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2003    

La position de la Russie sur le conflit irakien

Russie - New-York - Paris

Interview de V.V.Poutine, Président de la Fédération de Russie, accordée aux chaînes TV américaines, Novo-Ogariovo, le 20 septembre 2003

V.V.Poutine :

- Mesdames, messieurs, bonjour. Je suis très heureux de pouvoir rencontrer les représentants des médias leaders des Etats-Unis. Et je vous suis reconnaissant pour la possibilité de pouvoir informer vos téléspectateurs et lecteurs de ce qui se passe en Russie. Je suis persuadé que cela servira d’apport positif au développement des liens interétatiques. Je suis à vous. Je pense qu’il serait correct, si nous nous concentrons sur les questions et réponses. Allez-y.

Deborah Seward (« APTN ») :

- Monsieur le Président, quels pas concrets faut-il faire pour que les troupes de la Fédération de Russie soient envoyées en Irak ? Et en quelle qualité agiraient-elles en l’occurrence ?

V.V.Poutine :

- Aujourd’hui, les forces armées russes participent, je crois, à plus de onze opérations de pacification, menées sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. Vous connaissez notre position : nous estimons que l’utilisation des forces armées peut avoir lieu dans le cadre des procédures prévues par les Statuts de l’ONU, et devra être définie par la décision appropriée du Conseil de Sécurité de cette organisation. Cela concerne pleinement le cas de l’Irak. Vous devez connaître les récentes déclarations que j’ai faites au cours de ma visite de travail en Italie. Depuis, mon opinion sur ce problème et celle des dirigeants russes n’a pas changé. A la différence de plusieurs participants de ce processus, notre approche est assez libérale. Théoriquement, nous n’excluons pas une participation plus active de la Russie au rétablissement de l’Irak, y compris la participation de nos militaires au processus de la normalisation de la situation. Peu importe pour nous, qui dirigera cette opération. Cela peuvent aussi bien être les militaires américains. Il importe seulement que cette décision soit adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU, dans le cadre duquel soit explicité le mandat de ces forces, qu’il soit clair ce qu’elles vont y faire, pour quelle durée elles y seront, si toutes les autres conditions et procédures, liées d’habitude avec la prise de ce genre de document dans le cadre du Conseil de Sécurité, y seront explicitées. Ce document devra tenir compte des intérêts de toutes les parties impliquées à ce problème, avant tout, certes, des intérêts du peuple irakien lui-même. Si cette décision est prise, si, au cours de sa discussion et de son adoption, l’opinion de la Fédération de Russie est entendue, si l’on tient compte de nos intérêts, nous allons, naturellement, appliquer le document signé par la Russie. Cependant, sur le plan pratique, la question de l’envoi des contingents militaires russes en Irak n’est actuellement pas posée ni même considérée.

Amy Kellog ("Fox") :

- Si possible, encore une question concernant l’Irak. Autant que je le vois, à présent, les positions américaine et russe sur le problème de l’Irak sont plus proches que celles des USA, de l’Allemagne et de la France sur ce même problème. Je voudrais savoir ce qu’avait fait la Russie si tant est qu’elle ait fait quelque chose, pour jeter les ponts entre le camp dirigé par les Etats-Unis pour ce problème, et l’autre camp, constitué par ces pays-là ? Et il serait encore intéressant de savoir, si actuellement, où la résolution de l’ONU est en préparation et ces positions sont mises au point, se pose la question de ce que pendant la situation qui a précédé la guerre au printemps, la Russie se prononçait contre le règlement militaire du problème irakien ? Est-ce que vous croyez toujours avoir eu raison dans votre approche ?

