Rencontre franco-tchèque Kouchner - Schwarzenberg
Paris, 15 juin 2007
La République tchèque va nous succéder à la présidence européenne...En tout cas, le Traité simplifié, tel qu’il était envisagé il y a quelques semaines à peine, quatre semaines, a fait beaucoup de chemin.
POINT DE PRESSE CONJOINT DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET EUROPEENNES, M. BERNARD KOUCHNER, ET DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES DE LA REPUBLIQUE TCHEQUE,
M. KAREL SCHWARZENBERG
Mesdames et Messieurs,
Je suis heureux de me trouver aux côtés de M. Karel Schwarzenberg, qui nous a fait l’honneur, ainsi que sa délégation, de venir à Paris pour que l’on puisse discuter de nombreuses questions. Vous le savez, la République tchèque va nous succéder à la présidence européenne. Nous pourrions donc préparer ensemble un certain nombre de sujets, qui pourraient faire le pont d’une présidence à l’autre. Nous en avons choisi quelques-uns et nous avons créé un groupe de travail particulier chargé d’élaborer des propositions communes.
Il m’a fait le grand plaisir de m’offrir un livre, de celui qui fut, et qui est encore mon héros, Vaclav Havel, avec une dédicace, que je vous cache.
Evidemment, nous avons parlé de ce qui va se passer au Conseil européen de la semaine prochaine. Il y a des sujets sur lesquels il n’y a pas de discussion. Dans la majorité des cas, nous sommes d’accord avec la République tchèque. Nous nous efforcerons, et pas seulement les Tchèques et les Français, de trouver des consensus.
Au-delà de cette entente et de ces excellents rapports entre la République tchèque et la France, nous avons évoqué le souvenir de la dissidence, et tout ce qui a été tellement important, pas seulement pour les intellectuels français, mais pour toute une génération. Nous avons parlé des problèmes du monde, de ce qui se passe à Gaza, qui est effrayant, de ce qui se passe au Liban, qui est effrayant, de ce qui se passe au Darfour, au Kosovo.
Q - Parmi les questions que vous avez évoquées avec M. Schwarzenberg, j’imagine que vous avez certainement parlé de la question de la Turquie et de la poursuite des négociations. On dit maintenant en Europe que la France ralentit, voire bloque, les décisions de Bruxelles concernant les négociations avec la Turquie. Y a-t-il vraiment un risque que la France "fasse sauter" le Sommet de Bruxelles, la semaine prochaine ?
R - Vous connaissez la position du président de la république française qui considère que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe. Il l’a dit clairement. Vous connaissez également sa décision de ne pas vouloir bloquer les réunions qui se tiennent, et en particulier, le Conseil européen qui se tiendra à la fin du mois de juin. Nous considérons que le problème essentiel est la poursuite du travail autour d’un document simplifié, puisque nous sommes ceux qui, avec les Hollandais, ont voté "non" au référendum constitutionnel. Vous avez employé deux verbes, "freiner" et "bloquer". Je pense que ni l’un ni l’autre ne seront utilisables pour la réunion de la semaine prochaine. Vous savez également, et je partage évidemment avec M. Schwarzenberg toutes les décennies du combat pour les Droits de l’Homme, - nous avons fait cela ensemble -, qu’il ne faut pas avoir peur de l’Islam. Au contraire, je considère que nous devons aider l’Islam modéré. Nous devons absolument permettre à l’Islam modéré de se manifester. Nous avons vu des manifestations de rues très importantes il y a quelques temps en Turquie, en particulier des manifestations qui regroupaient des femmes et qui se prononçaient pour un Islam moderne, un Islam séparé de l’Etat, ce qui est le cas de la Turquie depuis longtemps.
Je partage ce sentiment avec mon homologue. De toute façon, en France, il y aura un référendum sur l’élargissement. Nous ne sommes donc pas menacé, par rien du tout, et nous avons devant nous, de grandes années pour réfléchir à cette position. Je vous ai dit la position du président de la République française, Nicolas Sarkozy : elle est de ne pas accepter la Turquie, dans l’état actuel des choses. En même temps, nous pouvons travailler à un groupe de réflexion sur les frontières de l’Union et également travailler sur l’Union méditerranéenne.
Q - Vous avez dit qu’il n’y aurait au Sommet de Bruxelles, "ni freinage ni blocage". Cela signifie-t-il qu’une solution est en vue concernant la position polonaise sur le vote dans les instances européennes ?
R - Avec le président Sarkozy, Jean-Pierre Jouyet et moi-même, nous avons rendu visite au Premier ministre et au président polonais. Nous avons beaucoup parlé. Le président de la République française s’est expliqué hier sur les attitudes communes qui, je crois, préservent des voies de compromis. C’est au cours du Conseil européen que nous verrons les positions se préciser, sur un texte qui sera fourni par la Présidence allemande. Elle adressera un certain nombre de questions à tous les représentants des pays qui sont présents, et bien sûr nous y répondrons. Vous savez qu’il y aura également un Conseil à Luxembourg, dimanche soir et lundi. Je ne peux pas lire dans le marc de café. Mais je suis plutôt optimiste. Mais rien n’est fait et il faudra que se dégage, là aussi, la volonté d’un consensus qui, je crois, existe. Mais je ne peux pas en dire plus. Pour le moment, chacun présente des positions, qui ne sont pas trop éloignées les unes des autres, je crois, mais qui ne sont pas les mêmes.
En tout cas, le Traité simplifié, tel qu’il était envisagé il y a quelques semaines à peine, quatre semaines, a fait beaucoup de chemin.
Q - Le Hamas a pris le pouvoir dans la Bande de Gaza. Je voulais juste avoir votre réaction. Par ailleurs, l’Europe a dit qu’il y aurait des sanctions, qu’en est-il ?
R - Oui, ce fut un massacre effrayant, comme tous les massacres, mais celui-ci particulièrement, entre le Hamas et le Fatah. Nous avons adressé au président Mahmoud Abbas notre soutien, comme représentant légitime de l’Institution palestinienne et nous continuons de le soutenir. Nous aurions peut-être du soutenir ce gouvernement unitaire dès le début, que nous ayons été sceptiques ou non. Maintenant, il s’agit de ne pas laisser se propager cette bataille horrible entre les Palestiniens, de Gaza à la Cisjordanie et aux Territoires occupés.
Voilà, nous en parlerons sans doute à la réunion de Luxembourg, mais, d’ores et déjà, nous devons intervenir, l’Union européenne, la France aux côtés de nos amis tchèques, nous devons intervenir pour apaiser les souffrances./.
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