Sélection Officielle Festival de Locarno 2002
PRIX DU JURY - Festival de Cognac 2003
UN NOUVEAU RUSSE
Un Film de Pavel Lounguine
d'après le roman de Youli Doubov "Bolchaya Pajka"
Adaptation et dialogues de Pavel Lounguine
Alexandre Borodianski
Youli Doubov
Durée : 2h08
Sortie : 23 avril 2003.
Synopsis
En 1988, Platon Makowski et quatre de ses amis, jeunes et brillants universitaires, abandonnent la science au profit des chemins douteux du business post-soviétique. Dans le chaos économique qui s'ensuit, Platon invente avec une facilité déconcertante mille combines financières inattendues à la lisière de la légalité qui l'aident à déjouer l'opposition constante du pouvoir.
Ses premiers pas vers le capitalisme lui permettent d'amasser rapidement une immense fortune.
Sous la forme d'un thriller, en suivant l'enquête policière qui doit débusquer l'auteur d'un attentat perpétré contre Platon, le film nous fait entrer dans l'intimité et l'itinéraire de ces personnages complexes, hors normes qui spolient l'état et le peuple de leurs biens et qui simultanément incarnent les forces vives d'un pays
paralysé par la peur des changements et l'inertie.
UN NOUVEAU RUSSE est la saga de ces quinze dernières années en Russie.
"Il était une fois la Russie", à l'époque des incroyables bouleversements que le pays rencontre.
Note d'intention
Je vois ce film comme le contrepoint de " La Noce ". J'y aborde une autre facette de l'histoire russe contemporaine sous la forme d'un thriller politique.
Après avoir traité des micro-changements de la société dans une petite ville du cour de la Russie, il est question à présent d'enregistrer les changements macro-politiques et économiques de la société russe au cours des quinze dernières années.
Nous suivons l'itinéraire de Platon Makowski qui, de jeune universitaire idéaliste est devenu l'homme le plus riche du pays, celui dont le pouvoir économique et politique est aussi important que celui du gouvernement qui le tolère et le subit et dont il devient inévitablement le rival et l'ennemi.
Cette lutte sans pitié entre un homme et un système est au coeur du sujet du film. Dans cette guerre menée par les services secrets de l'État FSB, fils spirituels de l'ancien KGB, ce jeune intellectuel et libertaire devient lui-même un monstre et pour acquérir chaque victoire, il n'hésite pas à sacrifier tantôt son idéal et tantôt ses amis les plus proches. Chaque victoire est en fait le reflet d'un échec de ses idéaux, c'est la tragédie de cet être surdoué qui incarne tout ce qu'il y a de plus créatif dans la nouvelle Russie et simultanément le pire pour ce pays qu'il privatise à son profit.
Ce film est construit en trois temporalités, l'enquête menée dans le présent, les débuts sous Gorbatchev, la richesse et le pouvoir à l'époque d'Eltsine.
Vraie saga montrant comment toute la vie d'un pays est bouleversée par des changements radicaux et incessants, comment ses habitants ont oublié la façon dont ils ont vécu et doivent en permanence s'adapter jour après jour à de nouvelles structures et de nouveaux modes de vie.
Cette histoire dépasse le cadre de la Russie, elle est celle d'un "héros" de notre époque, nouveau Faust des temps modernes.
Pavel Lounguine
Berezovski, nouveau Russe, baron du vol et patron de presse, pirate devenu paria
C'était aux temps soviétiques. Le Mur n'était pas tombé. Je revenais de l'enterrement d'un pope contestataire et, perdu dans les faubourgs de Moscou, j'avais faim. Les champs s'éloignaient derrière moi. L'horizon se barrait d'immeubles moisis
quand, soudain. Miracle? Mirage? Au détour d'un lacet, sur le bas-côté de la route, un seau de métal cabossé déborde de petites pommes, joufflues et rouges. Je pile, sentant déjà leur acidité sous ma langue, sortant déjà quelques kopecks, lançant de grands saluts embués à la vieille paysanne assise là, montagne de laines sur son petit cageot. Hélas !
Elle n'en démordait pas. Elle vendait toutes les pommes ou rien et, lorsque je lui ai proposé d'en prendre quatre pour le prix du seau, elle m'a jeté ce noir regard que les honnêtes femmes réservent aux malotrus.
