Dans le cortège parti de la place Pouchkine pour rejoindre l’avenue Sakharov trois kilomètres plus loin, Sergueï Kessler, au chômage, dénonce la loi qui renforce considérablement les amendes à l’encontre des manifestants en cas de troubles, signée vendredi par le président Vladimir Poutine, ainsi que les perquisitions lundi contre des leaders de l’opposition.
"Tout cela montre bien le système de verticale du pouvoir mis en place par Poutine, mais le résultat, c’est que les gens sont encore plus nombreux à venir manifester", estime cet homme de 58 ans, alors que les organisateurs annoncent plus de 100.000 participants, 18.000 selon la police.
"Ces mesures ne vont aboutir qu’à une radicalisation de l’opposition", dit-il au milieu de la foule exhibant des banderoles aux slogans les plus divers, "la Russie sans Poutine" et "Poutine voleur" étant les plus répandus à cette "marche des millions".
De nombreux sympathisants de l’opposition agitent des drapeaux orange (mouvement libéral Solidarnost), rouges (Front de gauche) blanc et vert (parti libéral Iabloko).
Dans l’avenue Sakharov où les orateurs se succèdent à la tribune, des nationalistes agitant des drapeaux jaune et noir font une entrée bruyante en tapant sur une grosse caisse et des batteries.
Pendant que Boris Nemtsov, un leader de l’opposition libérale et ancien ministre du président Boris Eltsine, s’en prend au régime de Vladimir Poutine, des étudiants dans la foule ignorent ce qui se passe à la tribune et forment un grand cercle, dénoncent le prix élevé des études et réclament une médecine gratuite.
Derrière eux, des manifestants se présentant comme des "patriotes de Russie" exhibent une banderole à la gloire du président syrien : "Assad défend son pays".
"Poutine, lui, ne défend pas son pays, mais les intérêts de l’impérialisme américain", estime Alexandre Dourniev, un "patriote" qui réclame le départ du président russe mais ne souhaite pas le voir remplacé par des membres de l’opposition libérale "comme Nemtsov qui ne pensent qu’à arriver au pouvoir pour faire la même chose", dit-il.
Une femme de la même mouvance, qui refuse de décliner son identité, s’en prend aussi au "voleur Poutine, devenu l’un des hommes les plus riches du monde", tout en fustigeant les leaders de l’opposition libérale "qui représentent les intérêts de l’Amérique".
Un peu plus loin, d’autres manifestants anti-Poutine déroulent une banderole de leur mouvement, le groupe d’initiative pour la tenue d’un référendum (IGPR). "Nous exigeons que les gens au pouvoir répondent de leurs actes", explique l’un des ses membres, Kirill Tratko.
Au milieu de l’avenue, un petit groupe de communistes et d’anarchistes eux aussi critiques à l’égard de Poutine, ignorent les discours des leaders de l’opposition et se querellent bruyamment autour de la statue d’un poète récemment déboulonnée.
Seul avec son drapeau blanc où il a écrit Facebook, un manifestant vante les mérites du réseau social : "Facebook, c’est la meilleure arme contre Poutine, c’est notre meilleure artillerie", dit Philippe Talanov, un designer de 45 ans, en référence aux révoltes populaires du Printemps arabe.

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