L’Arménie tourne la page sur les années Kotcharian
L’Arménie, petit pays pauvre et enclavé du Caucase, a élu son nouveau président au terme d’une campagne acrimonieuse, marquée par des allégations de fraude de la part de l’opposition.
Après deux mandats de cinq ans, le président sortant Robert Kotcharian ne peut pas se représenter, de par la Constitution.
Son Premier ministre et "dauphin", Serge Sarkissian, 53 ans, est donné favori des neuf candidats en lice.
Après la guerre avec l’Azerbaïdjan pour le contrôle du Nagorny Karabakh et l’assaut du Parlement par un groupe armé en 1999, l’Arménie a retrouvé une certaine stabilité, doublée d’une solide croissance économique de plus de 10% par an, autant d’atout électoraux pour l’équipe au pouvoir.
Environ 2,3 millions d’électeurs sont appelés aux urnes dans cette ex-république soviétique encore très tournée vers Moscou, son principal allié économique et militaire même si elle reçoit aussi une précieuse aide de la diaspara en Occident.
A l’origine, l’élection de M. Sarkissian semblait aller de soi, sa formation, le Parti Républicain d’Arménie, ayant emporté la majorité des sièges lors des législatives de mai 2007.
Mais le retour en octobre dernier, après un silence de près de dix ans, du premier président de l’Arménie post-soviétique (1991-1998), Levon Ter-Petrossian, a brouillé les cartes et bousculé la campagne.
M. Ter-Petrossian, 63 ans, accuse le pouvoir en place de corruption à grande échelle. Il lui reproche aussi de n’avoir guère oeuvré à l’amélioration des relations avec la Turquie et l’Azerbaïdjan voisins, après le conflit autour de l’enclave azerbaïdjanaise à majorité arménienne du Nagorny Karabakh.
L’ancien président a reçu depuis son entrée en piste le soutien de plusieurs partis d’opposition, dont le parti de l’Héritage de l’ancien ministre des Affaires étrangères Raffi Hovannissian.
Samedi, il a réussi à réunir au moins 50.000 personnes en sa faveur, soit la plus grande manifestation observée depuis des années dans la capitale arménienne.
Un troisième candidat sérieux émerge aussi du lot : il s’agit de l’ancien président du Parlement et aujourd’hui opposant Artour Bagdassarian, 39 ans. Il se présente comme pro-occidental, aux antipodes de la politique de M. Kotcharian, davantage orienté vers Moscou.
MM Bagdassarian et Ter-Petrossian, tous deux crédités de 10 à 15% des intentions de vote, accusent le camp du Premier ministre de profiter des ressources de l’Etat pour mettre en avant sa candidature, ce que dément l’intéressé. Ils ont avancé de nombreux cas de votes rémunérés, d’intimidation des opposants et de parti pris des médias en sa faveur.
M. Ter-Petrossian a affirmé que son QG de campagne avait reçu un cocktail molotov et que certains de ses partisans avaient été attaqués. Sa motion en faveur d’un report du vote a été rejetée par la Cour constitutionnelle.
Le porte-parole de campagne de M. Sarkissian, Edouard Charmazanov, a balayé ces accusations et prévenu que "les autorités étaient prêtes à tout faire pour protéger l’ordre constitutionnel du pays si des forces se livrent à des provocations en remettant ces élections en question".
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