L’exposition présente la création, à Paris, des peintres et des sculpteurs issus de l’Empire Russe, puis de l’Union Soviétique, pendant cinquante ans. La Russie d’aujourd’hui, dans le processus qu’elle a entamé de réappropriation des valeurs culturelles et artistiques, occultées pendant toute la période soviétique, voit dans cette exposition l’occasion de faire découvrir tout un pan important de son histoire.
Pour la France, cette exposition est du plus grand intérêt car elle focalise l’attention sur la place imminente occupée par les communautés artistiques de citoyenneté russe ou soviétique dans les différentes « Ecoles de Paris ».
L’exposition de la Galerie du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (seule étape française), après sa présentation à Saint-Pétersbourg et Wuppertal, donne le panorama le plus large possible des différents courants et personnalités venues de Russie et ayant travaillé à Paris avant la Première Guerre Mondiale, entre les deux guerres, et jusque dans les années 1960.
Certains artistes sont regroupés selon les caractéristiques artistiques ou les catégories auxquelles ils appartiennent (ainsi les membres du « Monde de l’Art », comme Alexandre Benois, Doboujinski, Somov, Bilibine, Soudbinine, Yacovleff,
Choukhaïeff, Soudieïkine, Bouchène... ; ou bien encore seront regroupés les artistes juifs, qui ont fait l’objet de publications à Paris entre les deux Guerres Mondiales sous cette étiquette - outre les grands noms de Chagall, Mané Katz, Soutine - on trouve Krémègne, Volovick, Michonze, Ryback ou Kikoïne).
Les artistes abstraits sont chacun représentés par 3 ou 4 œuvres : Sonia Delaunay, Kandinsky, Andreenko, Grimm, Hossiason, Mansouroff, Anna Staritsky, Ida Karskaya, Dmitrienko, etc...
D’autres artistes figurent avec un nombre plus conséquent d’œuvres : Pevsner, Charchoune, Lanskoy ou Poliakoff...
Les œuvres empruntées proviennent, en premier lieu, des Musées :
En France : Le MNAM, LE MAMVP, le FNAC, le Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.
En Allemagne : le Musée de Wuppertal
En Russie : Le Musée National Russe de Saint-Pétersbourg,
ainsi que de collections privées, souvent celles des familles des artistes en France, en Allemagne, en Suisse, en Amérique, en Russie même.
L’exposition, organisée par le Musée National Russe de Saint-Pétersbourg (Madame Pétrova, directrice adjointe et Monsieur Kiblitzky, directeur des éditions), a pour commissaire scientifique Jean-Claude Marcadé, Historien de l’art (C.N.R.S.).
La Révolution bolchevique de 1917 a obligé l’écrasante majorité des artistes russes de quitter la Russie. Parmi les protagonistes du premier quart du XXe siècle ayant
une importance universelle, seuls sont restés en URSS : Malévitch, Tatline, Filonov, Rodtchenko, Matiouchine, Yakoulov, Lissitzky. Il y eut plusieurs vagues successives
dans cette première émigration. Pour une plus grande clarté, nous simplifierons en distinguant deux moments importants : entre 1918 et 1921 (quelques membres du "Monde de l’art", Kandinsky, Chagall, Pougny, Andreenko, Pevsner, Gabo, Lanskoy...) ; la seconde vague déferla après la mort de Lénine en 1924 (Alexandre Benois, Mstislav Doboujinski, Baranov-Rossiné, Annenkov, Bouchène...).
Les artistes russes s’installèrent à Berlin, en Italie, en Amérique, mais c’est le groupe parisien qui est sans doute le plus considérable, formant une partie bien spécifique de la célèbre "Ecole de Paris". Parmi eux, il y avait des peintres déjà affirmés qui continuèrent en France l’œuvre qu’ils avaient commencée en Russie.