Elle n'était pas marchande, commerçante, "spéculatrice". Elle était honnête, russe et paysanne. Qu'allait-elle faire du reste des pommes? Les vendre!? Comment les vendre? Parce que je me figurais sans doute qu'elle allait retourner les peser? Recalculer le prix? Revenir sur cette foutue route?
Honteux et confus, j'ai déversé dix kilos de reinettes dans mon coffre. Je n'en avais que faire. Elles y ont pourri. La vieille paysanne a raté l'occasion d'un premier bénéfice. Elle n'était pas entrepreneuse mais je lui dois un fameux cours d'économie soviétique, de cette science occulte dont Boris Berezovski, le héros de ce grand film, connaissait si bien les secrets qu'il bâtit un empire sur ses ruines.
Après quelques siècles de servage et soixante-dix ans de communisme, les Russes n'entendaient rien au marché. Certains, beaucoup, savaient ce qu'était le vol. Cela consistait à prendre sur les lieux de production du bois, des saucisses, des ampoules, du papier toilettes, une chaise, tout ce que l'on ne trouvait pas dans les magasins, et à revendre ces raretés sous le manteau.
Les directeurs avaient une grande maîtrise de cet art. Cela s'appelait "l'économie parallèle". La peine capitale en freinait les excès mais entre la masse des voleurs et les honnêtes gens, entre l'armée des petits chefs et ces bons citoyens qui ne vendaient pas un kilo de pommes pour le prix de dix et ne trichaient pas sur le poids, il n'y avait rien. Enfin, si.
Un jour vint Gorbatchev. A la différence de Mme Thatcher, il ne disait pas que le communisme " ça ne marche pas ". Il le constatait. Il le voyait tous les jours. Il a donc entrepris d'autoriser les "coopératives", petites entreprises familiales qui devaient combler les trous de l'économie officielle, stimuler les échanges et, petit à petit, changer les mentalités. La loi limitait leur croissance. L'impôt les saignait mais la fenêtre du marché était à peine entrouverte que le vent du " bizenes " s'engouffre en URSS.
Pour survivre, les coopérateurs doivent s'acheter des protections, s'associer aux directeurs des entreprises d'Etat sans lesquels ils n'auraient rien eu à vendre, s'entourer aussi de gardes du corps car la concurrence et le racket tuent chaque jour. Avec eux, la nouvelle Russie est en germes. Ils sont là, prêts à prendre la relève, lorsque Eltsine chasse Gorbatchev
du Kremlin, s'y installe avec un escadron d'économistes en culottes courtes et décrète l'économie de marché, du jour au
lendemain, comme Lénine avait décrété la propriété collective.
Washington applaudit. Le FMI frémit d'aise mais où sont les entrepreneurs? Où sont les capitaux pour acheter les entreprises privatisées ? Où sont les cadres juridiques de cette nouvelle économie, les tribunaux de commerce, les douanes,
l'administration fiscale ? Il n'y en a pas. Il n'y a rien. Il n'y a personne, personne d'autre que le mirage des faubourgs derrière son seau de pommes, les directeurs véreux et les coopérateurs, leurs parrains de l'appareil de l'Etat, leurs gardes du corps et leur incroyable audace.
Tout est à faire et ces hommes d'exception, quelques uns d'entre eux, Berezovski et quelques autres, les plus brutaux, les plus géniaux, bohèmes et barons du vol, amis des arts et chefs de gangs, vont se tailler, en trente-six mois, des
empires à la Rockefeller. On les appellera les "oligarques". Formés à l'école coopérative, ils bâtissent d'invraisemblables fortunes qui les rendent aussi puissants, et bien plus riches encore, que le Président, sa famille, ses hommes et les grands bureaucrates passés d'un régime à l'autre avec la corruption pour viatique.
Sans eux, Eltsine n'est rien. Sans Eltsine, ils ne peuvent rien. Ensemble, les oligarques et Eltsine forment une kleptocratie, mafia libérale qui détourne les fonds du FMI, réalise en un tour de main le plus grand hold-up de l'Histoire, précipite la masse des plus faibles dans le quart-monde mais, en même temps, fonde des banques, des journaux, des télévisions, crée une classe moyenne dans les grandes villes, jeune, dynamique, pleine de ferveur capitaliste.
Des coopératives à Poutine, c'est cette histoire que raconte Pavel Lounguine. Son film est le roman d'une époque, une éblouissante transfiguration d'une réalité qu'aucun journaliste n'aurait pu faire vivre avec tant de précision psychologique et factuelle. On y est, jusqu'à la fin.
