16, rue Ivan Tourguéniev -
R.N. 13 - 78380 Bougival
Téléphone : 01.39.18.22.30
Grâce au fruit de nos
recherches, nous avons décidé d'évoquer pour les visiteurs la vie et l'œuvre
de l'écrivain, ses liens avec l'élite littéraire et artistique en Russie et
en Europe, et de reconstituer, là où c'était possible, l'atmosphère dans
laquelle il a vécu ses huit dernières années dans sa maison de Bougival.
REZ-DE-CHAUSSEE
Dans
l'ex-office-cuisine, nous avons installé l'entrée où se trouvent la caisse et
un kiosque de vente de publications.
La première pièce (la
salle à manger) est aménagée en exposition permanente sur le thème
"Tourguéniev et la Russie", avec des gravures au mur, qui évoquent
le temps de l'écrivain et de ses illustres compatriotes. On voit dans les
vitrines de nombreuses éditions anciennes d'œuvres de Tourguéniev, parmi
lesquelles l'édition originale des Mémoires d'un chasseur en russe de 1852 et
la première traduction française parue chez Hachette en 1854, ou encore un
article manuscrit d'André Maurois sur le théâtre de Tourguéniev.
Au mur, un portrait à l'huile d'Alexandre Herzen par sa
fille Nathalie, offert par la famille.
Dans l'ancien salon de musique, se trouve le piano carré de Baden-Baden, un
instrument rare, de facture allemande. L'exposition "Tourguéniev et
l'Europe" y évoque la présence de l'écrivain dans divers pays pendant
plus de 40 ans et ses amitiés littéraires et musicales : Victor Hugo,
Lamartine, George Sand, Mérimée, Maupassant, le "groupe des Cinq"
(Flaubert, Edmond de Concourt, Zola, Daudet), Gounod, Bizet, Saint-Saëns,
Fauré, Charles Dickens, Henry James, Heine. Il réside souvent à Paris, à
Londres, à Baden-Baden, à Bougival enfin, aux côtés de ses meilleurs amis
les Viardot.
Dans les vitrines, on peut
voir des manuscrits, des livres et de nombreuses lettres échangées entre
Tourguéniev et les écrivains de son temps. (Voir Cahiers Ivan Tourguéniev,
n° 7.)
PREMIER ETAGE
Le cabinet, a été minutieusement
reconstitué. C'est là que l'écrivain faisait son courrier, qu'il créait les
œuvres des dernières années et qu'il recevait ses amis.
"Le plus bel ornement de cette ravissante datcha était à coup sûr le
cabinet de Tourguéniev au premier étage, vaste, haut, clair, où les tentures
rouge foncé se mariaient avec les fauteuils massifs en bois noir, les chaises,
le divan tapissés de maroquin rouge, la bibliothèque artistement ouvragée, le
bureau du même bois noir, aux dimensions impressionnantes, couvert aussi de
maroquin rouge. La lumière pénétrait de deux côtés. Trois fenêtres
donnaient sur le parc et une, plus large, adaptée aux études de peinture,
était percée sur la façade. De là s'ouvrait une vue sur la Seine, sur ses
jardins fleuris et les coquets pavillons de la berge. A côté de cette fenêtre
se trouvait toujours un chevalet avec un tableau commencé ou achevé.
La seconde fille de Mme Viardot, Claudie Chamerot, qui
passait l'été avec son mari et sa petite fille chez ses parents aux
"Frênes", s'occupait de peinture, et c'est pour elle qu'avait été
aménagé dans le cabinet un coin d'atelier de peintre.
La journée aux "Frênes" commençait assez tôt.
Ivan Serguéïévitch ne sortait pas de son chalet le matin; il se montrait
rarement pour le déjeuner. Dans ce cas, il s'asseyait à l'écart et buvait
seulement une tasse de thé fort. Le samovar était obligatoirement servi pour
ce déjeuner.
Vers trois heures, à la fin des leçons de chant qui ne
s'interrompaient même pas en été, nous nous réunissions généralement dans
son cabinet. Claudie s'asseyait à son chevalet, je m'installais à une certaine
distance, elle faisait mon portrait. Mme Viardot occupait une place près d'une
table ronde avec quelque ouvrage, Marianne aussi ; quant à Mme Héritte, elle
lisait à haute voix une œuvre fraîchement publiée de quelque écrivain
anglais ou français. Je me souviens que la lecture portait, cet été-là, sur
le gros roman de George Eliot qui venait de sortir, Daniel Deronda.
Ivan Serguéïévitch assistait souvent à ces lectures. Il
était assis à son bureau; il écoutait parfois et faisait des observations,
parfois il plaisantait, sur quoi Claudie ou Marianne sursautaient, le
grondaient, l'obligeaient à se taire et s'écriaient:
"Voyons, Tourguel, - c'était là un surnom affectueux
dont l'affublait la jeune fraction féminine de la famille Viardot - voulez-vous
nous laisser tranquilles!... Nous voulons écouter...
Parfois la lecture était interrompue pour longtemps par des
plaisanteries, des rires, d'innombrables anecdotes que Tourguéniev déversait
aux heures de bonne humeur: il était le premier à en rire et faisait rire les
autres; parfois, pendant la lecture, il parcourait sa nombreuse correspondance
ou s'asseyait près du chevalet de Claudie et suivait le mouvement de son
pinceau.
Eléna Blaramberg
Mémoires publiés sous le pseudonyme de E. Ardov
On peut voir actuellement dans ce cabinet une impressionnante bibliothèque
Napoléon III par le sculpteur Mazarov, le bureau authentique de
Tourguéniev, une table "russe", le coin d'artistes de Claudie, ainsi
que son magnifique portrait par Emile Lévy, et ceux de ses parents.
La chambre de Tourguéniev a été
reconstituée, d'après un dessin de Claudie Chamerot, par M. Joël Bernard,
professeur de l'atelier de tapisserie de l'Ecole Boulle, et deux de ses
élèves, Catherine Mangou et Denis Kuster. (Voir Cahiers Ivan Tourguéniev,
n°4 et n°7).