Le gaz turkmène, nouvelle opportunité énergétique
Le Turkménistan, reclus du monde depuis 20 ans, constitue un enjeu considérable pour les grandes puissances, Chine, Etats-Unis, Europe et Russie, avec ses immenses réserves de gaz encore à peine exploitées.
Si la victoire du président par intérim, Gourbangouly Berdymoukhammedov, semble acquise lors du scrutin présidentiel, l’ouverture de ce pays d’Asie centrale riche de quelque 2.900 milliards de m3 de gaz naturel aux investisseurs étrangers reste encore très hypothétique.
Pour l’instant, le favori du scrutin proclame son attachement aux contrats de livraisons existants, un discours qui n’enchante que la Russie dont le Turkménistan est un important pourvoyeur à des tarifs très préférentiels.
Mais les puissances occidentales et chinoise essaient déjà de faire valoir leurs arguments.
Car la mort du tout puissant président à vie Saparmourat Niazov a ravivé le rêve américain et européen d’un gazoduc sous le paradis énergétique de la mer Caspienne, un tuyau qui permettrait de réduire la dépendance européenne vis-à-vis du gaz russe.
Les arguments occidentaux pourraient s’avérer porteurs alors que le Turkménistan reste très dépendant de la Russie, tous les gazoducs sortant du pays étant contrôlés par le géant russe Gazprom à l’exception de celui vers l’Iran, mais dont la capacité est réduite.
"L’idée d’une multitude de gazoducs (...) répond en réalité à la question +comment assurer la souveraineté, l’indépendance d’une nation+", relevait récemment le secrétaire d’Etat adjoint américain pour l’Asie centrale et du Sud, Richard Boucher.
"Nous aimerions voir le Turkménistan capable de développer ses ressources, ses réserves de pétrole et de gaz d’une manière (...) à ce qu’il obtienne le prix du marché pour son énergie", a-t-il insisté.
La Chine, qui joue un rôle grandissant en Asie centrale, souligne pour sa part avoir déjà obtenu, contrairement aux Occidentaux, des engagements d’Achkhabad.
"A partir de 2009, et pendant 30 ans, le Turkménistan vendra à la Chine 30 milliards de m3 de gaz annuels. Le travail sur la construction du gazoduc +Turkménistan-Chine+ avance à pleine vitesse", relève ainsi l’ambassadeur chinois à Achkhabad, Lu Guisheng.
Les grandes lignes de ce projet ont été définies lors de la visite de Saparmourat Niazov en Chine en avril 2006, et M. Berdymoukhammedov s’est engagé en janvier à tenir ce défi.
Mais en réalité, aucun tracé pour le gazoduc n’a encore été déterminé, et les capacités de production turkmènes - comprises entre 60 et 70 milliards de m3 annuels - ne permettent pas pour l’heure d’honorer les promesses à la Chine sans remettre en cause les engagements envers la Russie.
Moscou apparaît donc bien placée pour un maintien, au moins à moyen terme, du statu quo. Dans le cas contraire, Gazprom aurait bien du mal à respecter ses contrats avec les Européens, dont la confiance a déjà été écornée par les "guerres" énergétiques russo-ukrainienne et russo-bélarusse de ces douze derniers mois.
D’autres Etats encore pourraient venir troubler le jeu.
Le projet d’un gazoduc transafghan vers le Pakistan et l’Inde, soutenu par Washington, pourrait refaire surface, tandis que l’Iran souhaite depuis longtemps importer plus que ses 8 milliards de m3 actuels.
Achkhabad ne manque donc pas de clients potentiels, mais ces alternatives supposent des investissements énormes dont le Turkménistan ne pourra supporter seul le coût.
"Une fois que Berdymoukhammedov aura remporté l’élection, ses voyages à l’étranger vont être de plus en plus nombreux", prédit d’ores et déjà Edouard Poletaïev, politologue au Kazakhstan voisin.
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