’Le FSB a établi que certains collaborateurs des organisations humanitaires internationales collectent des informations qui relèvent de l’espionnage et qui sont ensuite utilisées par les médias occidentaux pour faire pression ou pour discréditer les autorités de la république’...
...peut-on lire dans le rapport de la section régionale tchétchène du FSB envoyé au gouvernement de la république. Les organisations humanitaires sont également accusées dans ce même rapport d’approvisionner les groupes illégaux armés en nourriture et équipement. Le journal Kommersant a obtenu une précision auprès du responsable du FSB en Tchétchénie, Sergueï Babkine, qui affirme que cela ne concerne pas toutes les organisations humanitaires, sans pour autant préciser le nom de celles visées par le rapport. « Actuellement, nous faisons des vérifications et le destin de certaines personnes est décidé au niveau du gouvernement » affirme Sergueï Babkine. « Cela signifie que des collaborateurs de missions humanitaires en Tchétchénie pourraient se voir interdire la poursuite de leur travail sur place » constate le journal Kommersant. Une journaliste tchèque, Petra Prohachka, qui avait passé six mois en Tchétchénie en tant que collaboratrice du programme Charitas international, a déjà dû plier bagages. Elle avait participé à l’organisation d’un orphelinat à Groznyï et à un programme de distribution de vêtements et de nourriture dans la ville. « Cependant, la présence d’une journaliste étrangère là où même les journalistes russes ne peuvent accéder qu’avec une accréditation spéciale déplaisait à beaucoup de monde » souligne le quotidien. Il y a six mois, le ministère des Affaires étrangères a refusé de lui délivrer un visa. Aujourd’hui, son sort risque d’être partagé par d’autres membres de missions humanitaires.
Sergueï Babkine assure qu’il n’a rien contre la présence des organisations humanitaires en Tchétchénie. « Nous sommes cependant contre, par exemple, le travail du Comité danois aux réfugiés. Cette organisation aide des personnes qui n’en ont pas besoin et crée une ambiance malsaine dans la société. Par exemple, dernièrement, il a distribué des produits à Goudermes et la plupart de ceux qui ont reçu cette aide était des proches des combattants indépendantistes. Cela a provoqué la colère des habitants qui se sont révoltés et ont commencé à manifester. L’objectif de cette organisation n’est pas clair : aider la population ou créer la discorde là où la paix commence tout juste à s’installer » déclare Sergueï Babkine. « Notre organisation propose son aide à 310 000 personnes déplacées, victimes des événements en Tchétchénie. Tous ont reçu un soutien en accord avec les règles et les principes internationaux de l’aide humanitaire. Nous continuerons à aider les personnes invalides, les orphelins et les autres groupes fragiles de la population sans tenir compte de leurs liens de parenté et de leurs convictions politiques » déclare au journal Kommersant un représentant du Comité danois aux réfugiés.
Les représentants des organisations humanitaires craignent que ce rapport du FSB complique leur travail dans la république et ferme toute source d’informations sur la situation en Tchétchénie. Les organisations humanitaires étaient en effet les dernières à y avoir accès après que la république ait été fermée aux journalistes étrangers.
Kommersant 11-12-01