Outre ces chœurs populaires d’une puissance mystique, qui ont incité certains critiques musicaux à comparer Moussorgski à Verdi, la Khovantchina est parsemée de beautés symphoniques. Retrouvée en version essentiellement piano-chant (quelques passages sont orchestrés) après la mort du compositeur, la Khovantchina est orchestrée en 1886 par Rimski-Korsakov, puis par Stravinski et Ravel en 1913, et par Chostakovitch en 1960.
L’oeuvre
C’est le critique Stassov qui fournit à Moussorgski l’idée de La Khovantchina. En fait, après Boris Godounov, l’ouvrage devait constituer le deuxième volet d’une trilogie d’opéras historiques (le troisième n’ayant jamais vu le jour). Le sujet renvoie à une période précise de l’histoire de la Russie : celle du règne de Pierre le Grand (soit 1682 et années suivantes), au cours duquel eurent lieu de violents affrontements entre nouveaux orthodoxes et Vieux-Croyants, qui se soldèrent par la victoire des premiers (représentés par le Tsar) et par l’anéantissement de la vieille Russie attachée à ses traditions et à sa foi ancestrale.
Le mot « Khovantchina » a été prononcé par le tsar lui-même, pour désigner ces émeutes, qui étaient principalement suscitées par le prince Khovanski : le terme dérive de ce nom propre, comme en français le nom de « Chouan » a donné « chouannerie ». Contrairement à Boris Godounov, il n’y a pas ici de personnage principal, mais des éléments d’un tableau d’ensemble. De même, le peuple ne forme pas un seul bloc, mais se subdivise en plusieurs groupes (streltsy, Vieux-Croyants, foule moscovite, etc). Cependant, comme Boris, La Khovantchina met en scène un moment capital de l’histoire de la Russie, où les drames individuels sont inséparables des événements historiques.
Le spectacle de Andrei Serban, est un beau spectacle, la mise en scène intelligente et forte, la distribution solide, le chef Michail Jurowski au rendez-vous.
La mise en scène signée Serban est plutôt traditionnelle avec, par ci par là, quelques belles images typiquement russes : bulbes dorées des églises, icônes orthodoxes, drapeaux rouges flottants dans le vent...
Cette mise en scène tout à fait exceptionnelle a réuni un ténor et une soprano russes célèbres, Vladimir Galouzine et Nataliya Tymchenko dans l’interprétation de Prince Andrei Khovanski et d’Emma.
Vladimir Galouzine est né en Sibérie, en ALTAÏ (région appartenant aux mêmes chaînes montagneuse que le TIBET) et étudie le chant au Conservatoire Supérieur de Novosibirsk. Il a développé sa vision du Chant comme la discipline de développement personnel proche du Yoga, Kung-Fu, Taï-chi. Il découvre la manière naturelle, « biologique » de chanter qui donne beaucoup de liberté, forces souples et la beauté splendide à la voix et élargit incroyablement le diapason. Le public parisien a eut la possibilité d’apprécier sa voix à l’Opéra National de Paris dans OTELLO, LA DAME DE PIQUE, TURANDOT et TOSCA.
Artiste aux multiples facettes Nataliya Tymchenko, sa voix spectaculaire d’une grande ampleur, son timbre riche, son côté « glamour » et ses talents de comédienne lui permettent d’interpréter les plus grands rôles : Elisabeth de Valois (Don Carlo), Desdemona (Otello), Maddalena (Andrea Chénier), Manon (Manon Lescaut), Mimì (La bohème), Lauretta (Gianni Schicchi), Angelica (Suor Angelica) .
Elle interprète aussi des rôles russes, comme celui de Koupava dans Snegourochka, Militrisa dans Conte du Tsar Saltan et Tatiana dans Eugene Onegine.
Quant à Chakloviti de Sergey Murzaev, il montre deux aspects essentiels de l’art lyrique. En premier point, ce chanteur dispose d’une technique à couper le souffle, allant de la pleine puissance au plus infime des piani.
Les chanteurs Russes Gleb Nikolsky, Vladimir Galouzine, Vsevolod Grivnov, Sergey Murzaev chantent d’abord de la musique en accompagnant de quelques gestes pour mettre en valeur les sentiments des personnages, tandis que le célèbre basse lyrique bulgare Orlin Anastassov s’investi dans la musique pour en tirer son jeu dramatique.
Curieusement, malgré ses origines slaves (Fils de la soprano Maria Venzislavova et du baryton Anastas Anastassov, tous deux membres de la troupe du théâtre de Rousse/Bulgarie), Orlin Anastassov a finalement encore peu chanté le répertoire Russe, hors des interprétations remarquées (à Monaco notamment) dans le rôle titre de "Boris Godunov".
Qu’il s’agisse de Larissa Diadkova, cette chanteuse au timbre profond, acclimaté aux styles musicaux les plus divers, apparaît comme l’une des grandes personnalités de la scène lyrique de notre temps. La liste des triomphes de la mezzo-soprano russe est éloquente, de St-Pétersbourg au Metropolitan Opera de New York, de La Scala de Milan à Paris. Éclectisme au meilleur sens du mot, la chanteuse vivant chacun de ses emplois, de mezzo ou de soprano, avec une rare vérité expressive, un sens aigu du théâtre et une pertinence musicale sans faille.