V.V.Poutine :

- Avant tout, concernant les différences des approches de la France, de l’Allemagne, de la Russie, des Etats-Unis. Vous savez, comment a commencé le conflit et quelle a été la position prise par les principaux pays européens - l’Allemagne, la France, quelle a été la position prise par la Chine et par la Russie. Dans ce sens, pratiquement rien n’a changé. Nous tous, je vous assure, l’Allemagne et la France, - je le sais à 100%, puisque je suis en contact permanent avec les leaders de plusieurs pays européens, y compris ceux-là, - tous nous voudrions trouver la solution de ce problème. Et la France et l’Allemagne aussi, je vous assure. Certes, il existe toujours des différences des approches de tous les pays, y compris ceux que j’ai cités. Elles se diffèrent par certaines nuances, peut-être. Mais en général, nos approches sont à peu près identiques. Je ne veux pas parler ici concrètement de la position de la France ou de l’Allemagne - les leaders de ces pays connaissent mieux leur position. Mais à vous, je peux dire qu’il existe des leaders des autres pays, assez influents, surtout dans cette région, qui m’ont personnellement dit : il n’y aura aucun règlement, tant que les Américains et les Britanniques restent sur le territoire de l’Irak. En n’importe quelle qualité. Comme vous voyez, notre position diffère foncièrement de la question ainsi posée, je dirais à l’extrême. Je veux noter que ce n’est pas la position de la France et de l’Allemagne. Je veux le souligner d’emblée. Non seulement nous admettons la possibilité du règlement en présence des militaires américains, mais, comme vous l’avez entendu, nous admettons même qu’ils puissent diriger cette opération.

Tout récemment, il y a à peine un an et demi ou deux ans, on me signalait par allusions çà et là que la Russie menait une politique rusée, visant à scinder l’Europe et les Etats-Unis. Ce sont les gens qui ne comprenaient pas la profondeur des changements qui se passent en Russie qui ont parlé ainsi. La Russie actuelle est intéressée à un monde stable, prévisible. C’est pourquoi nous prônons la cohésion de toutes les forces saines au monde, qui peuvent réellement influer sur l’évolution de la situation au monde - sur le plan de son développement positif. Maintenant, vous me demandez ce que nous avons fait pour établir un meilleur contact entre les Etats-Unis et leurs partenaires européens. Je vous assure que les Etats-Unis, tout comme la France, tout comme l’Allemagne, n’ont pas besoin d’intermédiaires pour chercher des solutions mutuellement acceptables. Y compris l’intermédiaire aussi important. Nous prenons notre partie. Elle coïncide pour beaucoup sur la problématique irakienne - sur les problèmes clé - avec celle des pays européens. Elle coïncide par certains points avec la position américaine. Notre tâche est de trouver des solutions mutuellement acceptables qui satisfassent toutes les parties du processus. Nous allons y travailler assidûment.

Maintenant, concernant la partie suivante de votre question - est-ce que mon opinion concernant la position de la Russie avant le commencement du conflit irakien avait changé. Bien sûr que non. Et la situation qui se forme aujourd’hui en Irak serait la meilleure confirmation de la justesse de la position de la Fédération de Russie. Le conflit continue. Toujours plus d’extrémistes islamiques s’infiltrent sur le territoire de l’Irak, qui, avant, n’y étaient pratiquement pas.Il existe d’autres composantes que je ne veux simplement pas citer, puisque je vais aux Etats-Unis, je rencontrerai le président, et il ne serait pas correct pour ma part de parler de ces problèmes maintenant. Nous aurons la possibilité de discuter tout en détail avec le Président Bush. Nous avons établi les rapports qui nous permettent de nous dire nos quatre vérités sans diplomatie aucune. Parfois, nous n’aimons pas ce que nous nous disons. Mais nous nous écoutons, nous nous entendons et cherchons la solution.

J’espère que nous trouverons la solution à ce problème compliqué aussi - au problème de l’Irak. En tout cas, nous croyons, que plus vite nous trouverons cette décision, mieux il vaudra. Mieux pour la stabilité dans la région du Proche-Orient, pour la stabilité mondiale en général et pour l’économie mondiale.

Jill Dorothy ("CNN") :

- Encore une question concernant l’Iran. Le Gouvernement de la Fédération de Russie déclare que toutes les transactions qui sont effectuées entre l’Iran et la Russie dans le domaine du secteur de l’énergie nucléaire, sont conformes à la législation et aux accords internationaux. Dans le même temps, nous sommes témoins des accusations de la part des USA, que, soi-disant, ont lieu des cas de l’aide cachée, effectuée par les compagnies russes dans le but de l’élaboration par l’Iran des armes nucléaires. On dit qu’à cette activité participent aussi certains savants. Je voudrais savoir s’il existe des informations des services de renseignement russes qui confirment ces accusations ? Et encore une accusation à ce propos qui est lancée, - que, soi-disant, il existe le soutien des terroristes de la part de l’Iran. Je voudrais connaître votre opinion là-dessus.

