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2003

L’Amérique russe

Septembre 1812 - 2003

Alexandre Baranov, directeur de la Compagnie russo-américaine depuis 1791, poursuit la progression entamée vers des terres plus tempérées de l’Amérique. Le 10 septembre 1812 (30 août pour le calendrier russe) est inaugurée à quelques dizaines de kilomètres au nord de San Francisco une véritable forteresse, Fort Ross, construite sur une falaise qui la rend presque inexpugnable, et complétée par un mouillage un peu plus au sud à La Bodega où sont aussi installées des exploitations agricoles. Un poste est même établi aux Farallones, à l’entrée de la baie de San Francisco, afin de procurer à la Compagnie des fourrures de phoques, puis, après l’épuisement de cette ressource, des lions de mer et des mouettes.

En 1784, à l’époque où la langue de la diplomatie était le français, les Russes établissent des postes de traite dans les îles Aléoutiennes et sur la côte de l’Amérique russe (Alaska). Ce vaste territoire, I’Alaska, qui avec les îles Aléoutiennes portait le nom officiel d’Amérique russe, était l’aboutissement, dès le milieu du XVIIIe siècle, de l’équipée vers l’est de cosaques, de trappeurs, de marchands, d’aventuriers et enfin de marins russes.

Les gens de Novgorod, au nord de la Russie, ainsi que ceux des côtes de la mer Blanche (Pomors) avaient pénétré en Sibérie septentrionale dès les XIIe-XIIIe siècles et en avaient exploré les côtes et créé le port de Mangazeyga, situé à proximité de l’Ob et de l’Ienisseï. Ce port servait à exporter vers la mer Blanche les fourrures sibériennes. Après la chute du Khanat de Kazan, les cosaques d’Ermak franchirent l’Oural en 1579, date qui marqua le début réel de la pénétration russe. Le cosaque Kopylov, après avoir traversé toute la Sibérie, atteignit le Pacifique en 1639, tandis que Dejnev, qui découvrit cent ans avant Bering le passage entre l’Asie et l’Amérique, débarquait en 1645 sur les côtes du Pacifique. L’Alaska se trouvait dans le prolongement naturel de l’avance russe mais ses côtes ne furent atteintes par Alexis Tchirikov et Vitus Bering qu’en 1741, bien qu’il soit maintenant à peu près prouvé qu’une présence russe existait auparavant. Cette découverte s’inscrivit dans le cadre de la « Seconde grande expédition de Kamtchatka » qui faisait suite à la première expédition décidée par Pierre le Grand juste avant sa mort.

L’Alaska et les îles Aléoutiennes servirent donc, comme la Sibérie, de terrains de chasse aux promyschlinniki (trappeurs) qui exploitèrent d’une façon intensive les richesses en fourrures de ces contrées. La majorité des compagnies russes créées pour le négoce de leurs marchandises, destinées à la fois à la Russie et à l’Europe ainsi qu’à la Chine via Khiakta (poste frontière, seul autorisé par les Chinois pour les transactions commerciales entre la Chine et la Russie), furent réunies par un marchand entreprenant et perspicace, Grégoire Schlikhov, dans le but de développer et régulariser le marché de la fourrure. Le premier établissement, à Irkoutsk, fut la Compagnie d’Amérique du Nord, créée en 1785. Peu après fut fondée, en 1798, la Compagnie russo-américaine sous les auspices de l’empereur Paul Ier, qui lui accorda une charte renouvelable pour une durée de vingt ans. Cette compagnie semi-gouvernementale mérite d’être citée à côté de compagnies analogues telles la Compagnie des Indes orientales et la Compagnie de la baie d’Hudson.

De 1799 à 1804, le gouverneur Baranov, administrateur de l’Amérique russe, décide de construire sa capitale à Sitka. Le fort est détruit par les Tlingits en 1802. Le gouverneur Baranov reprend les lieux en 1804 : l’île est rebaptisée Sitka et la capitale prend le nom de Nouvel-Archange.

En 1807, le gouverneur réside au château Baranov, à Nouvel-Archange.

En 1811, Baranov établit un poste construit et tenu par les Russes à moins de 160 kilomètres au nord de San Francisco, sur le littoral de la Californie.

Au XVIIIe siècle, le tsar Pierre le Grand choisit Vitus Bering, un Danois en service dans la marine russe, afin de résoudre la question de savoir si l’Asie et l’Amérique sont reliées à leurs extrémités septentrionales. La tsarine Catherine Ire, veuve de Pierre le Grand, poursuit le projet du défunt tsar. Or, vers 1640, des cosaques avaient déjà accosté à l’extrémité orientale de la Sibérie arctique...

En 1741, Bering, avec l’aide du lieutenant-capitaine Cherikov, dresse la carte de la pointe nord-ouest du continent nord-américain, et c’est sous le règne d’Élisabeth, qui gouverne alors la Russie, que l’Amérique russe est cédée aux promyshlenniki, marchands de fourrures russes indépendants.

En 1762, Catherine la Grande monte sur le trône de Russie et rêve d’un empire qui comprendrait l’Amérique. La Russie tire d’énormes profits de la vente des peaux de phoques à fourrure et de loutres de mer pris au large des îles Aléoutiennes et de l’Alaska, principalement en Chine.

Lors d’une réception diplomatique, l’impératrice déclare qu’elle a un dessein d’étendre le commerce russe des fourrures le long de la côte occidentale de l’Amérique, mais qu’elle a aussi l’intention d’affirmer sa souveraineté sur cette région en y établissant des colonies russes.

En 1784, des postes côtiers sont établis à Attu, Agattu et Unalaska, dans les îles Aléoutiennes, ainsi que dans l’île de Kodiak, au large de l’embouchure de l’anse Cook. Dix-huit mois plus tard, une colonie est établie sur le continent, en face de l’anse Cook. En 1807, Nouvel-Archange, dans l’île de Baranov sise dans le détroit de Sitka, devient la capitale de l’Amérique russe. La capitale Novo- Arkhangelsk (Nouvel-Archange) possédait une cathédrale orthodoxe, une église luthérienne, un séminaire destiné à la formation des prêtres d’origine autochtone, des écoles paroissiales, un établissement d’étude secondaire, deux instituts de recherche scientifique. De plus, le premier arsenal naval de l’ensemble de la côte pacifique américaine y fut créé en 1841.

Le premier administrateur résidant, Alexandre Baranov, fort d’une alliance commerciale avec des armateurs américains, établit vers la moitié du XIXe siècle une quarantaine de forts en Amérique russe, dont le fort Ross construit et occupé par les Russes sur la côte californienne.

La Russie déclare unilatéralement que l’Amérique russe s’étend jusqu’au détroit de la Reine-Charlotte et que les étrangers n’ont pas droit de passage.

Les États-Unis d’Amérique et la Grande-Bretagne protestent et un traité est signé avec la Russie en 1824 par lequel la frontière est déplacée du Sud vers le Nord et l’établissement de nouveaux forts est prohibité.

En 1825, la Grande-Bretagne obtient un droit de passage le long de l’étroite bande côtière.

En 1867, la Russie vendait l’Alaska aux Etats-Unis d’Amérique pour 7 200 000 dollars. Le montant de cette transaction, qui paraît dérisoire en regard de la valeur actuelle de l’Alaska, avait soulevé à l’époque, et soulève encore maintenant, bien des interrogations. A titre de comparaison, la France de Bonaparte vendit la Louisiane aux Etats-Unis en 1803 pour 15 000 000 de dollars.


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