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LÉVIATHAN - un film de Andrei Zviaguintsev

Sortie en salles le 24 septembre 2014

Kolia habite une petite ville au bord de la mer de Barents, au nord de la Russie. Il tient un garage qui jouxte la maison où il vit avec sa jeune femme Lilia et son fils Roma qu’il a eu d’un précédent mariage. Vadim Cheleviat, le maire de la ville, souhaite s’approprier le terrain de Kolia, sa maison et son garage. Il a des projets. Il tente d’abord de l’acheter, mais Kolia ne peut pas supporter l’idée de perdre tout ce qu’il possède, non seulement le terrain mais aussi la beauté qui l’entoure depuis sa naissance. Alors Vadim Cheleviat devient plus agressif...

INFORMATIONS TECHNIQUES

Pays : Russie
Durée : 2h21

ÉQUIPE TECHNIQUE

Réalisation : Andreï Zviaguintsev
Scénario : Oleg Neguine et Andreï Zviaguintsev
Image : Mikhaïl Kritchman

FESTIVAL ET PRIX

Festival de Cannes 2014, Compétition officielle
Prix du scénario

ACTEURS

ALEXEÏ SEREBRIAKOV..................Kolia
ELENA LIADOVA.............................Lilia
VLADIMIR VDOVITCHENKOV........Dmitri
ROMAN MADIANOV........................Vadim Cheleviat
ANNA OUKOLOVA..........................Angela
ALEXEÏ ROZINE..............................Pacha
SERGUEÏ POKHODAEV.................Roma

Interview de Andrei Zviaguinstev

D’où vous est venue l’idée de Léviathan ?
En 2008, j’ai entendu quelqu’un raconter une histoire, qui s’était déroulée en 2004, d’un Américain nommé Marvin Heemeyer. Marvin Heemeyer, un homme simple de 52 ans, soudeur de profession, vivant seul, possédait un atelier. Juste à côté se trouvait
une usine qui avait fait faillite et un grand groupe américain avait décidé de la reprendre et d’en relancer l’activité. Pour ce faire, ils avaient racheté des terres qui jouxtaient l’atelier de Heemeyer. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, mais la lutte qu’il a engagée contre ce groupe, mais aussi contre la mairie, la police et les pouvoirs publics de l’État du Colorado, ne l’a mené à rien. Le désarroi l’a, en revanche, conduit un jour à prendre un bulldozer, à le transformer en blindé et à descendre en ville pour méthodiquement détruire plusieurs bâtiments administratifs. Cette histoire m’a profondément frappé et j’y ai vu l’image d’une incroyable rébellion. Je l’ai à mon tour racontée à Oleg Neguine, mon coscénariste habituel, alors même qu’Elena n’était pas encore tourné, en lui disant que ça ferait une idée de film formidable.

Puis il y eut une deuxième étape, qui m’a convaincu de continuer à creuser cette idée, quand j’ai lu la nouvelle « Michael Kohlhaas », de Heinrich von Kleist, qui dans sa première partie semble venir en miroir de l’histoire de Heemeyer. Tout commence par le fait que Kohlhaas, marchand de chevaux, se rend au marché pour vendre des bêtes et, en chemin, alors même qu’auparavant la voie était libre, il tombe sur une barrière de péage. Or la personne qui m’avait raconté l’histoire de Heemeyer m’avait dit qu’une palissade avait été dressée tout autour de son terrain et qu’il devait lui aussi franchir désormais une barrière pour sortir. Je me suis dit que c’était incroyablement similaire. Pour Kohlhaas, dont l’action se passe du temps de la Réforme, même Martin Luther s’en est mêlé, lui enjoignant de déposer les armes. Car il a commis des choses vraiment horribles pour faire rétablir la justice ! Il a poursuivi un noble pour que celui-ci lui rende le cheval qu’il lui avait pris en guise de péage et auquel il avait infligé les pires traitements, ne voulant en contrepartie ni argent ni un autre cheval, mais disant : « c’est celui-ci que je veux que tu me rendes, en vertu du droit que m’a accordé la nature ». Une foule immense l’a rallié et est devenue une véritable armée qui a brûlé la ville de Leipzig… Oleg et moi-même avons immédiatement décidé de transposer cette histoire en Russie.

Qui a eu l’idée d’appeler ce film Léviathan ?
Initialement, le film s’appelait Le Paternel. C’est en relisant le Livre de Job que le titre Léviathan m’est venu à l’esprit. Puis j’en ai parlé avec une amie philosophe qui m’a demandé si c’était lié à Hobbes, que je n’avais pas lu auparavant. Elle m’a raconté de quoi retournait le livre et j’ai compris que ce film ne pouvait s’appeler qu’ainsi. Je me suis plongé dans la lecture et dans l’idée maîtresse que sous-tend Hobbes : l’homme, ayant compris qu’il va être bientôt plongé dans la guerre « de tous contre tous », invente l’État pour que cette guerre n’arrive pas. L’État intervient ainsi pour lui garantir une protection sociale, pour le défendre, le protéger. C’est la création même du système des relations sociales qui peut empêcher la nature humaine de plonger les hommes dans la guerre « de tous contre tous ». En échange de ces garanties, l’homme abdique sa liberté au profit de l’État.
Au final, ce titre n’est pas juste une étiquette que j’ai collée sur le film, c’est une partie intégrante du projet dans son ensemble. Il place le film à un autre niveau, lui confère une autre dimension.

