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La Russie cherche des remèdes au déclin de ses villes-usines

Depuis plus de 50 ans, la poudre blanche produite dans ses gigantesques fourneaux constitue une richesse, une fierté mais aussi une malédiction pour Pikaliovo, l’une des centaines de villes-usines touchées par la crise que le gouvernement russe cherche à sauver.

Devant les vastes hangars qui abritent les tubes vrombissant de 150 mètres de long où les minéraux sont transformés à 1.200 degrés, le directeur technique l’admet : impossible de séparer les destins de cette ville du Nord-Ouest russe et de son usine d’alumine, un oxyde utilisé pour la fabrication d’aluminium.

"Tous les habitants, à un moment ou un autre, se retrouvent liés à l’usine. Nous fournissons le chauffage et l’électricité à la ville. Quand les enfants terminent leurs études, ils viennent travailler chez nous", résume Oleg Khristitch, casque vissé sur le crâne.

Avec sa statue de Lénine, son Palais de la Culture et sa rue Soviétique, Pikaliovo s’est développée à l’époque soviétique, grâce aux réserves de calcaire de son sous-sol, autour et pour son usine de ciment qui produit de l’alumine depuis 1959.

L’entreprise Basel Cement Pikaliovo emploie aujourd’hui plus de 2.100 employés. Avec les deux autres usines du complexe industriel (ciment et soude), elle absorbe la plus grande partie de la main-d’oeuvre de cette ville d’environ 20.000 habitants située à 250 kilomètres de Saint-Pétersbourg.

Pikaliovo fait partie des 319 villes-usines - "monogorod" en russe - classifiées par le gouvernement comme dépendant d’une seule activité industrielle et qui représentent au total près de 14 millions de personnes, soit 10% de la population russe.

Après avoir survécu à la chute de l’URSS, ces villes souvent isolées ont entamé un lent déclin qui rend leurs habitants particulièrement exposés à la récession frappant actuellement la Russie à cause de la chute des cours du pétrole et des sanctions occidentales décrétées sur fond de crise ukrainienne.

Lors d’une récente réunion gouvernementale consacrée au sujet, le ministre de l’Economie Alexeï Oulioukaïev a listé leurs difficultés : baisse de 20% de la population en quelques années, chômage deux fois supérieur à la moyenne fédérale, institutions sociales "abandonnées"...

- Nouvelles sources de croissance -

Les usines qui font vivre ces villes "sont souvent dépendantes des aléas de la conjoncture sur les marchés mondiaux : aluminium, pétrole, charbon", actuellement en berne, explique Ilia Krivogov, directeur du Fonds fédéral de développement des monogorod. Elles souffrent d’autant plus que "souvent, elles n’ont pas été modernisées depuis les années 1950 ou 1960 et que leur compétitivité est assez faible".

Lors de la crise mondiale de 2008-2009, Pikaliovo en a fait le constat amer. Etranglé financièrement et plombé par des désaccords entre les propriétaires de ses trois usines, le complexe industriel avait alors accumulé les arriérés de salaires et annoncé des suppressions d’emplois massives.

Après la mobilisation des ouvriers, qui avaient bloqué une autoroute, Vladimir Poutine, alors Premier ministre, était venu humilier sur place les dirigeants du complexe, dont le milliardaire Oleg Deripaska, sommé devant les caméras de signer un accord puis de rendre le stylo.

Cette affaire a contribué à convaincre les autorités de se pencher sur le sort des villes-usines, d’où la création l’an dernier du Fonds de développement des monogorod, doté d’un budget de 30 milliards de roubles (environ 400 millions d’euros) sur trois ans. Il participe au financement de projets d’investissements et organise des formations pour aider fonctionnaires et entrepreneurs locaux à imaginer et concrétiser de nouvelles idées.

"Moderniser les entreprises en place ne suffit pas, il faut trouver de nouvelles sources de croissance", souligne M. Krivogov, interrogé lors du lancement, par un cours sur la compétitivité, de l’une de ces formations dans une école de commerce de la banlieue de Moscou, la Skolkovo Moscow School of Managment.

- Réduction des coûts -

A Pikaliovo, un plan de diversification avec aide publique adopté dès 2010 a permis l’ouverture l’an dernier de serres produisant concombres, tomates et salades. En septembre, le chantier d’une nouvelle zone industrielle a été lancé.

L’usine d’alumine, de son côté, a été reprise en main par un nouveau directeur général, Maxime Volkov. Ce gestionnaire de crise a lancé une modernisation de l’entreprise. "Nous voulons augmenter la production de manière significative, diversifier la ligne de production et créer des produits à plus forte valeur ajoutée", assure M. Volkov.

Son patron se félicite que l’usine ait réduit ses coûts de production et ses pertes sans aide de l’Etat. Dans le même temps, si la peinture des hangars reste souvent écaillée et les enchevêtrements de tuyaux rouillés, d’importants travaux ont été lancés et la production se maintient malgré la crise.

Les ouvriers, dont le pouvoir d’achat est rogné par l’inflation, doivent néanmoins parfois multiplier les heures supplémentaires pour boucler leurs fins de mois, déplore la présidente du syndicat de l’usine, Svetlana Antropova. Et les avantages sociaux offerts par l’usine se sont réduits depuis l’époque soviétique, où l’entreprise prenait en charge le bien-être et les loisirs de ses employés.

"A l’époque, la gestion de l’usine visait à augmenter la production, (mais aussi) à développer les acquis sociaux, les écoles maternelles et les centres culturels, parce que tout dépendait d’elle", soupire la syndicaliste. "Mais depuis, on perd tout petit à petit."





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