A un stade intermédiaire, se trouvaient des artistes qui avaient débuté avant 1917 mais qui ont donné toute la mesure de leur talent en Occident. Enfin, des artistes très jeunes au moment de la Révolution se sont fait un nom dans la capitale de la France. Ces artistes ne sont pas liés entre eux ni esthétiquement, ni idéologiquement. Chacun d’eux suivait sa route indépendamment. Certes, des essais ont été faits pour créer une "Union des artistes russes", on organisait des bals ,de même que furent organisées de loin en loin et ce, jusqu’à une époque récente, des expositions de groupe. Tout cela ne donne pas le droit de parler d’un groupe
russe uni par des idéaux communs, même si une note slave a été apportée grâce à eux à l’Ecole de Paris.
Il convient de s’arrêter un peu sur la vie de ceux qui sont venus en France ayant derrière eux un passé artistique glorieux en Russie. Il faut dire que, dans leur grande
majorité, ils n’ont jamais été véritablement appréciés en terre étrangère. Ils n’ont pas pu aller de l’avant, restèrent sur leurs positions esthétiques anciennes, répétant ce qu’ils avaient déjà trouvé, accomodant le plus souvent leur talent au goût européen des amateurs d’art qui réclamaient volontiers un style folklorique "à la russe". Il n’y avait pas de grands collectionneurs de cette peinture russe passéiste, à l’exception de deux ou trois personnes (I. Gourvitch, S. Bélitz, L. Grinberg...).
Quelques uns trouvèrent cependant un travail intéressant au théâtre et au cinéma, grâce aux Ballets Russes de Diaghilev, à la troupe d’Ida Rubinstein, à la société cinématographique "Albatros" etc.
C’est surtout par le théâtre que l’art des peintres russes se répandit sur toute l’Europe et en Amérique. Cependant, le vieil art passéiste s’acclimata mal à l’étranger. Il n’y avait pas de véritable milieu, non plus qu’un véritable marché... Arrivés à Paris, les peintres de Saint-Pétersbourg s’efforcèrent de réorganiser dans la capitale française le mouvement du "Monde de l’art". En mars 1921, le prince A.
Chervachidze, peintre de décors des Théâtres Impériaux, et G. Loukomski, architecte et auteur de travaux scientifiques et de fines aquarelles consacrés à l’architecture russe ancienne, fondèrent un groupe sous cette appellation. Une
exposition fut organisée à la Galerie La Boëtie. Y étaient représentés non seulement les anciens membres du "Monde de l’art" mais aussi les peintres de l’avant-garde comme Larionov et Natalia Gontcharova...
Sans aucun doute, les membres du "Monde de l’art" appartenaient au passé, mais, dans leur orbite, mûrissaient de nouvelle forces comme le montrèrent les expositions qui suivirent : à Bruxelles en 19284 et à Paris en 1932 à la Galerie La Renaissance, où apparurent de nouveaux noms : Soutine, Tchélichtchev, Térechkovitch, Bouchène, Krémègne, Lanskoy...
L’exposition Paris russe 1910-1960, qui se déroule à la Galerie du Musée des Beaux-Arts, évoque le renouveau apporté aux décors et aux costumes des ballets dans la première moitié du XXe siècle par les artistes russes.
Informations pratiques :
Galerie des Beaux-Arts
Place du Colonel Raynal, Bordeaux
Tous les jours de 11 à 18 heures, sauf le mardi et les jours fériés.
Visites commentées le mercredi à 16 heures et le jeudi à 18 heures.
Parc autos Mériadeck, Saint Christoly.
Bus ligne 7/8
Tarifs :
Entrée des expositions temporaires : 5,50 ¤ (36,08 F)
Tarif réduit : 3 ¤ (19,68 F)
Le tarif réduit s’applique aux titulaires de cartes Pass-Musées, cartes Vermeil et de Cartes jeunes, aux militaires, aux handicapés et aux groupes à partir de 10 personnes.
L’entrée du Musée est gratuite pour les scolaires, étudiants et demandeurs d’emploi, et le premier dimanche du mois.
Le billet d’entrée à la Galerie donne accès également au Musée des Beaux-Arts.
Musée des Beaux-Arts de Bordeaux
Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux est situé dans les jardins de l’hôtel de Ville, 20, cours d’Albret.
Collections permanentes, visites le mercredi à 12 h 30.
Entrée des expositions permanentes 4 ¤ (26,24 F)
Tarif réduit : 2,50 ¤ (16,40 F)