V.V.Poutine :

- A propos des informations des services de renseignement russes - la question est, certes, intéressante. (Rires dans la salle). Mais j’essaierai tout de même d’y répondre aussi en prenant des précautions. Et cette réponse sera pour vous inattendue. Mais je commencerai par le commencement. Concernant les accusations de la part de nos partenaires, y compris, et, avant tout, - de la part de nos partenaires américains, à propos de ce que la Russie, soi-disant, aide l’Iran à créer des armes nucléaires. Je n’ai tout de même pas entendu de tels griefs à notre encontre. Il s’agit de la coopération dans le domaine nucléaire, et ensuite, on enchaîne avec ce que cette coopération aide l’Iran à faire approcher la création de ses propres armes nucléaires.

Parfois, nous entendons dire que certains savants, experts russes ou même soviétique peuvent être directement impliqués à l’élaboration d’armes nucléaires. Avant tout, je veux vous annoncer la position officielle de la Russie dans le problème de la non-prolifération d’armes d’extermination massive. Nous ne sommes pas des simples signataires du Traité de la non-prolifération et ses participants. Nous sommes les partisans les plus actifs de l’application consécutive de ses accords. D’autant plus ne correspond à nos intérêts nationaux l’apparition d’une puissance nucléaire supplémentaire à notre frontière sud. Je ne parle déjà pas d’autres conséquences très graves pour la région et le monde entier, si l’Iran devient une puissance nucléaire. Nous comprenons entièrement ce danger. Et sur ce plan, sommes prêts à travailler en coopération avec tous les participants de la communication internationale qui agissent dans cette sphère, et, avant tout, avec les Etats-Unis. Les USA, je le crois, sont un de nos principaux partenaires. On peut dire, un partenaire stratégique sur les problèmes de non-prolifération.Concernant le travail dans le domaine du secteur de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, là oui, vraiment, nous avons plusieurs programmes dans ce domaine, y compris avec l’Iran, où nous édifions un bloc de la CE de la capacité de mille mégawatts.

Et, certes, nous veillons attentivement à ce que cette coopération n’influe aucunement sur la possibilité de la création par telle ou telle puissance - l’Iran ne faisant pas exception - de ses armes nucléaires. Vous savez, c’est une question très délicate. Et là, l’interaction est très utile. Il faut toujours s’entendre les uns les autres. Il faut obtenir un certain degré de confiance. Il faut, sauf votre respect, arrêter le bla-bla à ce propos et parler chiffres, faits, choses concrètes - puisque cette menace est réelle. Alors, ce travail portera des fruits réels. En politisant assidûment ce problème, nous ne ferons qu’aggraver la situation. Un exemple concret sur cette problématique. Nous avons cru corrects les arguments de nos partenaires à propos de ce que le combustible nucléaire qui sera prochainement livré en Iran, pouvait être utilisé comme base pour recevoir les matériaux militaires. Et nous sommes en train de travailler avec nos collègues iraniens pour conclure un protocole supplémentaire aux accords existants, conformément auquel tout le combustible nucléaire qui pourra prochainement être livré en Iran, une fois transformé par son utilisation aux centrales nucléaires, devra entièrement revenir en Russie. Il est très important que tous les membres de la communauté internationale, avant tout - membres de l’AIEA, fassent pression sur l’Iran pour que Téhéran signe les protocoles supplémentaires au Traité de la non-prolifération.Je pense qu’à présent, ce problème est d’une importance clé. Si l’Iran n’aspire pas réellement à la création d’armes nucléaires, il n’a aucun besoin de cacher quelque chose de l’AIEA. Et je ne vois pas de raisons de ne pas signer ces protocoles supplémentaires.

