, est le dieu de la mort et des maladies. Il se nourrit de l’âme des vivants. Il règne sur les sept sous-sols de la terre, les sept niveaux de l’enfer, privés de lune et de soleil. C’est là que vivent les puissances maléfiques que les chamans cherchent à apaiser. Ainsi, les morts ne sont-ils jamais enterrés mais couchés dans des tombeaux en bois. Leur traîneau reste près d’eux pour leur voyage dans l’arrière-monde.

Une femme nenets me montre sa poupée, Myad Poukhacha. Elle veille au bien-être du foyer. Elle protège les femmes lors de l’accouchement et prend soin de l’âme du nouveau-né. Myad Poukhacha est transmise par une proche lors des noces et sera traitée comme un membre de la famille.

Le Nenets souriant malgré les moustiques s’appelle Vassili. Il est le fils d’Essako, dernier chaman de la toundra de Baïdarata, mort à l’âge de 102 ans. Essako était né paraplégique. Il a commencé son initiation chamanique à l’adolescence. À 31 ans, il pouvait marcher.
Pour Vassili, le chaman est le médecin de l’âme. Si un homme est malade, c’est qu’un esprit s’est acharné sur lui et pour l’apaiser, le sorcier doit entrer en contact avec cet esprit. Le chaman canalise les énergies invisibles des mondes parallèles. Il voyage à travers d’autres dimensions pour communiquer avec ces forces imperceptibles.

Grâce à ses esprits auxiliaires, le chaman guérit, prédit l’avenir et s’entretient avec les morts. Certains sont meilleurs que d’autres à ces tâches. Lorsqu’un homme devient chaman, il meurt et renaît. Son initiation est longue et douloureuse.
Le chaman, tadebeya en langue nenets, est celui qui sait, celui qui se souvient et celui qui saura. Gardien de la mémoire collective, il s’abreuve de la parole des anciens et transmet ses connaissances aux jeunes. Il préserve l’histoire de son peuple qui ne passera jamais de la civilisation orale à celle de l’écrit et chante des légendes au coin du feu devant des auditeurs captivés.

Le traîneau portant une boîte en bois est un traîneau sacré. Le coffret contient les idoles de la famille, ceux avec lesquels les Nenets s’entretiennent pour demander de l’aide. Ils sacrifient régulièrement un renne et performent des rituels précis pour exprimer leur dévotion.


Astrid Wendlandt est une journaliste franco-canadienne. Alors qu’elle est en Russie pour un reportage, son chemin croise durant quelques secondes le chemin d’un Nénets. Cette vision la boulerse. Alors que la culture inuit canadienne, dont les légendes ont bercés son enfance, "s’est dissoute dans le whisky, le cholesterol et la social-démocratie ", la culture Nénets s’est maintenue malgré l’effondrement du régime communiste et à la collectivisation forcée. Pourquoi n’ont-ils pas été engloutis par la modernité ? C’est ce qu’Astrid va chercher à savoir en partant vivre quelques mois auprès d’eux.

A partir de 3 voyages en Sibérie, Astrid va aller à la rencontre de ce peuple oublié. Grace à sa maitrise de la langue russe et ses activités de journaliste à Moscou, elle possède quelques contacts russes qui, espère-t’elle lui permettront d’aller au contact des nénetses. Les accueils russes sont la plupart du temps chaleureux et très instructifs sur la vie Nénets. Gràce à eux, cette dernière pourra effectuer quelques petits séjours au sein de familles nénetses dans leur tchoum (tente d’habitation).

" En 2005, Astrid Wendlandt revient à Vorkuta – pour son compte cette fois. Elle part deux semaines en vezdyekhod, un véhicule à chenillettes que les Russes utilisent pour sillonner la toundra. Elle accompagne des hommes d’affaires qui troquent des produits alimentaires contre les andouillers de renne, vendus cher en Asie pour leurs propriétés aphrodisiaques. Elle voyage aussi une semaine à pied, notamment avec Vladimir, un vétéran de l’Afghanistan devenu homme des bois. En 2006, elle revient à Vorkuta et passe du côté asiatique de l’Oural, dans la péninsule de Yamal. Accompagnée du même Vladimir, elle longe à pied, en voiture et en train le chemin de fer en construction qui reliera le supergisement de gaz de Bovonenkovo et la capitale régionale de Salekhard, la voie ferrée la plus septentrionale du monde. Sur la route, ils croisent de nombreux Nénetses mais aussi des Khantis, cousins des Huns, apparentés aux Hongrois, et des Komis, un autre peuple membre de la grande famille finno-ougrienne. En septembre 2007, Astrid Wendlandt séjournera à nouveau un mois dans la toundra pour chercher en hélicoptère les enfants des campements dispersés afin de les mener à l’école."

Les nénetses (ou nénets) sont un des plus grands peuples autonomes de Sibérie (38 000 personnes) après les Iakoutes. Ils vivent de l’élevage des rennes qui leur fournissent nourriture, vêtements et toits et leur permettent également de circuler dans la toundra où les températures peuvent atteindre - 65°... Leur territoire se situe dans la péninsule de Yamal qui contient 90% des réserves de gaz de la Russie.
A travers ses rencontres russes et nénetses, Astrid va nous faire partager le quotidien difficile de ces familles qui dépendent entièrement de leur rennes.

Peuple complètement délaissé par l’Etat russe, ils sont menacés par de nombreux facteurs.
Le climat qui change donne des hivers plus froids qui tuent les rennes et obligent les familles à partir à la ville où les hommes, inutiles, se noient dans l’alcoolisme.
Gazprom colonise la toundra avec ses pipelines au détriment de l’environnement et les "plages" sont pollués de déchets mécaniques et de métal.

Vivant le plus souvent en autarcie, les nénets sont rarement scolarisés et ignorent les enjeux économiques et politiques qui les concernent, les empechant ainsi de défendre leur culture.
Les quelques enfants scolarisés sont littéralement arrachés à leur famille à bord d’un hélicoptère épisodique qui les emmène pour de longs mois, dans des pensionnats délabrés où ils se lavent à l’eau froide et où l’enseignement est donné par un professeur peu impliqué dont on ne veut plus ailleurs.
A côté de ça, des pasteurs baptistes, financés par des églises américaines, viennent prêcher et sont souvent un des rares contacts avec l’extérieur.
Enfin, les femmes dont la vie est difficile dans cette société patriarcale où l’Amour est absent, ont tendance à partir étudier à la ville pour échapper à une vie de labeur, entrainant ainsi un déficit féminin et donc de mariage et de perpétuation des traditions.
Bref, vous l’aurez compris, il n’est pas facile d’être nénetse. Pourtant c’est un peuple fascinant qui cultive des traditions animistes et se dotent de chamans. Personnages très mystérieux et cachés par ailleurs, suite aux assassinats perpétrés autrefois par les communistes, ils restent assez mal vus.

Outre la vie des nénets, Astrid nous explique leurs relations houleuses avec les russes. Mettant en perspective les différents modes de vie et de pensée, elle sait ne pas prendre partie tout en présentant le contraste saisissant entre ces habitants d’un même pays.

Auteur : Astrid Wendlandt
Editeur : Robert Laffont
Date de parution : Février 2010
Nombre de pages : 288 pages
Prix : 20 Euros
ISBN : 9782221114360





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