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Khlebnikov Velimir

Le poète russe Velimir Khlebnikov est né le 9 novembre (28 octobre) 1885 et décédé le 28 juin 1922.

Velimir Khlebnikov s’initie à la linguistique. D’abord proche des symbolistes il fut avec Vladimir Maïakovski le fondateur du futurisme en Russie. Ses conceptions novatrices, le sdvig, déplacements, glissements à l’intérieur du matériel verbal, sa plastique du mot (la langue stellaire) et son urbanisme poétique (droit à l’habitat sans détermination spatiale pour l’humanité volante) ont fortement influencé Kasimir Malevitch dans sa théorisation du suprématisme.

En 1913, les poètes Alexeï Kroutchenykh et Velimir Khlebnikov, signent un manifeste Le mot en tant que tel, où ils posent conjointement les bases d’une nouvelle forme linguistique. S’opposant au futurisme, ils tracent une nouvelle voie à l’art.

À partir du développement du mot en tant que tel (un mot délivré de ses contraintes utilitaires), une œuvre peut désormais se composer d’un seul mot. L’œuvre d’art peut du même coup être acceptée et critiquée comme mot. Les aspects essentiels de ce « mot autodéveloppé » sont les suivants :

La formation de néologismes assortie d’une conception anti-esthétique. Il faut rendre « rugueuse » la langue. Partant de la langue pratique, les poètes voient dans les lettres de simples poteaux indicateurs pour les mots. Ils commencent ensuite à leur donner un contenu d’après leur caractéristique phonétique et graphique, puis le rôle de suffixe et de préfixe est rendu conscient par les poètes.
La pratique de la langue zaoum transmentale. Le zaoum « za- umnoiye ponimanie », désigne la sur-raison, la connaissance trans-rationnelle.
Chez Khlebnikov, la pratique transmentale révèle un sens par association des mots sur un mode subconscient, irrationnel, intuitif. Les sons isolés ont une signification sémantique. À l’opposé de la langue de la raison se trouve la langue universelle, œcuménique du zaoum.

Chez Kroutchenykh, il s’agit d’esthétisme pur, le langage détruit la réalité conventionnelle sans proposer de substitut portant une signification. Kroutchenykh ne découvre pas de sens, il libère du sens.

En 1919, dans son article Aux peintres du monde, à la suite des déchirements de la Première Guerre mondiale, Khlebnikov montre comment les langues plurielles sont devenues facteurs de haine et exhorte les peintres et les poètes à bâtir la langue de l’avenir, une langue aux frontières cosmiques.

Le peintre et le penseur sont amenés à bâtir tous deux cet édifice :

Au penseur il incombe de construire un alphabet des concepts, une structure des unités de base de la pensée à partir de laquelle s’échafaudera l’édifice des mots.
La tâche du peintre de couleurs est de donner des signes géométriques comme unités de base de la raison.

Pourquoi des unités géométriques ? Parce qu’elles sont le signe de l’unité entre les langues. Khlebnikov prend comme exemple le chinois et le japonais. Les peuples de ces pays parlent des centaines de langues différentes, mais l’écriture, signe visuel, est comprise de tous. Ce qui fait dire à Khlebnikov que la peinture a toujours parlé dans une langue accessible à tous.

Pour Roman Jakobson, l’accès à la non-objectivité (bespredmietnost) est rendu possible par la déformation sémantique et phonétique donnant lieu au néologisme poétique. Mais on ne peut pas attendre des formulations poétiques la rigueur des travaux scientifiques :

« Ainsi les théorisations des poètes révèlent souvent des inconsistances logiques, car elles représentent une transposition illégitime d’une opération poétique en science ou en philosophie : la marche logique a été remplacée par une tresse verbale. »

Le futurisme russe n’avait pas de programme et s’exprimait essentiellement par des actions spectaculaires en introduisant une étrangeté dans l’ordre commun des choses, en bousculant les conventions, mais son véritable centre était le travail sur le langage, déconstruit en un « zaoum » par Khlebnikov dont la figure émergeait loin au-dessus des protagonistes du nouvel art : « Khlebnikov était le tronc de ce siècle, nous, nous formions ses branches. » (N. Pounine).

Le nom des « aveniristes » est donné par Khlebnikov en 1910 dans une revue le Vivier aux Juges, pour ne pas utiliser le mot étranger de « futurisme ». Khlebnikov, qui penchait pour une « théorie raciale de l’art » (nom donné par Livchits), avait inventé le mot « boudietslantsvo »1.

Les « Hyléens », sont le noyau fondateur du mouvement futuriste russe. Cette association s’est constituée de manière tacite entre les frères Bourliouk et Livchits en 1911 lors de leur séjour à Tchernianka, le village natal des Bourliouk situé en Tauride, dont le nom grec ancien était « Hylée ».

Khlebnikov qui faisait l’objet d’une véritable vénération de la part de David Bourliouk qui conservait ses manuscrits à Tchernianka, fit partie d’emblée de ce groupe.

Les futuristes russes attaquaient des écrivains académiques contemporains comme Gorki avec un manifeste comme « Gifle au goût du public », en 1912, rédigé par Khlebnikov, Bourliouk, Maïakovski, Kroutchenykh2.

Le 13 octobre 1913, le mot « futuriste » apparaît pour la première fois en toutes lettres sur l’affiche de la « Soirée des créateurs de langage » à Moscou qui précise que « des discours seraient tracés par des peintres ». Malévitch fait partie des artistes chargés de tracer sur des écrans peints, des rideaux de scène, les « images-mots » chers à Khlebnikov et qui sont censés court-circuiter la raison. Le zaoum poétique de Khlebnikov, les fantaisies vestimentaires des aveniristes et l’alogisme de Malévitch cherchent à concurrencer le climat irrationnel créé par les nombreuses « réclames » qui tapissent désormais les grandes villes russes.





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