Le Président Hatami, dans un entretien téléphonique, m’a dit directement que l’Iran était prêt à signer ces documents. Vous savez que, récemment, a eu lieu la séance appropriée de l’AIEA, la position de cette organisation est énoncée. Nous espérons que ce processus sera achevé, et que l’Iran adhérera aux protocoles. Maintenant, concernant les données des services de renseignement russe. Selon elles, plusieurs compagnies ouest-européennes et américaines coopèrent avec l’Iran - directement ou à travers les organisations intermédiaires - dans le domaine atomique. Cette information est sérieuse, et nous ne croyons pas en avoir le monopole complet. Qui plus est, nous sommes prêts à coopérer avec nos partenaires et espérons que cela donnera les résultats définitifs, lèvera toutes les craintes à propos de la présence en Iran du programme nucléaire militaire. Mais en ce qui concerne la coopération dans le secteur de l’énergie atomique pacifique, l’Iran est tout de même membre du Traité de non-prolifération des armes nucléaires. Et tout ce qui se passe dans ce domaine est entièrement coordonné, correspond entièrement au droit international - de la part de la Russie. Nous n’aimerions seulement pas du tout que des soupçons infondés de la coopération de la Russie avec l’Iran, soi-disant, dans le domaine militaire, servent de prétexte à la concurrence déloyale sur le marché international en général et en Iran en particulier.

James Maceda ("NBC") :

- Selon vous, est-ce que le temps est bon pour le sommet russo-américain, d’autant plus que vous et Bush allez aux élections, et, probablement, les problèmes de la sécurité domineront à l’ordre du jour. Comment abordez-vous ces problèmes, et partagez-vous les préoccupations liées aux problèmes de sécurité ?

V.V.Poutine :

- Je voudrais tout de même préciser ce que vous entendez par les problèmes de sécurité, de quoi s’agit-il ?

James Maceda ("NBC") :

- Vous avez déjà abordé les problèmes de sécurité comme la non-prolifération, le terrorisme et autres.

V.V.Poutine :

- Bien sûr, nous aurons en décembre les élections à la Douma d’Etat, au printemps prochain, se passeront en Russie les élections présidentielles. Puis, les élections se tiendront aux Etats-Unis. Ce sont les "frais inévitables de la démocratie", les élections doivent toujours avoir lieu. Et les frais consistent en ce que, très souvent malheureusement, dans les pays démocratiques beaucoup ne sert pas les besoins de la résolution des problèmes urgents du pays, des problèmes internationaux, mais bien les problèmes tactiques liés aux élections. Comme l’a dit un homme connu, un bon politique pense aux élections, et un homme d’état pense aux générations futures. La vie ne s’arrête pas, elle va, elle est, certes, liée à toutes ces affaires préélectorales. Mais le problème de la sécurité, de la lutte contre le crime international, contre le terrorisme, le problème de non-prolifération sont tellement importants que nous n’avons aucun droit de ne pas utiliser toute possibilité pour, ne serait-ce que peu à peu, millimètre par millimètre, résoudre ces problèmes, faire rapprocher nos positions, non seulement les discuter, mais chercher leur solution. Et nous allons, certainement, le faire ensemble avec le Président des Etats-Unis. Moi, dans tous les cas, j’y suis prêt, je sais que lui aussi. C’est simplement notre obligation.

Les élections sont ce qu’elles sont, le moment est propice pour nous ou pas, nous sommes obligés de faire notre travail courant, c’est pour cela que nous sommes venus dans les bureaux où nous travaillons aujourd’hui. Nos électeurs nous ont élus pour que nous réglions les problèmes de politique intérieure, économiques, internationaux. Et puis, tout de même, nous avons établi avec le président des Etats-Unis de bonnes relations d’affaires et personnelles. C’est aussi un bon facteur pour travailler en commun.

Vous avez bien dit - ce sont les élections qui attendent et moi, et lui. Il en sera ainsi que les électeurs auront décidé : les présidents resteront les mêmes ou viendront de nouveaux présidents. Mais aujourd’hui, on a la possibilité de travailler ensemble - donc, il faut travailler, il faut chercher. Bref, j’ai du plaisir à travailler avec le Président des Etats-Unis. Nous avons des points de vue différents sur beaucoup de problèmes. Je suis persuadé, lui n’aime pas toujours ce que je dis et fais. Mais je peux vous dire pour moi, je vois aussi parfois d’un oeil critique les actions de nos partenaires américains. Mais le Président est un bon partenaire, il est un homme ouvert, honnête, c’est un plaisir de travailler avec lui.

