Ex-Yougoslavie : L’école exclut les enfants roms
Dans plusieurs États de l’ex-Yougoslavie, la minorité rom subit discriminations et racisme. Les enfants sont souvent évincés du système scolaire, ce qui contribue à maintenir toute la communauté dans la marginalité.
Amnesty lance une action internationale contre l’exclusion des enfants roms au nom du droit fondamental à l’éducation. « Le maître me met dehors quand je parle ma langue », témoigne un petit garçon rom de Croatie. « Les maîtres ne veulent pas nous entendre chanter nos chansons », renchérit un autre.
Dans les pays d’ex-Yougoslavie, les préjugés contre la communauté rom ont la vie dure et la guerre n’a rien arrangé. Les groupes ethniques et religieux des Balkans continuent de se regarder avec méfiance, sans se mélanger. Les Roms souffrent de cette hostilité communautariste latente et leur total dénuement les isole plus encore. En Bosnie-Herzégovine, ils seraient entre 20 000 et 100 000 (imprécision liée à l’absence de recensement fiable). Même si la loi du pays garantit les droits à l’éducation et à la non-discrimination, ils sont nettement plus touchés par la pauvreté que le reste de la population et l’analphabétisme est très répandu.
Majoritairement exclus du circuit scolaire, les enfants roms qui arrivent à franchir la première étape dépassent rarement le stade de l’école primaire. De leur côté, les enseignants ne sont formés ni à la langue ni à la culture roms ; aucune initiative n’est lancée par les autorités pour intégrer ces enfants dans le système et les stéréotypes négatifs qui accompagnent leur manière de vivre servent à justifier cet échec scolaire et social.
La situation n’est guère meilleure en Croatie, où la communauté rom - de 30 000 à 50 000 personnes - vit en marge, exclue de l’école, donc du marché du travail, faute de qualifications. Malgré plusieurs engagements nationaux et internationaux, dont le plus ambitieux est sans doute le Plan d’action 2005, initié au début de la Décennie pour l’intégration des Roms (2005-2015), seulement 27 % des enfants roms de Croatie termineraient leurs études primaires. Ici encore, leur langue est absente des salles de classe, à la différence de celle des autres minorités.
Dans certaines écoles croates existe même une entrée distincte pour les enfants roms et des enseignants leur font prendre une douche avant la classe. Cette situation discriminatoire insupportable révèle dans le même temps l’insalubrité des lieux de vie des familles roms.
Défaillances au sein de l’Union
La Slovénie ne donne pas davantage l’exemple, alors qu’elle est membre de l’Union européenne depuis 2004 et tenue de respecter des engagements contraignants en matière de droit à l’éducation et d’intégration de ses minorités (critères de Copenhague). Sa communauté rom, de 7 000 à 12 000 personnes, subit la même ségrégation que dans les pays voisins.
Si certaines régions slovènes affichent un taux de 70 % d’enfants roms scolarisés, d’autres atteignent péniblement 39 %. La pression exercée par les parents d’élèves non roms n’est pas étrangère à cette situation, nombre d’entre eux exigeant en effet que leurs enfants ne soient pas mélangés aux Roms. On les retrouve ainsi surreprésentés dans les établissements scolaires pour handicapés mentaux ou dans des classes dites de « rattrapage ».
Ce racisme endémique à l’égard des Roms dans trois pays d’ex-Yougoslavie a déterminé Amnesty International à mener une action d’envergure avec, comme axe central, la défense du droit fondamental à l’éducation. Lancée en février 2007, elle va durer onze mois et permettre d’interpeller les Premiers ministres et ministres de l’Éducation des pays concernés, l’Union européenne et les syndicats enseignants. Forte d’une trentaine de groupes en France - auxquels se joindront les relais de la commission Promotion des droits humains puis ceux de la commission Enfants - la coordination Balkans compte notamment sur cette action transversale pour tisser des liens avec des associations françaises travaillant avec les Roms.
Un rendez-vous important est d’ores et déjà fixé : une réunion publique le 2 avril 2007 (à la veille de la Journée internationale des Roms le 8 avril) à la Maison d’Europe et d’Orient, à Paris1. Il sera également possible d’agir en ligne, sur le site d’Amnesty France, avec une réactualisation régulière. Enfin, pour prolonger ce travail à l’attention de l’opinion publique, plusieurs dessins et témoignages d’enfants roms recueillis dans les trois pays balkaniques pourraient donner lieu à une exposition.
Aurine Crémieu
Maison d’Europe et d’Orient, Paris.
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