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Gastronomie russe

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La Gastronomie Slave

Les plus grosses fabriques avaient leurs propres magasins à Moscou, à St-Petersbourg, à Toula et dans certaines autres villes, où il était possible d'acquérir les pièces indispensables qui accompagnaient le samovar: services en métal, pinces, cuillers, etc...

Le samovar n'était pas utilisé seulement à la maison. Comme nous l'avons déjà dit, les Russes avaient l'habitude d'emmener un samovar en voyage, ou en randonnée.

Dans les cabarets et dans les auberges, les samovars n'étaient pas utilisés seulement pour le thé, mais aussi pour préparer la nourriture et pour la garder au chaud. A partir du XIXème siècle, on commença à préparer le café dans les samovars. Les maîtres-artisans devaient toujours tenir compte de l'utilisation précise du samovar, et chercher une construction, une forme et des dimensions plus pratiques. C'est ainsi qu'on arriva à fabriquer différents types de samovars russes. Mais aussi différents qu'ils soient les uns des autres, ils avaient tous cette idée générale d'appareils "auto- chauffants".

Le groupe le plus important comprenait des samovars à usage domestique, ceux que l'on mettait à la place d'honneur dans le salon ou simplement dans la cuisine, et qui pouvaient être, en cas de besoin, emmenés en voyage ou utilisés pour une fête, ou que l'on mettait dans le jardin en été, ou dans l'eau froide de la rivière quand il faisait très chaud. Le samovar est très reconnaissable, quel que soit son aspect (on fabriquait des samovars en forme de "tonneaux", de "poires-Beurré", de "vases", de "bocaux", etc..) et quelles que soient ses dimensions (d'une contenance d'un verre ou de plusieurs tonneaux).

Dans l'esprit des artisans d'autrefois, le samovar devait être beau et représentatif. Visiblement, ceci se reflétait dans le mot "vase" qui désignait le corps (le réservoir) du samovar, indépendamment de sa "façon".

De par sa construction, le samovar est un appareil assez complexe, et comprenant de nombreuses pièces. Il est caractérisé avant tout par la présence d'un brasero qui assure une température suffisante pour faire bouillir l'eau ou préparer la nourriture. Dans les samovars modernes, le brasero est souvent remplacé par une spirale électrique. Mais les artisans d'autrefois fabriquaient des braseros en forme de cheminée, remplie de charbon. Elle était d'ordinaire fixée au centre du réservoir et se terminait en bas par une grille. Pour augmenter le tirage au fond du "vase", on mettait un cendrier. Les fabricants russes de samovars appelaient la cheminée-brasero la "cruche". Le lexique des vieux artisans comprenait encore quelques termes spéciaux pour désigner les différentes parties et pièces du samovar. Ainsi, le "cercle" désignait l'anneau en relief sur lequel venait se poser le couvercle du réservoir, les "bosses" étant les poignées du couvercle. Par "branche", on entendait la clé du robinet du samovar, en forme de tige courbée ou tressée que l'on tournait sur le côté. Quand on parlait de "robinet grillagé", cela signifiait que la clé était surmontée d'une figurine ajourée, rappelant un trèfle. "L'éperon" était la plaque qui encadrait l'endroit où le robinet était fixé au corps du samovar. Les "chaudières" désignaient les petits couvercles sur les orifices destinés à la sortie de la vapeur. Le corps du samovar s'appuie presque toujours sur un support ou repose sur des pieds.

Le samovar est surmonté d'une "hotte" (le couvercle qui recouvre la cheminée-brasero) et d'un réchaud pour la théière où infuse le thé. On devait certainement rajouter aux samovars beaucoup plus anciens des "théières" et des "cuisines" chauffantes. Certains modèles de ce type ont été conservés, qu'il est possible de dater de façon relativement précise du milieu du XVIIIème siècle. La forme de ces samovars vient en droite ligne des théières, des jattes et des plats en métal.

Les théières-samovars sont maintenant souvent appelées pots à sbiten (1), ce qui rend évidente leur utilisation en réalité très limitée. La "faute" en est, très certainement, aux images d'Epinal et aux figurines de porcelaine du début du XIXème siècle, qui représentent les marchands ambulants avec leurs théières remplies de sbiten brûlant, qui était une boisson très prisée en Russie à une certaine époque. Les marchands portaient aussi cette boisson dans des récipients spéciaux, étroits, avec des becs fortement recourbés, entourés de morceaux d'étoffé pour maintenir la chaleur. Dans la seconde moitié du XIXème siècle, on vendait le sbiten dans des (1) Boisson à base de miel, de sauge, de millepertuis et autres plantes. samovars ordinaires, installés sur une table directement dans la rue. C'est certainement ce qui s'est également produit, beaucoup plus tôt, avec la théière-samovar. Ce n'est que peu à peu que les théières "chauffantes" furent utilisées par les marchands ambulants qui les trouvaient très pratiques pour transporter le sbiten brûlant. La théière-samovar n'a pas cessé d'être utilisée tout au long du XIXème et au début du XXème siècle. Mais sa forme et certains détails de la construction ont été modifiés.

A partir des années 30-40 du XIXème siècle, les samovars de forme ovale ou octogonale deviennent plus répandus. La construction même de la théière-samovar se modifie: la cheminée-brasero intérieure se déplace du centre sur le côté, la poignée immobile est fixée sur le côté opposé au bec. Ces bouilloires étaient d'un usage principale- ment domestique.