Bas Nobel ("CBS") :

- Excusez-moi, je sais que ce n’est pas votre sujet préféré, mais je suis obligée de poser la question à propos de la Tchétchénie. Dans deux semaines, en Tchétchénie auront lieu les élections, et je voudrais vous poser deux questions concernant la Tchétchénie. Selon vous, quels changements doivent survenir en Tchétchénie, d’autant plus que beaucoup de Tchétchènes ne croient pas Kadyrov, ils estiment qu’il a aussi été trempé dans certaines actions louches. Et une seconde question. Qu’est-ce qui, selon vous, va se passer en Tchétchénie après les élections, quelle sera la "feuille de route", comment sera rétablie et édifiée la paix en Tchétchénie, et qu’est-ce qui sera fait pour éviter les attentats qui s’étaient passés presque chaque semaine ?

V.V.Poutine :

- Vous avez dit que je n’aime pas les questions sur la Tchétchénie. Vous vous trompez. La Tchétchénie fait partie de la Fédération de Russie. Comment pourrais-je ne pas aimer les questions qui concernent la Russie ? Je n’aime pas les questions provocatrices - c’est vrai. Mais cela ne concerne pas que la Tchétchénie. Au contraire, je vous suis reconnaissant pour cette question, et j’informerai avec plaisir vous et vos téléspectateurs, vos lecteurs, tous ceux que cette question intéresse. La Tchétchénie, à partir des années quatre-vingt-dix, et, peut-être, depuis la fin des années quatre-vingt, vit dans les conditions de la violence totale. Je vous assure, cela ne profite à personne. Le citoyen moyen ne comprend même souvent pas ce qui s’y passe, il est simplement berné. Les gens souffrent tout simplement sans même comprendre pourquoi. En résultat du vide du pouvoir, qui s’est formé au début des années quatre-vingt-dix, le pouvoir réel est tombé entre les mains des extrémistes qui avaient tout promis ne faisant de fait que fusiller, piller et faire la traite des blancs. Quand, en 1999, nous avons été confrontés à l’attaque de la république voisine de Daguestan, il est devenu clair que le terrorisme international, qui s’était fait repaire sur le territoire de la Tchétchénie, n’était plus satisfait d’y dévorer le peuple tchétchène, cela ne lui suffisait plus, il est allé au-delà. Vous le savez. Et qui étaient ces gens ? Qui sont ces guerriers qui avaient attaqué le Daguestan ? C’étaient justement les gens étroitement liées avec Al-Qaida, avec d’autres organisations du genre, formés dans leurs bases, armés pour leur argent. En fait, ce sont les gens qui, deux ans après, avaient frappé les villes américaines.Je ne veux pas parler ici de la réaction de la communauté internationale à ces événements. Mais je veux vous dire que déjà alors, - et plus tôt encore, surtout à partir de 1999, - le peuple tchétchène lui-même a définitivement pris conscience que ce que faisaient les gens qui s’étaient emparés du pouvoir en Tchétchénie n’avait rien à voir avec les intérêts du peuple tchétchène proprement dit. Car les simples Tchétchènes étaient contre l’attaque du Daguestan. Est-ce qu’ils voulaient la guerre avec leurs voisins ? Bien sûr que non.Oui, au tout début, on m’a dit, ainsi qu’à beaucoup de mes collègues : mieux vaut laisser tomber, ne pas y toucher, les laisser faire, vous ne serez de toute façon jamais soutenus par la population tchétchène, vous ne trouverez aucun Tchétchène qui prenne le parti des forces fédérales et du pouvoir fédéral.