Berezovski fut le plus grand des oligarques, patron de presse et prince du chaos, roi de temps sans lois mais le pirate redevint paria quand les scandales obligèrent Eltsine à démissionner. Ancien membre du Bureau politique, l'Ubu du Kremlin venait des sommets de l'appareil soviétique. Espion aux yeux froids, jeune et mince, Vladimir Poutine incarne, lui, l'appareil moyen, impatient d'avoir sa part du gâteau...
Bernard Guetta
Pavel Lounguine
1949 Né à Moscou
1965/1971 Université de Moscou
1973/1975 École de Cinéma de Moscou
1974/1989 Écriture d'une dizaine de scénarios
1990 Taxi-Blues
Festival de Cannes 1990
Prix de la Mise en scène au Festival du film de New
York
Nomination aux Golden Globe
1991 Goulag. Le secret du bonheur
Documentaire pour France 2
Médaille d'argent au Festival du Film documentaire de
Leipzig
1992 Luna-park
Sélection Officielle au Festival de Cannes 1992
Festival de Chicago
1993 Nice. La petite Russie
Documentaire pour France 2
1994 Les Inuits. Un peuple en trop
Documentaire pour ARTE
1996 Ligne de vie avec Vincent Perez
Grand Prix Mystfest au Festival de Turin
1998 Vladimir Maïakovski
Documentaire pour France 3
Un siècle d'Écrivains - série dirigée par Bernard Rapp
La Bottine - Court-métrage réalisé dans le cadre de - Dix films
contre cent millions de mines -
Premier Prix au Festival International Ciné Eco 99 Portugal
2000 La Noce
Prix d'interprétation pour l'ensemble des acteurs au
Festival de Cannes 2000,
Prix Européen de la Photographie 2000 - The European Film
Awards de Berlin
Festival des Films du Monde de Montréal, Festival
International de Toronto 2000, Festival du Film de Pusan
2000, Festival du Film de Londres
2002 Un Nouveau Russe
Festival de Locarno 2002, hors compétition
Festival de Cognac 2003, en compétition
Vladimir Machkov
Né en 1963, Vladimir Machkov est un des jeunes acteurs le plus connu de sa génération, et est considéré auprès du public russe comme un "sexe symbole".
Aussi connu au théâtre qu'au cinéma, il est le directeur artistique du théâtre du grand acteur Oleg Tabakov : "Taberka". Depuis ses débuts au cinéma, il a tourné une vingtaine de longs métrages.
En 1993, il incarne Aaron dans le film de Yolande Zauberman Moi Ivan, toi Abraham qui le fait découvrir en France. Il tourne avec Valeri Todorovski et Denis Yevstigneyev en 1994. En 1995, il tourne American Daughter de Karen Shakhnazarov.
Il remporte un grand succès international critique et public pour son interprétation dans Le Voleur et l'enfant de Pavel Chukraj et est nominé aux Oscars 1997.
La même année, il réalise son premier film, un conte de Noël, Sirota Kazanskaya.
C'est avec l'adaptation du roman de PouchkineLa Fille du Capitaine de Alexandre Prochkine, qu'il sera définitivement connu en Occident. Le réalisateur anglais Michael Radford lui confie en 2000, un des rôles principaux de Dancing at the Blue Iguana. En langue anglaise, il enchaîne avec American Rapsody de Eva Gardos.
En 2001, il tourne sous la direction de Sergueï Bodrov The Quickie, Behind Ennemy Lines de John Moore, Red America de Andreï Nekrasov et 15 minutes de John Herzfeld.
Maria Mironova
Maria Mironova est née en 1973 et a commencé sa carrière d'actrice à 8 ans dans l'adaptation de " Huckleberry Finn " pour la télévision.
Elle privilégie son activité de comédienne de théâtre : depuis plusieurs années elle appartient à la célèbre troupe "Leninski Komosol" où elle joue tous les grands rôles du répertoire russe et occidental.
En 2000, elle tourne son premier grand rôle au cinéma dans l'adaptation de Pouchkine par Alexandre Prochkine de La Fille du capitaine où elle est la partenaire de Vladimir Machkov.
Elle est ensuite la mariée de La Noce de Pavel Lounguine qu'elle retrouve en 2002 pour Un Nouveau Russe.