Comment avez-vous constitué votre équipe technique et artistique ?
J’ai retrouvé mon producteur Alexandre Rodnianski et mon équipe habituelle (directeur de la photo, chef-décorateur, chef-costumière, monteuse, etc.). J’ai aussi retrouvé Elena Liadova, à laquelle je souhaitais donner un rôle, ce qui ne m’était encore jamais arrivé car Oleg et moi n’écrivons pas pour un acteur : on écrit, et ensuite on cherche le meilleur acteur pour le rôle. Mais celui qu’avait interprété
Elena Liadova dans Elena m’avait frustré, car il était très court, et je voulais la retrouver. Pour ce qui est des deux rôles masculins, j’avais besoin de visages, de silhouettes, de carrures (ce qu’en russe on appelle des « typages », comme des prototypes de personnages). Pour le mari, je voulais un homme brut de décoffrage, carré, anguleux, direct. Quant à l’amant, je cherchais quelqu’un qui puisse
être son pendant, mais plus éduqué, plus « citadin ». À la différence de Liadova, on a fait faire des essais à de très nombreux acteurs jusqu’à ce qu’on s’arrête sur Alexeï Serebriakov pour le rôle du mari et Vladimir Vdovitchenkov pour celui de l’avocat.
En ce qui concerne le compositeur Philip Glass, l’histoire est assez plaisante. Pour Elena, j’avais choisi un morceau de lui que j’avais entendu par hasard et qui m’avait accompagné pendant toute la préparation. Quand on lui a demandé les droits d’utiliser
ce morceau, il nous a dit qu’il était prêt à écrire une nouvelle partition exprès pour le film, mais c’est ce morceau que je voulais pour Elena et pas un autre. En revanche, je lui ai dit que j’adorerais qu’il compose une musique pour un autre de mes films. Quand s’est posée la question de la musique pour Léviathan, Philip Glass n’attendait qu’un signe pour la composer, mais je n’étais pas sûr que ses compositions s’accordent avec ce film-ci. J’ai longtemps attendu en me disant que je ne me voyais pas lui commander une partition dont je ne me servirais peut-être pas ! Puis je me suis convaincu que sa musique correspondait une fois de plus à mon film. On lui a alors écrit… mais trop tard : devant honorer des commandes, il ne pouvait pas écrire
de partition avant six mois. J’ai donc eu recours à des compositions qu’il avait écrites auparavant et dont nous avons acquis les droits, et elles collaient parfaitement à Léviathan !

C’est la première fois qu’un film russe montre la collusion du pouvoir et de l’Église autour d’une histoire de corruption. Lorsque vous écriviez ce scénario avec Oleg Neguine, aviez-vous pleinement conscience d’écrire un brûlot qui, peut-être, allait être interdit ?
J’aimerais qu’ils essaient d’interdire ce film, juste pour voir. Pour ce qui est de l’écriture, oui, absolument. Quand on a imaginé cette fin, c’est plus qu’un frisson qui nous a parcourus, c’est comme si un éclair nous avait atteints à la colonne vertébrale, tellement nous étions sûrs de l’absolue vraisemblance, de la brûlante vérité de la situation. On s’est immédiatement représenté le plan final qui devait venir répondre au premier plan de la maison au début du film : en replaçant la caméra à l’exact endroit où elle était au début pour le plan large et en refaisant ce même plan large, avec l’église à la place de la maison, nous étions sûrs de boucler la boucle. Et on s’est dit que le spectateur serait aussi atteint que nous.
On savait tout cela en l’écrivant, bien sûr, et le doute m’a envahi, car je respecte profondément ce qu’est l’Église, mais pas celle-ci, pas celle qu’on montre, pas celle qui est faite de briques et de pierres, mais l’essence même de l’Église. Mais il est
impossible d’aborder cette essence même sans toucher à tout le reste. Pour nous, en revanche, il était capital de souligner que l’évêque ne sait pas le prix payé pour que soit construit ce pompeux édifice, « la vitrine de la ville » (on avait même cette réplique
qu’on n’a pas gardée : « La ville n’a pas de vitrine. L’église sera cette vitrine. »). D’où ce dialogue avec le maire qui s’apprête à lui raconter ses difficultés et auquel l’évêque répond qu’il ne veut rien savoir, qu’il n’est pas à confesse. C’est là qu’est son propre péché, sa faute, car il DOIT savoir ce qui se passe.

Oleg Neguine et vous avez reçu le Prix du scénario à Cannes cette année. Comment travaillez-vous ? Ensemble ou à distance ?
On a essayé d’écrire ensemble, mais ça ne fonctionne pas. Donc on s’assoit, on discute, on parle, on papote – jusqu’à ce qu’une idée surgisse. Pour Oleg, c’est ce que j’appelle « le noyau ». Il me dit à ce moment-là : « J’y vais. » Et il part écrire, puis revient un certain temps après avec un scénario prêt à tourner (c’est ainsi que ça s’est passé pour Elena et pour Léviathan). Je le lis et on commence à réfléchir aux lieux, aux acteurs… Parallèlement, on se trouve un bureau et pendant un mois, parfois deux, on « nettoie » le scénario : on ajoute, on retranche, on supprime, on invente ensemble (la fin d’Elena n’était pas dans le scénario initial, elle est apparue au moment du « nettoyage »). Pour Léviathan, outre le scénario, les décors étaient essentiels : Mikhaïl Kritchman et moi sommes partis en quête d’une ville qui nous convienne : on en a vu 70 en trois mois dans un rayon de 600 km autour de Moscou ! Mais c’est le chef-décorateur, Andreï Ponkratov, qui, sur Internet, a trouvé des photos de ce village sur la mer de Barents ; nous y sommes allés, avons décidé que c’était l’endroit idéal et tout s’est enclenché...

Propos recueillis et traduits du russe par Joël Chapron le 6 juin 2014 au 25e festival du cinéma russe de Sotchi où Andreï Zviaguintsev était président du jury.





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