littérature albanaise : lectures
11 - 12 octobre 2005
L’appartenance ethnique, trait distinctif commun à tous les hommes albanais, revêt dans les Balkans un caractère tragique ; cela s’est vérifié encore, on ne peut mieux, dans le temps récents. L’un des grands chapitres de ce drame concerne tout spécialement les enfants issus de mariages mixtes, les deux nations d’origine se trouvant parfois en conflit direct.
’La nuit juste avant les forêts’ de Bernard Marie Koltès au Centre culturel Jean Vilar
Mardi 11 Octobre à 19h00
Ilir Selimoski avec la collaboration artistique de Catherine Marnas.
Je suis né au bout de pinte d’Orly, dans un H.opital, L.ongue, M.alade, un quartier, la cité, des immigrés des cinq continents, aux portes du monde...
Telle une météorite qui se laisse choisir, j’ai atterri au théâtre.
J’étais apprenti comédien lorsque j’ai rencontré l’œuvre de Koltès et son écriture si particulière, j’ai voulu être totalement au service de ce poète céleste qui disait « ...j’ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lien, de la lumière et des bruits, n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous ».
La nuit juste avant les forets, a été écrite en 1977. Est le premier texte théâtrale revendiqué par Koltès, c’est une tentative très particulière, un quasi-monologue, chose très importante dans l’œuvre de Koltés.
Dans cette « parlerie, le passant solitaire » insiste constamment sur le fait qu’il est étranger, qu’il vit et vient d’un monde étranger et je me suis dit que c’était cela que je voulais raconter, étant moi-même fils d’immigré je connais ses mots, je les entends, je les comprends comme une musique familière et je sais combien il est difficile de se sentir étranger dans son pays !
« Un homme, assis à une table de café, tente de retenir par tous les mots qu’il peut trouver, un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue, un soir ou il est seul. Il lui parle de son univers. Une banlieue ou il pleut, ou l’on est étranger, on l’on ne travaille plus, un monde nocturne qu’il traverse, pour fuir, sans se retourner, il lui parle de tout et de l’amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là, silencieux, immobile » .
Bernard Marie Koltès
’Shîrîne endormie / M.A.Sevilla / S.Pitaqaj’ au Centre Culturel Jean Vilar
Mercredi 12 Octobre à 19h00
Avec : Ambre Gollut, Simon Pitaqaj, Thomas Arnaud
Une nuit, alors que le public a quitté le Centre Pompidou et que ne restent allumées que les lumières de service, dans les sous-sols des personnages reviennent, se rencontrent, parlent. A qui parlent-ils, sinon à ceux qui les écoutent, pour ceux qui les écoutent, ont des oreilles pour entendre sinon des yeux pour voir, acceptent simplement d’entendre l’histoire de Shîrîne et de Bekim le Kosovar, un ancien magasinier de ce centre culturel.
A travers cette histoire -chair de Bekim et des autres personnages pétrie de travail, d’amour, de folie, de générosité, de mesquineries, d’humour et de poésie- on perçoit l’histoire dont parlent les journaux, ses conséquences, ses présupposés : l’histoire réel des gens. Cette chair qu’on a tellement de mal à dire, à extirper des discours, à mettre en évidence et à représenter, advient dans la poésie, s’incarne dans le théâtre. Devenue chair de la chair des acteurs, et auparavant texte, parole, cette « chair » des personnages se doit de se dire, et elle le fait lorsque les lumières s’allument dans le théâtre, lorsque les lumières s’éteignent dans les sous-sols de Beaubourg. Parce que la parole revient -« vous nous chassés de nos terres mais nos esprits resteront dans vos villes » a dit un Indien Nord-Américain- elle revient sans cesse, rien ne peut pas l’assouvir, elle va toujours à la source où un cœur pur -Shîrîne en l’occurrence-, la perçoit en son âme, dans son rêve, nous la raconte, la laisse dans son cœur se déployer pour nous. Pour que l’injustice reste patente. Pour que la mémoire ne soit pas abolie, enterrée dans des sous-sols, il y aura toujours une troupe de théâtre pour tendre l’oreille et écouter ce qui se dit dans le silence de la nuit, alors qu’on croyait s’être débarrassé des derniers témoins.
Miguel Angel Sevilla.
Centre culturel Jean Vilar
1, rue Lénine
93 L’Île-Saint-Denis
Maison de Théâtre et de la Danse
75/81, Avenue de la Marne
93 Epinay-sur-Seine
Théâtre de Picolo
58, rue Jules Vallès
93 Saint-Ouen
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