Aujourd’hui, en Tchétchénie travaillent le Parquet, les avocats, le Ministère de la justice, le Gouvernement. Dans chaque région, dans chaque village sont instaurés les autorités avec, à leur tête, les habitants locaux, bien sûr. Vous savez qu’il y a quelques mois, a été tenu le référendum sur la constitution, qui stipule noir sur blanc que la Tchétchénie fait partie intégrante de la Fédération de Russie. Ce document avait été préparé en Tchétchénie. Et je dois dire que nos hommes de loi ont longtemps discuté les formules de ce document avec ses auteurs, les Tchétchènes. Certaines formules sont à la limité extrême de la Constitution russe. Cette constitution de la Tchétchénie offre de très vastes pouvoirs autonomes à la République Tchétchène. Le prochain pas que nous devons y faire - y élire le président. Et c’est vrai que bientôt, ces élections doivent avoir lieu. Monsieur Kadyrov que vous avez mentionné, pendant la soi-disant Première guerre tchétchène, avait combattu armes en main contre les forces fédérales russes pour les soi-disant "séparatistes". Et ce que nous avons consenti à le nommer chefs de la Tchétchénie, je pense, témoigne de la meilleure manière de notre désir de parler et de faire travailler à la normalisation en Tchétchénie les gens des idées tout à fait diverses.Il faut dire que nous continuons ce travail avec d’autres gens qui ont leur propre point de vue sur le développement de la République Tchétchène. Il y a un certain temps, certains députés de l’ex-parlement de la Tchétchénie se sont directement adressés à l’administration de la Tchétchénie et à nous. Nous ne reconnaissons pas la légitimité de ce parlement, mais il a fonctionné, travaillé. Ils se sont adressés à nous et ont dit qu’ils voudraient participer au processus politique qui se développe actuellement en Tchétchénie. Tout comme pour monsieur Kadyrov, non seulement nous n’avons pas eu d’objections, mais nous avons soutenu leurs états d’esprit et leurs projets. En conformité avec leurs lois et l’ancienne constitution de la Tchétchénie, - je répète, celle que la Fédération de Russie n’avait jamais reconnue de jure, - en conformité avec ce document, ils avaient collecté eux-mêmes, sur leur propre initiative, le nombre requis des signatures pour déclarer l’impeachment à Maskhadov dans le cadre de cette constitution-là. Et l’ont fait. Je veux souligner que nous allons continuer à étendre la base de la coopération politique avec tous ceux qui veulent le développement normal de la Tchétchénie, indépendamment de leurs points de vue politiques. Mais, bien sûr, nous n’allons pas traiter avec les terroristes. Au même titre que les Etats-Unis n’entendent pas traiter avec les leaders d’Al-Qaida.Mais en ce qui concerne monsieur Kadyrov - il n’a pas été que membre actif d’une formation armée illégale en son temps, mais, après l’achèvement de la guerre, après 1995, est devenu, je crois, le leader spirituel, le mufti de la Tchétchénie.Vous savez, j’ai fait sa connaissance pratiquement par hasard. J’ai invité à la rencontre au Kremlin les dirigeants des communautés musulmanes du Caucase du Nord, lui compris. Franchement, nous n’espérions même pas sa venue. Et je crois, entre autres, parce qu’alors, cela était pour lui assez dangereux. Mais il est venu. Et j’ai parlé assez longtemps avec les représentants du clergé musulman. Il a été, comme on dit en russe, "rétif", posait sans cesse des questions inattendues. Mais je dois dire que plusieurs de mes questions et mon évaluation de la situation en Tchétchénie, m’a-t-il semblé, l’ont mis lui-même en difficulté. Il ne savait, quoi répondre.Plus tard, quand on débattait la question de sa désignation possible au poste du chef de l’administration, je lui ai dit directement : nous n’aurons pas d’objections à votre participation active au travail politique, mais vous devez décider pour vous-même : c’est votre vie, votre sort, votre peuple. Vous le faut-il maintenant ? Peut-être le fera-t-on un peu plus tard ? Puisque la situation actuelle est très grave. Je ne sais si vous pourrez organiser le travail administratif, par contre, les problèmes pleuvront d’emblée. Les forces fédérales vous soupçonneront de liaisons avec les séparatistes et les terroristes, et ceux, avec qui vous avez tout récemment encore fait la guerre ensemble, vous croiront un traître.Je dois dire que sa réponse m’a réchauffé le coeur. Cet homme a dit : "Certes, je voudrais avoir une influence politique. Mais comprenez-moi, j’ai plusieurs fois regardé la mort en face, j’ai failli mourir plusieurs fois. Et je ne sais quel sera mon sort par la suite. Mais si maintenant je peux faire quelque chose pour mon peuple, je dois le faire maintenant, et ensuite - Inch’Allah". Donc, c’est son propre choix. Et tout ce dont je l’avais prévenu a lieu maintenant. Tous ces dangers, ils sont apparus. Mais il faut être objectif - il s’est avéré tout de même un dirigeant assez consécutif, bien que, certes, il manque d’expérience administrative, mais d’où pourrait-elle venir ? Je crois qu’il possède l’essentiel - il veut sincèrement normaliser la situation en Tchétchénie, il cherche sincèrement à obtenir un maximum de ce qu’on peut faire maintenant dans les conditions de la Tchétchénie pour son peuple. Et il ne se ménage pas pour le faire. Et il est un homme ouvert, honnête, probe.Beaucoup de choses ont changé dans nos rapports avec les Etats-Unis sur la piste de la lutte contre le terrorisme ces dernières années. Nos services spéciaux ont commencé à travailler plus étroitement. Leur information réciproque est très utile. Je voudrais beaucoup qu’au niveau de l’administration, au niveau des diplomates, le climat change, que le degré de la confiance augmente. Puisque c’est un élément très important de notre coopération. Les résultats réels de ce travail se répercutent sur nos citoyens. Ici, le degré de la confiance est extrêmement important. Il faut se débarrasser, au niveau des exécutants, des rudiments des vieilles idées, où tout ce qui était mal pour l’Union Soviétique était bien pour l’Amérique, et où tout ce qui était mal pour l’Amérique était bien pour l’Union Soviétique.Aujourd’hui, les Etats-Unis ont voté au Conseil de Sécurité la reconnaissance de certaines personnes comme terroristes internationaux. Le Département d’Etat a déclaré qu’il avait porté certaines gens sur les listes des terroristes internationaux. Mais nous savons que, malheureusement, au niveau exécutif, d’aucuns continuent les tentatives de contacts sous couvert de travailler avec l’opposition. Même avec les personnes portées sur les listes de l’ONU. Ces personnes viennent, se disent « combattants politiques », se font valoir par tous les moyens. Et je vous assure, je le sais pertinemment - ils sont en contact avec leurs partisans en Afghanistan, y compris avec les ressortissants du Caucase du Nord de la Russie, qui y combattent, armes en main, les militaires américains. Il faut éliminer des quiproquos sur le plan pratique, et au plus vite encore.

