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Gastronomie russe

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La Gastronomie Slave

Il est difficile de dire aujourd'hui avec certitude où et quand fut inventé le premier samovar, cet appareil "auto-chauffant" qui est devenu le symbole incontestable de la vie quotidienne russe. Sa popularité était déjà si grande qu'au siècle dernier des savants européens publièrent la description d'une authepsa en bronze découverte à Pompei, affirmant qu'il s'agissait là d'un "authentique samovar". L'authepsa a la forme d'une citadelle romaine en miniature, carrée, ceinte de murs crénelés doubles remplis d'eau. Le feu était allumé sur la place de cette citadelle et l'on pouvait y installer un trépied, ce qui permettait à la fois de faire bouillir l'eau et de cuire la nourriture. On a également découvert à Pompei des récipients "auto-chauffants", entre autres un magnifique vase en bronze, avec un robinet, un couvercle pointu et trois pieds en forme de pattes d'animal qui rappelle beaucoup le samovar. Les Romains ne connaissaient pas le thé. Ils utilisaient les récipients en bronze et l'authepsa pour faire bouillir et réchauffer l'eau avec laquelle ils avaient coutume de couper le vin.

Les appareils "auto-chauffants" existent depuis longtemps en Chine. Ce sont les célèbres "ho-go", constitués d'une coupe profonde, installée sur un support avec, comme pour le samovar, une cheminée et un cendrier. C'est dans ces "ho-go" en métal ou en porcelaine que les Chinois servaient le bouillon. Pour le thé, ils utilisaient des pots spéciaux avec une passoire ou des théières. Le thé est infusé directement dans les tasses.

Selon toute vraisemblance, les premiers samovars ne sont apparus en Russie qu'au XVIIIème siècle, car nous n'avons connaissance d'aucune pièce ou d'aucune mention sur une pièce se rapportant à une période antérieure. Le samovar doit la place qu'il a occupée dans la vie quotidienne au thé ou, plus exactement, au rite du thé, qui s'est largement répandu en Russie dans la seconde moitié du XVIIIème siècle.

Les Russes mirent longtemps à adopter cette boisson exotique ; on n'en buvait qu'à la cour et chez les nobles, le considérant comme une médecine. Le miel, la bière et le kvas restaient les boissons principales des Russes. Au début du XVIIIème siècle, le vin, puis un peu plus tard le Champagne, devinrent à la mode à la cour. Parmi la vaisselle en argent de la cour à cette époque, on trouve des fontaines en forme de vases, richement décorées, fabriquées en Europe occidentale. Elles trônaient sur la table, parmi le reste de la vaisselle, grâce à leurs dimensions assez importantes et à leur magnifique décoration.

 Dans le premier tiers du XVIIIème siècle, on trouve déjà parmi la vaisselle en argent russe des théières pour faire infuser le thé ; un nombre relativement élevé de théières en cuivre et en laiton du milieu et de la seconde moitié du XVIIIème siècle a été conservé. On date de cette même époque plusieurs théières-samovars et samovars-"cuisine", utilisés pour préparer la nourriture. Leur forme est très proche de la vaisselle en métal, théières, jattes et cruchons, de cette époque. Ils se différenciaient essentiellement de ces derniers par une sorte de cheminée et de cendrier intérieurs.

Progressivement, le samovar commence à se détacher du reste de la vaisselle, à acquérir une sorte de suprématie. Sa construction devient nettement plus caractéristique, et les détails en sont tous plus décorés les uns que les autres. Les samovars de la deuxième moitié du XVIIIème siècle viennent remplacer les modestes théières "chauffantes" et rappellent souvent les vases décoratifs de cette époque. Les théières-samovars n'ont pourtant pas totalement dis paru. On continuait de les utiliser au XIXème siècle, mais elles avaient en quelque sorte cédé la place au samovar-"vase". Les samovars de la seconde moitié du XVIIIème siècle tendent déjà vers une forme en hauteur, même quand l'artiste se trouve encore influencé par les formes traditionnelles de la vaisselle russe.

 Au début du XIXème siècle, les samovars font l'objet d'une telle demande qu'à côté des centres déjà existant dans l'Oural, à Toula et à Moscou, de nouvelles fabriques et de nouveaux ateliers de fabrication de samovars apparaissent dans d'autres villes. Les samovars sortaient des ateliers de fabrication d'objets en or et en argent. Cette période est caractérisée non seulement par une incroyable diversité des formes de samovars (vases Empire, tonnelets, colonnes ciselées), mais par une certaine différenciation des samovars en fonction de leur utilisation. C'est ainsi qu'à côté des samovars classiques, on trouve des samovars-cafetières, des samovars de voyage, et ce qu'on appelle des bouillotes, destinées à maintenir l'eau à une certaine température.

On assiste même à une spécialisation très étroite des artisans chargés de fabriquer certaines pièces et parties du samovar. Peu à peu, les fabriques importantes ne s'occupent essentiellement que de l'assemblage et de la touche finale à donner au samovar. Du fait de cette particularité spécifique de la fabrication des samovars, il est souvent très difficile d'attribuer telle ou telle pièce, car la forme, l'interprétation des détails, les motifs de la décoration sont plus le signe d'une  époque, des goûts de cette époque, que la marque d'une fabrique, d'un atelier ou la griffe d'un créateur.

Depuis 1829, année de la première exposition publique d'objets russes à Pétersbourg, les fabriques et les artisans fabricants de samovars participent à toutes les expositions de ce type. Aucune exposition russe à l'étranger n'avait lieu, alors, sans qu'il y ait des samovars: les auteurs d'articles sur les expositions internationales de la production industrielle et artistique ne manquent pas de mentionner la production des fabriques de samovars. C'est à Toula, qui devint, surtout dans la seconde moitié du XIXème siècle, le centre reconnu de fabrication de samovars, que se trouvait le plus grand nombre de fabriques. A cette époque se détachent les fabriques des Batachev, des Vanykine, des Teil et autres ; ils inondent toute la Russie de leur production. Les samovars et la vaisselle en métal de Toula sont exportés à l'étranger. Presque tous les samovars portaient alors le poinçon de la fabrique. Avec une technique plus poussée et différentes améliorations apportées à leur fabrication, les samovars de la deuxième moitié du XIXème siècle perdent leur note artistique. La forme et la décoration prennent un caractère nettement standardisé. C'est malheureusement à ces modèles plus récents qu'est liée l'idée la plus répandue que l'on se fait du samovar russe. (...)

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