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Cinéma russe et soviétique

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Le Cinéma russe et soviétique

Youri Norstein

LE CONTE DES CONTES. Commentaires

Proposition.

Ce doit être un film sur la mémoire.

Vous souvenez-vous comme les journées étaient longues lorsque nous étions enfants ? Chaque journée existait en elle-même, le présent se déroulait aujourd'hui même et le jour suivant s'ouvrait au bonheur du lendemain. Toutes les vérités étaient simples, tout ce qui était nouveau plongeait dans l'étonnement, l'amitié et la camaraderie prévalaient par-dessus tout.

Et puis il y a cette éternelle remise au lendemain de la vie, qui touche nombre d'entre nous avec l'âge ; on vit tant bien que mal ; l'amitié n'est pas tout à fait de l'amitié et les joies ne sont pas reconnues comme des joies - celles du soleil, de la neige, du vent, de la promenade, de l'assiette plate bien lavée, du chien, du chat. Pourvu que nous échappions à cette attente du destin !

Ce n'est pas de cela que traite le film.

Ce doit être un film où le poète joue le rôle principal. Mais le poète n'apparaît pas obligatoirement à l'écran. C'est une poésie, comme " Le conte des contes " de Nazim Hikmet, qui figure à l'écran : Nous sommes au-dessus de l'eau - le soleil, le chat, le platane, moi

Et notre destin.
L'eau est fraîche,
Le platane est haut,
Le soleil brille,
Le chat rêve,
J'écris des vers.
Grâce à Dieu, nous sommes en vie !
L'éclat de l'eau nous frappe au visage -
Au soleil, au chat, au platane, à moi
Et à notre destin.

Sur l'écran doit apparaître le chat, créature aimante et douée de mémoire, ainsi qu'un soulier - dépareillé, retrouvé par les enfants dans les décombres. Qui a bien pu le mettre là, ce soulier neuf avec sa semelle intacte ? Et cette souche de bouleau, qui, comme le dit Tvardovski, au printemps « renaît à la vie », et tous les papillons, les scarabées et les abeilles amaigries au sortir de l'hiver se retrouvent pour le festin. Vient la pluie, qui gorge la terre, remplit la chaussure, la souche, lave la chaussée pavée tandis qu'au bout de la rue point le crépuscule du soir qui s'étirera lentement...

Du linge sur le fil, un taureau avec un anneau dans les naseaux, écumant de passions terribles et funestes ; le petit vieux sur une jambe de bois, notre voisin, revenu ainsi de la guerre... Notre voisin qui ne porte qu'une chaussure...

Tout cela peut être organisé en un thème simple mais extraordinaire, un  thème-accordéon, qui se déplie, va s'élargissant et, au bout du compte, peut se traduire par cette simple expression : " nous sommes en vie ". Parce que notre enfance est arrivée avec la fin de la guerre et que nous ne devons jamais oublier que le bonheur, c'est chaque jour de paix. Chaque jour.

Youri Norstein
Ludmilla Petrouchevskaia

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