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Gastronomie russe

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La Gastronomie Slave

On croit d'ordinaire que le samovar existait dans toutes les couches de la société russe et qu'on le trouvait aussi bien dans le palais du tsar que dans l'isba du paysan. Cette façon de voir ne semble pas nécessiter de preuve particulière, mais elle n'en demande pas moins quelques précisions. Le samovar n'était pas seulement l'incarnation de l'hospitalité russe et du bien-être familial, mais il exprimait aussi une certaine aisance matérielle. On sait que les paysans russes se servaient essentiellement de vaisselle en bois et en céramique. Seules les couches aisées de la paysannerie russe pouvaient se permettre l'achat de pièces en métal, relativement chères, provenant des usines et des ateliers, et donc de samovars. Même dans les années 70 du XIXème siècle, alors que la production de samovars, déjà vieille de plus d'un siècle, se développait largement, dans les campagnes seul "celui qui avait quelque argent possédait un samovar". Cependant, il est impossible ici de ne pas tenir compte du fait que toutes les innovations et les modifications intervenues dans la vie des citadins se retrouvaient avec un certain retard dans la vie des paysans. Néanmoins, le prix élevé des samovars était la raison fondamentale de leur rareté dans le milieu paysan. Ceci peut s'expliquer du fait qu'étaient apparus des samovars artisanaux, que les paysans fabriquaient à leur usage personnel. Il en allait tout autrement dans les villes. Le citadin avait la possibilité de boire le thé du samovar en allant au cabaret, à la foire ou sur la place publique. La tasse de thé auprès du samovar acquit peu à peu le caractère d'une coutume nationale.

Le samovar est particulièrement indispensable lors des fêtes populaires. M. N. Zagoskine décrit le pittoresque tableau d'une fête aux environs de Moscou : "Partout, tout le monde s'amusait et buvait du thé. Ce besoin impérieux de nos négociants, ce seul luxe que se permettaient nos petits marchands, ce plaisir suprême, qui sentait la fête, de tous les fonctionnaires sobres, quel que soit leur rang, des ouvriers-artisans des fabriques et même des moujiks, c'est notre samovar russe qui ronfle et fume tous les dix pas". On ne se séparait pas du samovar, même quand on prenait la route. On fabriquait pour cela des samovars de voyage spéciaux et des boites de thé qui contenaient tout ce qu'il fallait pour boire le thé.

Progressivement s'installa un rituel du thé, avec ses règles, que l'on observait dans toute maison russe. Dès la première moitié du XIXème siècle, c'est traditionnellement la maîtresse de maison, ou sa fille aînée, qui servait le thé du samovar. S'il y avait une petite table pour le samovar, on l'approchait de la table du repas. Quand il y avait peu de monde autour de la table, on installait le samovar directement sur la table, sur un plateau en métal. Dans les maisons aisées, le "Livre du savoir-vivre chez soi" indiquait que "quand il y avait beaucoup d'invités, le thé devait être servi dans une autre pièce et apporté ensuite par le serviteur".

Les samovars en argent et en melchior étaient accompagnés de services en métal, qui formaient un tout avec le samovar. Un tel service comprenait : la théière, le pot à lait, le rince-doigt, la passoire, la pince à sucre et les cuillères à thé.

Quelquefois, il y avait deux samovars dans la maison, un pour tous les jours, et un pour les fêtes et les invités. Les samovars en cuivre rouge ou en laiton d'un jaune d'or étaient astiqués jusqu'à étinceler. Le samovar n'avait pas le dernier rôle dans la décoration de la maison : on le mettait dans un coin du salon, ou près du mur, sur une petite table spéciale ou sur un buffet bas. Dans certaines maisons, où une pièce était réservée au samovar, celui-ci occupait, bien entendu, la place d'honneur.

Chez les ouvriers de la fin du XIXème et du début du XXème siècle, le samovar était installé sur une commode, parmi les bibelots et les tableaux encadrés. Pour protéger le samovar en cuivre de la poussière et de l'oxydation, les maîtres de maison soigneux le recouvraient souvent d'une housse ou d'une serviette spéciale.

On vendait les samovars sur les foires. Les grands marchés, comme la foire de Makariev (fin du XVIIIème siècle) et la foire de Nijni-Novgorod, très courue au XIXème et au début du XXème siècle, avaient leurs étals spéciaux pour les samovars. Les habitants de l'Oural et de Sibérie se rendaient à la foire de Perm et à celle d'Irbit. Au printemps, dès que les fleuves redevenaient navigables, commençait la période la plus animée de l'année. Ainsi, du 25 mai au 10 juin, les habitants de Toula amenaient une grosse partie de leur production à Nijni-Novgorod. Les samovars étaient tout d'abord amenés à Alexine à dos de cheval, là ils étaient chargés sur des péniches, et ils voguaient ensuite sur l'Oka en direction de la foire. Ce chemin était le moins coûteux et le plus fiable ; les samovars arrivaient sans dommage. Les emballages contenaient des samovars de dimensions, de types et de prix divers. Généralement, une caisse que pouvaient soulever deux personnes contenait douze samovars. Cette douzaine de samovars "ordinaires" pesait un peu plus de quatre pounds et coûtait 90 roubles. Car les samovars de qualité moyenne se vendaient au poids. Pour augmenter leur poids, on avait recours à la "ruse" : on mettait dans le samovar des grilles en fonte un peu plus lourdes et on y versait un peu plus de plomb. C'était une production de masse, destinée à un acheteur peu aisé. On fabriquait également des samovars sur commande, pour toutes sortes d'expositions. Parmi ces samovars, on trouve d'authentiques oeuvres d'art. De tels samovars coûtaient particulièrement cher, on y gravait des inscriptions et des dédicaces en souvenir, des chiffres et des monogrammes. (...)

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