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Youri Norstein
Visite privée de l'exposition, guidée par les membres de l'association, avec les commentaires de Y. Norstein : Youri NORSTEIN et Franceska YARBOUSOVA ou la genèse d'un film. Parce que le champ de l'art s'est considérablement élargi au XXème siècle, il est juste de considérer Youri Norstein, et sa femme Franceska Yarbousova, comme deux des plus grands créateurs d'aujourd'hui. Au-delà du circuit propre au cinéma d'animation, leurs œuvres font référence à la peinture, de Fedotov à Filonov en passant par Rembrandt et Picasso, mais aussi à la littérature, par le biais de citations de Pouchkine et de scénarios signés de la grande dramaturge de la Perestroïka Ludmilla Petrouchevskaia, et enfin à la photo et à la vidéo au moyen d'incrustations de réel dans le dessin. Ces oeuvres, à la fois artisanales et extrêmement sophistiquées, renvoient à une nouvelle conception de l'œuvre d'art totale. Au moment où l'art contemporain se saisit du cinéma comme d'un véritable moyen plastique, et où le dessin animé japonais, avec des films comme "Le Tombeau des lucioles" ou "Princesse Mononoké", atteint des sommets créatifs, "Le Conte des Contes" ou "Le Manteau" apparaissent comme l'une des expériences sensitives et visuelles les plus fortes du dernier quart de siècle.
Mais c'est à partir de 1973 que, riche de son expérience, Youri Norstein décide de réaliser ses propres films avec la collaboration de sa femme, l'artiste peintre Franceska Yarbousova. Il crée alors quatre courts métrages qui seront primés dans la plupart des festivals : "Le Renard et le Lièvre" (1973), "Le Héron et la Cigogne" (1974), "Le petit Hérisson dans le brouillard" (1975), et son chef-d'œuvre, "Le Conte des Contes" (1978), élu meilleur film d'animation de tous les temps lors des Olympiades de l'animation à Los Angeles en 1984! Il acquiert ainsi une réputation internationale et devient une figure emblématique du cinéma d'animation.
On y découvre ainsi la pauvre créature innocente et offensée du Renard et le Lièvre, l'évolution de sa philosophie de vie face à sa situation impuissante et le prisme déformant de la peur. Mais aussi l'errance du petit hérisson qui s'égare dans le brouillard à la recherche de son compagnon l'ourson, et qui est en proie, par la magie de la brume, à des émerveillements et des terreurs irraisonnées alors qu'il traverse tous ces lieux qui lui sont familiers. Ou la quête du bonheur du héron et de la cigogne, deux échassiers épris l'un de l'autre qui, au fil des saisons, demandent, chacun à leur tour, à l'autre de l'épouser et refuse l'autre quand il s'offre, ne parvenant jamais à conclure une alliance. Ou encore le regard bouleversant du petit loup gris du "Conte des contes", héros d'une berceuse populaire, qui traverse tout le film où se mêlent de brèves sensations de nostalgie, de bonheur, de larmes, de vie, de mort, évoquées, comme elles pourraient l'être dans une conversation, au gré de la mémoire des souvenirs d'enfance : ce bébé qui s'endort, cette petite tille qui joue à la corde à sauter, l'étranger qui s'arrête pour parler, la guerre, les braises dans la nuit, la neige, la pluie, la brume, le train qui passe en hurlant. Et enfin le néant des journées d'un pauvre fonctionnaire Akaki Akakievitch, personnage principal du Manteau, son quotidien du berceau à la tombe, qui a tout d'une agonie, son visage expressif qui devient celui de Elephant Man, au milieu de cette alternance de tempêtes de neige et de scènes d'intérieur oppressantes. En mêlant l'univers du conte russe à celui du lumineux dessin, le plus souvent en noir et blanc, de Yarbousova, Norstein réalise une synthèse unique, à la fois éminemment russe et totalement universelle, où beauté et misère s'unissent. Nouvelles icônes d'une modernité de synthèse, imaginée à la faveur de la défunte utopie soviétique, les créations de Norstein et Yarbousova relèvent d'une esthétique de l'éblouissement où le grain du film prime sur le film lui-même, depuis le trait de crayon jusqu'à la note de piano empruntée à Bach, en passant par le son d'une goutte de pluie ou la lumière d'un feu de camp. L'exposition permet de visionner six courts métrages d'animation ainsi que de larges extraits du " Manteau ", mêlant beauté, poésie, magie et réalisme. Mais elle est aussi l'occasion de découvrir tout le travail préparatoire des deux artistes : dessins, croquis, esquisses, aquarelles, et même une " fresque " venue du Japon mettant en scène les personnages du "Manteau", sans oublier storyboards et boîtes de prise de vues accompagnant les films. Voir également :
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