La Marfa de Larissa Diadkova est aujourd’hui connue de toutes les grandes scènes du monde. Ce mezzo-soprano, rend particulièrement bien justice au rôle, plus lourd qu’il n’y paraît à première vue.
Mais au-délà de ces différences de style, saluons une remarquable équipe de musiciens !
Michail Jurowski joue en maître des rythmes et du tempo, distillant ci et là des silences hautement dramatiques. Il faut saluer aussi la performance des choristes qui nous ont proposé dans ce répertoire russe, une palette sonore ample et éblouissante.
DRAME MUSICAL HISTORIQUE EN CINQ ACTES (1886)
MUSIQUE DE MODESTE MOUSSORGSKI (1839-1881)
LIVRET DU COMPOSITEUR ET DE VLADIMIR STASSOV
ORCHESTRATION DE DIMITRI CHOSTAKOVITCH
Durée du spectacle : 4h avec 2 entractes
Michail Jurowski Direction musicale
Andrei Serban Mise en scène
Richard Hudson Décors et costumes
Yves Bernard Lumières
Laurence Fanon Chorégraphie
Alessandro Di Stefano Chef de choeur
Gleb Nikolsky Prince Ivan Khovanski
Vladimir Galouzine Prince Andrei Khovanski
Vsevolod Grivnov Prince Vassili Golitsine
Sergey Murzaev Chakloviti
Orlin Anastassov Dosifei
Larissa Diadkova Marfa
Marina Lapina Susanna
Vadim Zaplechnyy Le Clerc
Nataliya Tymchenko Emma
Yuri Kissin Varsonofiev
Vladimir Kapshuk Strechniev
Igor Gnidii Premier Strelets
Maxim Mikhailov Deuxième Strelets
Orchestre et choeur de l’Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Choeur d’Enfants de l’Opéra national de Paris
Le compositeur
Modeste Petrovitch Moussorgski, né le 21 mars 1839 à Karevo, mort le 28 mars 1881 à Saint-Pétersbourg.
Après une enfance passée dans la campagne russe, auprès d’une mère qui lui enseigne les premiers rudiments du piano, Moussorgski est amené par son père, à l’âge de dix ans, à Saint-Pétersbourg, où il entre au lycée et consolide son éducation musicale. La carrière militaire ayant été choisie pour lui, il entre en 1852 à l’Ecole des porte-enseigne de la garde, et, en 1856, il est nommé officier d’un régiment d’infanterie. Mais la même année, il rencontre Balakirev et décide d’abandonner la carrière militaire pour se consacrer entièrement à la musique.
Après une période fructueuse pendant laquelle Moussorgski écrit ses premières œuvres vocales, les relations entre les deux hommes se détériorent et Modeste, en proie maintenant à des crises nerveuses de plus en plus répétées, connaît sa première épreuve physique et morale.
De 1868 à 1875, toutefois, il se stabilise, réside pendant quelque temps chez Rimski-Korsakov et compose surtout avec acharnement : son grand opéra Boris Godounov est créé dans sa version définitive (c’est-à-dire avec l’acte polonais) en 1874, il achève son cycle de mélodies Les Enfantines, sa suite de pièces pour piano Les Tableaux d’une exposition et ébauche La Khovantchina.
Mais le répit n’est que de courte durée. Moussorgski recommence à errer de gîte en gîte, ses amis se détournent de ce vagabond qui divague et qui boit et il finit par mourir seul à l’hôpital militaire de Saint-Pétersbourg, laissant inachevé La Foire de Sorotchintsy, un opéra-comique d’après Gogol.
Sur le plan de la composition, La Khovantchina se ressent quelque peu de la manière intermittente avec laquelle l’œuvre fut conçue (entre 1873 et 1880). A la mort de Moussorgski, la partition chant-piano était presque achevée, à l’exception de la conclusion de l’acte II et de la scène finale de l’acte V. Mais seuls deux fragments de l’acte III étaient orchestrés et pour pouvoir faire représenter l’œuvre, il fallut donc l’aide d’autres musiciens. C’est Rimski-Korsakov qui, le premier, se chargea d’orchestrer l’œuvre, mais en coupant énormément dans la partition. En 1959, Chostakovitch conserva à peu près intacte la musique de Moussorgski. C’est cette version qui a été choisie pour cette série de représentations.
La création
La Khovantchina a été créé le 21 février 1886 par une troupe d’amateurs au Théâtre Kononov de Saint-Pétersbourg.
L’œuvre à l’Opéra National de Paris
La Khovantchina a été représenté pour la première fois au Palais Garnier le 13 avril 1923, en français, sous la direction de Serge Koussevitzky et dans une mise en scène d’Alexandre Sanine. Lors d’une reprise, l’année suivante, Fédor Chaliapine interpréta le rôle de Dosiféi. En 1970, l’œuvre fut représentée en russe, lors d’une tournée du Bolchoï, avec, entre autres, Irina Arkhipova et Elena Obraztsova (Marfa), Guergui Andriouchtenko (Andrei).
Opéra Bastille
120 Rue de Lyon 75012 Paris
Tél : 01 40 01 17 89

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