Les samovars-"cuisine" ont toujours eu la forme très nettement exprimée d'une jatte, d'une coupe ou d'une cruche profonde. C'était les samovars les plus universels qui soient : ils servaient à la fois pour préparer le repas et faire bouillir l'eau pour le thé. Ces "cuisines" avaient une construction particulière : l'intérieur était divisé en deux ou trois compartiments par des parois verticales. Le brasero se trouvait d'ordinaire au milieu de l'appareil, ce qui permettait de diffuser uniformément la chaleur dans tous les compartiments de l'appareil. Chaque compartiment avait en plus son couvercle. Les "cuisines" du XVIIIème siècle servaient principale- ment à préparer la nourriture et n'étaient divisées qu'en deux compartiments. Plus tard, comme dans les modèles de la deuxième moitié du XIXème siècle et du début du XXème siècle, on ajouta un troisième compartiment pour faire chauffer l'eau, et donc un robinet de samovar. Pour permettre une meilleure isolation des compartiments, les parois étaient beaucoup plus hautes que l'appareil lui- même. L'artisan les décorait de "crénelures". Les poignées étaient faites sur charnières, avec des détails en bois ciselé. Avec ces poignées, il était facile de transporter les "cuisines" ou de les changer de place. Il fut une époque où les samovars-"cuisines" étaient irremplaçables dans les cabarets et les auberges de Russie.

On commença en Russie à boire le thé et le café à peu près à la même époque, celui-ci concurrençant d'ailleurs pendant assez longtemps celui-là. Dès les années W du XIXème siècle, les contemporains notaient unanimement qu'à Pétersbourg la préférence allait au café. Un nouveau type de samovar apparut alors, le samovar-cafetière, petit appareil avec un réchaud à alcool ou un tiroir mobile pour le charbon. Dans le premier quart du XIXème siècle, on dissimulait consciemment la finalité utilitaire de la cafetière. Les fabricants de samovars de la capitale lui donnaient l'aspect d'une colonne ciselée ou d'un cylindre posé sur un support carré. Le robinet et les poignées avaient, de préférence, la forme de têtes de lions. Bien que ces samovars tendent à se rapprocher des formes de l'art classique, on retrouve toujours cet aspect domestique et confortable. A la différence des autres samovars, les cafetières ne possédaient pas l'habituelle cheminée-brasero. Elle était remplacée par des tiroirs métalliques contenant du charbon, ou des réchauds à alcool, disposés sous l'appareil. Et à l'intérieur du corps de la cafetière, on mettait un récipient métallique pour le café, le mixer. Peu à peu, ces appareils acquirent la forme habituelle de la cafetière, c'est-à-dire un petit récipient (généralement en hauteur) avec un bec et une poignée, posé sur un trépied avec un réchaud à alcool. On trouve des samovars remplissant à la fois les fonctions d'une cafetière et celles d'une théière.

Les samovars de voyage se reconnaissaient à leur forme inhabituelle. Pour les rendre plus facilement transportables, on les fabriquait souvent en forme de boite, de coffret ou de boite rectangulaire aux angles coupés. Plus rares étaient les samovars de voyage cylindriques. La construction de ces samovars était également spécifique de par les poignées et la fixation des pieds. Les pieds étaient toujours amovibles. Ils venaient se fixer dans des encoches spéciales ou se vissaient simplement par des vis à bois. Les poignées étaient plus ou moins modestes, et semblaient être collées au corps du samovar même pour les samovars coûteux, richement décorés. Avec le samovar, on emmenait en voyage un coffre qui était, aux dires de V. Sollogoub, "une invention sans aucun doute utile". On y mettait la théière, une carafe avec du rhum, une boite avec du thé, des verres, un pot à lait et d'autres objets indispensables pour boire le thé. On faisait de plus petits coffres, qui ressemblaient alors à de petits écrins et qui contenaient un verre et deux boites en bois, pour le sucre et le thé. Les militaires n'étaient pas oubliés quand, au début du XXème siècle, on inventa des samovars "à dos", adaptés aux conditions de la marche en campagne.

Les appareils appelés bouillottes sont proches du samovar. Ils remplaçaient de façon originale le samovar sur la table. D'ordinaire, on versait dans la bouillotte l'eau déjà bouillante qui était maintenue à la température nécessaire grâce à l'alcool qui brûlait dans un réchaud sous l'appareil. Les bouillottes étaient plus petites que le samovar ordinaire, bien qu'elles lui ressemblent beaucoup de l'extérieur. Les bouillottes en argent de la deuxième moitié du XVIIIème siècle avaient la forme d'une théière ordinaire, posée sur un trépied. Sous la théière se trouvait une niche spéciale pour le réchaud à alcool. C'est ce trépied et le réchaud à alcool qui "trahissent" la bouillotte au premier regard. Ces appareils n'ont bien sûr pas de cheminée-brasero intérieure, ni de réchaud. De l'extérieur, il est parfois difficile de reconnaître une bouillotte du XIXème siècle d'un samovar, et pas seulement du fait qu'elle avait une forme très proche de celle du samovar. Mais, outre les bouillottes à alcool, on trouvait des bouillottes avec un autre système, constitué d'une cheminée intérieure, où l'on versait des "poids" en fusion. Ces appareils avaient une cheminée d'ordinaire étroite, droite et "sourde", c'est-à-dire sans orifice de sortie du cendrier, à l'inverse du samovar. Parfois, pour une plus grande commodité, les bouillottes n'avaient pas un, mais plusieurs robinets. A la fin du XIXème siècle - début du XXème siècle, on trouvait en Russie plusieurs bouillottes de fabrication européenne, des bouillottes anglaises, danoises et autres. (...)

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