PARIS - La ’compréhension mutuelle’ entre les pays de l’OTAN et la Russie s’est nettement améliorée cette semaine après la tragédie qui a frappé les Etats-Unis et il y a un sentiment clair et unanime qu’il ’faut un système de défense commun’, a déclaré mercredi à Paris M. Sergueï Kirienko, ancien Premier ministre russe.
M. Kirienko, qui venait de rencontrer le ministre français de la défense, Alain Richard, après avoir été reçu la veille par M. Lionel Jospin, Premier ministre, a ajouté que "le monde a incontestablement changé depuis la tragédie du 11 septembre qui a provoqué d’autant plus d’émotions en Russie qu’elle survenait exactement deux ans après les explosions criminelles d’immeubles à Moscou".
"On voit maintenant un membre du Conseil de sécurité de Russie et un ministre d’un pays de l’OTAN être d’accord à 90% dans leurs analyses", a dit M. Kirienko qui terminait à Paris une tournée européenne en tant qu’envoyé spécial du président russe Vladimir Poutine sur le désarmement chimique.
"Tout le monde est d’accord que dans la nouvelle guerre mondiale qui vient de commencer et qui est la 4ème si on compte la guerre froide, nous sommes tous du même coté et que la coordination entre nous ne peut se faire dans les structures actuelles de l’OTAN. C’est un grand pas et c’est
une situation nouvelle : il faut maintenant mettre au point les nouvelles structures de défense commune. Serait-ce une OTAN transformée ? doit-on ranimer l’OSCE ? La question sera difficile à résoudre mais elle est lancée", a dit M. Kirienko.
Concernant le désarmement chimique de la Russie qui était à l’origine le but de sa mission, M. Kirienko a dit que "les attentats contre les Etats-unis lui ont donné une nouvelle actualité car les terroristes essaient par tous les moyens d’accéder aux armes chimiques et biologiques".
"Or on a beau prendre toutes les précautions, il serait faux de penser qu’une sécurité à 100% soit possible tant que les stocks d’armes chimiques existent".
M. Kirienko a rappelé que la Russie avait signé en 1993 la Convention internationale l’obligeant à détruire son armement chimique avec une aide internationale. Il a indiqué que le coût total de cette opération était évalué à 3,5 mds de dollars dont près de 80% serait à la charge de la Russie. Les Etats-unis doivent participer à hauteur de 800 M USD, l’Italie de 17 M USD en contrats liés, l’Allemagne pour 35 M USD et la Grande-Bretagne pour 18 M
USD.
Cet engagement international, promis lors de la signature de la Convention par la Russie et justifié par le fait qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale" les Etats-unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont déversé des milliers de tonnes d’armes chimiques dans la mer
Baltique pour les détruire alors que l’URSS a tout consciencieusement gardé", selon M. Kirienko "retrouve une nouvelle urgence avec la guerre contre le terrorisme".
La France ne s’était pas engagée jusqu’à présent sur cette question mais le principe d’un accord et d’un engagement financier français a été décidé au cours du voyage, a dit M. Kirienko qui a souligné qu’aucune somme n’avait encore été décidée.
En revanche, des experts français doivent se rendre en Russie pour voir comment sont détruits des stocks d’armes chimiques en état de conservation critique afin d’échanger les expériences pour se débarasser des stocks d’armes chimiques de la première guerre mondiale.
Enfin, interrogé sur la dissimulation que ferait la Russie de ses armes chimiques, M. Kirienko a expliqué que les controleurs internationaux avaient à l’oeil les 24 centres de production d’armes chimiques que comptait la Russie. 17 centres doivent être détruits et sont "sous
scellés" et 7 autres reconvertis selon les possibilités, a t-il annoncé. Il a souligné que c’était plutôt l’excès de "glasnost’" (transparence) au début des années 90" qui
l’inquiétait dans le cadre de la lutte anti-teroriste car "à l’époque on trouvait dans la presse jusqu’aux adresses précises des dépôts d’armes et la composition des substances qui s’y trouvaient".
Dimitri de Kochko
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