Levani Outchaneichvili
Né en 1958. Il débute dans Sakhli Lesnayaze de Nikoloz Sanishvili en 1980. Enchaîne les films et a été désigné en 1986, comme l'un des 10 meilleurs acteurs russes. En 1990, il décide de poursuivre sa carrière aux USA et s'installe à Los Angeles.
1992 Stalin d'Ivan Passer (TV)
1993 X Files de Chris Carter (série)
1996 The Sentinel de Paul Abascal et Greg Beeman (série)
Millennium de Chris Carter (série)
Parallèlement il tourne pour le cinéma dans :
1988 Danashauli Mokhda de Nana Mchedlidze
1994 Il réalise son premier film : One plus equals four
dans lequel il a le premier rôle
1996 Independence Day de Roland Emmerich
1997 Air Force One de Wolfgang Petersen
1998 Blade de Stephen Norrington
A Bedfull of Foreigners de John C. Broderick
1999 Virus de John Bruno
Wishmaster 2 : Evil Never Dies de Jack Sholder
2000 L'ete de mes 27 baisers de Johnny Nana Djordjadze
2002 Un Nouveau Russe de Pavel Lounguine
25th Hour de Spike Lee
Fiche artistique
Vladimir Machkov Platon Makowski
Maria Mironova Maria
Andreï Krasko Chmakov
Levani Outchaneïchvili Larry
Mikhaïl Wasserbaum Mark
Sergueï Youchkevitch Victor
Alexandre Samoïlenko Moussa
Natalia Kaliakanova Nina
Alexandre Balouïev Koretski
Vladimir Goussev Lomov
Vladimir Steklov Belenki
Marat Bacharov Kochkine
Vladimir Salnikov Papa Gricha
Vladimir Golovine Akhmet
Vladimir Kachpour Le Capitaine du bâteau
Anna Tchourina La journaliste
Konstantin Berdikov Le chef du Conseil de
sécurité
Vladimir Semago Rogov
Iouri Waksman Bentzion Lazarevitch
Vladimir Frolov Roudenko
Sergueï Skripka le Chef d'Orchestre
Avec la participation exceptionnelle de
Vili Tokarev
Lion Izmaïlov
L'Orchestre Symphonique de la Cinématographie
l'Ensemble Orchestral Tsigane
Sous la direction de Gueorgui et Ekaterina Jemtchoujni
L'orchestre de l'Académie Militaire d'Aviation " Joukovski "
Fiche technique
Mise en scène Pavel Lounguine
d'après le roman de Youli Doubov " Bolchaya Pajka "
Scénario Pavel Lounguine
Alexandre Borodianski
Youli Doubov
Producteurs délégués Catherine Dussart
Vladimir Grigoriev
Productrice associée Galina Sementsova
Producteurs exécutifs Erik Weisberg
Sergueï Selianov
Image Oleg Dobronravov
Alexeï Fiodorov
Décors Igor Frolov
Costumes Alina Boudnikova
Musique Leonid Dessiatnikov
Son Alain Curvelier
Montage Sophie Brunet
Montage son Cécile Chagnaud
Assistant son Stéphane Albinet
Assistants monteurs Julie Decondé
Rym
Debbarh-Mounir
Ivan
Lounguine
Sonothèque Marie Guesnier
Mixage Eric Tisserand
Assistant mixage William Schmit
Montage négatif Patrick Thauvin
Adaptation française Pavel Lounguine
Traduction des dialogues Vania Lounguine
Sous-titres Joël Chapron
Administration Béatrice Hannequin
Coordinateurs de production Igor Souchtchevski
Pascale Pigeon
La musique du film est interprétée par l'Orchestre Symphonique de la Cinématographie
sous la direction de Sergueï Skripa
Musiques additionnelles :
" Les Nouveaux Russes " de Villi Tokarev
" Lénine est vivant pour toujours " de S.S. Toulikov et L.I. Ochanine
" Je t'emmènerai dans la Toundra " de M.G. Fradkine et M.S.
Pliatskovski
" Chanson de la jeunesse anxieuse " de A.N. Pakhmoutova et L.I.
Ochanine
Interprétées par Valeri Semine et Elena Verkhovskaïa
Des musiques de D.I. Pertsev, de M.A. Kiouss,
ainsi que des musiques et des chants traditionnels, sont également
interprétés dans le film.