Regards Croisés ’Théâtres de Croatie, Macédoine, Roumanie, Serbie-et-Monténégro’
16 - 21 mai 2006 / Grenoble
S’il n’était le nom d’un paquebot porteur d’apocalypse dans la pièce éponyme de Zanina Mircevska, le mot ’Esperanza’ pourrait sous-titrer le programme de ce deuxième "Regards Croisés" consacré cette année aux voix nouvelles de l’écriture dramatique post-yougoslave et roumaine.
Regards Croisés ’Théâtres de Croatie, Macédoine, Roumanie, Serbie-et-Monténégro’
L’énergie du désespoir
Festival organisé par le collectif Troisième Bureau.
Le monde a besoin d’un théâtre pour aller se faire voir :
S’il n’était le nom d’un paquebot porteur d’apocalypse dans la pièce éponyme de Zanina Mircevska, le mot "Esperanza" pourrait sous-titrer le programme de ce deuxième "Regards Croisés" consacré cette année aux voix nouvelles de l’écriture dramatique post-yougoslave et roumaine.
Décapée par le culot et l’insolence des jeunes générations, cette espérance nouvelle paraît débarrassée des espoirs qui embrasèrent la région : vieux rêves nationaux, fantasmes hégémoniques, perspectives revanchardes... Sans compter que le crépuscule précipité du grand jour communiste a éteint jusqu’aux lueurs les plus ténues du socialisme titiste et de ses lampions autogestionnaires.
Il paraît assez clair que Milena Markovic, Asja Srnec Todorovic, Maja Pelevic et Ivana Sajko, ont en commun avec l’auteure d’"Esperanza" de ne plus rien attendre des discours, des hommes et des espoirs du siècle passé. Leur désespoir n’est en effet pas tant mélancolique que réfractaire au machisme, au patriarcat, au nationalisme, à l’hybris, aux mirages consuméristes comme aux idéaux collectivistes, aux représentations univoques, aux embrigadements de tous ordres...
Une même distance semble dicter ses mots à la nouvelle dramaturgie roumaine : Gianina Cãrbunariu et Stefan Peca - qui ont cinquante ans à eux deux - écrivent vite et fort, chacun à leur manière*, dans l’évidente urgence de dessiller les yeux de leurs contemporains sur le naufrage roumain dans le raz-de-marée de l’après-communisme et de la mondialisation.
Cette esperanza est d’abord une énergie remarquable d’inventer, de s’assembler, de produire, dans des contextes souvent difficiles, pour ne pas dire hostiles ; énergie de voyager, de traduire, de diffuser, de sortir des habits trop étroits de la nationalité et de la langue ; énergie de s’émanciper de la tutelle symbolique des maîtres, comme des réflexes d’autocensure ; énergie de désespérer de l’avenir, en tant qu’il est bégaiement exacerbé du passé, et nullement triomphe du "progrès" historique cher aux positivistes.
Ce que nous dit cette nueva esperanza, c’est que la lucidité sur l’état du monde doit désormais primer le formatage idéologique ou l’esprit de rébellion. Ce travail clinique, cet examen déculpabilisé originent des dramaturgies sans détour - souvent même abruptes - qui travaillent à se démarquer des modes "trash", "back in your face", "brutalistes", ces nouvelles marchandises théâtrales censées nous enseigner la couleur du sang et l’odeur de la merde...
La nueva esperanza manifeste de surcroît que le monde n’a décidément rien d’absurde, dussent diverses hautes figures des lettres balkaniques et roumaines s’agiter dans leur tombe. Mal fichu, grotesque, infernal, esquinté, sans doute, mais tellement réel qu’il en devient in-visible, ir-regardable au quotidien, le monde a besoin d’un théâtre pour aller se faire voir. Dont acte.
2006 © Tous droits réservés - Slavika.com
|
Pour en savoir plus,
visitez la librairie
SLAVIKA! |
Les derniers articles publiés :
|