Question :

- Dites, s’il vous plaît, quels sont vos projets après les élections en Tchétchénie ?

V.V.Poutine :

- Le projet est simple. Nous partons du fait que les élections du Président de la Tchétchénie constituent une étape très importante, puisque apparaîtra une personnalité légitimée qui devra concentrer entre ses mains tous les leviers du pouvoir, y compris les organes de maintien de l’ordre. Le ministère de l’Intérieur de la Tchétchénie même va se consolider. Il fonctionne déjà, mais il sera encore consolidé. Et à mesure de sa consolidation, le centre fédéral et les forces fédérales participeront de moins en moins au domaine du maintien de l’ordre. Je crois que nous ne pouvons ignorer aucun cas de la violation des droits de l’homme. Mais dans les conditions des hostilités militaires, il est en général difficile d’en parler, puisque là où l’on tire et où des gens meurent - là est la violation flagrante des droits de l’homme. Nous allons poursuivre en justice les terroristes et les bandits au même titre que les collaborateurs des organismes fédéraux et les militaires, s’ils violent nos lois. Puis, le plus important sera, certes, du domaine politique. Je pense que nous allons intensifier le travail au traité qui devra délimiter les pouvoirs du centre fédéral et de la République Tchétchène, en confirmant de vastes pouvoirs autonomes de la République Tchétchène. L’étape suivante - élections au parlement. On a besoin de tout cela pour changer la vie des gens pour le mieux, rétablir le domaine social, garantir le travail aux gens.



22 septembre 2003 - Russie.net © Tous droits de reproduction et de diffusion réservés.


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