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Le pouvoir défié par la grogne sociale des routiers

C’est une grogne d’une ampleur rare en Russie : visés par une nouvelle taxe, les chauffeurs routiers multiplient barrages et opérations escargot de Sibérie au Caucase, prenant de court les autorités soucieuses d’éviter une crise sociale.

Une taxe décidée sans concertation, un contrat accordé sans appel d’offres au fils d’un oligarque, une entrée en vigueur en pleine crise économique mal préparée techniquement... les raisons de mécontentement s’accumulent concernant "Platon", système qui prélève depuis le 15 novembre des redevances kilométriques aux transporteurs routiers empruntant les routes fédérales.

Le gouvernement espère collecter plus de 500 millions d’euros l’année prochaine avec cette taxe destinée à financer l’entretien du réseau routier.

Dès début novembre, les premiers rassemblements ont eu lieu pour réclamer l’abrogation de cette mesure. Avec l’entrée en vigueur de la taxe, des actions spontanées ont réuni des centaines de camions dans une vingtaine de régions, dans l’indifférence de la télévision publique russe qui ignore en général les sujets sociaux.

"Personne ne pourra les faire changer d’avis : il faut bien vivre et nourrir les enfants, c’est cela qui les conduit à protester", explique Igor Passynkov, l’un des responsables de l’association de transporteurs routiers Dalnoboïchtchik.

Ce représentant dénonce une "loi inadaptée à la réalité" et "une gestion féodale de l’économie par le gouvernement". "Ces propriétaires de camions sont de très petits entrepreneurs et les décisions sont prises d’en haut sans rien demander à ceux qui doivent payer", regrette-il.

- Le Caucase s’agite -

Boris Titov, délégué du Kremlin pour les droits des entrepreneurs, s’est inquiété des ratés techniques en série du nouveau système dans un courrier à Vladimir Poutine. Il a mis en garde contre des ruptures d’approvisionnements de produits alimentaires, évoquant des hausses des coûts dépassant parfois 20%.

Au Daguestan, république du Caucase russe instable où le transport routier représente une part importante de l’activité économique, le mouvement mobilise plus d’un millier de routiers selon certains médias.

Selon un reportage publié dans le journal indépendant Novaïa Gazeta, les camions sont stationnés sur plusieurs dizaines de kilomètres le long de la route vers l’Azerbaïdjan. Ils menacent de prendre la direction de Moscou le 30 novembre, un appel répercuté dans d’autres régions.

"On a appelé les télévisions, elles ont refusé de venir et on nous a envoyés la police", raconte le routier Dibir, dans le journal.

Les slogans des protestataires visent surtout Arkadi Rotenberg, milliardaire et partenaire de judo du président Vladimir Poutine. Son fils Igor contrôle une partie de la société chargée de la collecte de cette taxe, un contrat particulièrement juteux.

De tels mouvements de contestation sont exceptionnels en Russie depuis les manifestations, durement réprimées, ayant accompagné le retour de Vladimir Poutine au Kremlin début 2012. Les critiques du pouvoir sont en général contenues à un cercle urbain et libéral présenté par les médias d’Etat comme antirusse.

"J’aime mon pays et je déteste l’Amérique (..) mais nous nous battons pour nos droits", s’est justifié un représentant syndical, Sergueï Volochtchouk, dans le journal RBK.

- Crise sociale ? -

Vladimir Poutine continue de bénéficier d’une cote de popularité record, malgré une baisse du pouvoir d’achat des ménages sur fond de crise due à la chute des cours du pétrole et aux sanctions liées à la crise ukrainienne.

"Le mouvement des routiers est à la fois économique et social, c’est une combinaison très dangereuse pour la stabilité politique", observe Ekaterina Schulmann, politologue à l’Académie russe de l’Economie nationale et de l’Administration publique.

"Je pense que le pouvoir fera des concessions : les risques sont trop élevés", ajoute cette experte pour qui le gouvernement a été pris de court par le mouvement.

D’abord muettes, les autorités tentent désormais de contenir la grogne. L’agence chargée du réseau routier a appelé les routiers à "ne pas céder aux provocations des lobbyistes" mais a accepté de créer un groupe de travail pour arriver à un compromis.

Le vice-Premier ministre Arkadi Dvorkovitch a annoncé une baisse des amendes appliquées aux camionneurs non équipés des appareils permettant la collecte de la taxe.

"Si la situation ne s’apaise pas, cela deviendra dangereux pour le pouvoir : la crise économique deviendra une crise sociale", prévient Konstantin Kalatchev, directeur du Groupe d’expertise politique.

"Je pense que les autorités ne permettront pas un blocage des routes vers Moscou et qu’une solution sera progressivement trouvée : le projet sera gelé, réduit, remodelé, étalé..." avance cet expert.

A Saint-Pétersbourg, où plusieurs dizaines de poids lourds ont ralenti en début de la semaine la circulation, le leader du mouvement d’automobilistes Tigre, Alexandre Rastorgouïev, rejette un simple report.

"Au Daguestan, les routiers commencent déjà à appeler à la démission de Poutine. Si le pouvoir ne réagit pas, les routiers ici le feront aussi ici", prévient-il.





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