Le processus de création du samovar est constitué d'une série
d'opérations dont se chargeaient des artisans de différentes spécialités, de
l'étameur et du fondeur au menuisier.
Même si le fabricant de samovars était seul à travailler dans son petit
atelier, et sortait sa production sous son propre nom, il achetait en gros
certaines pièces déjà usinées (comme, par exemple, les robinets, les
poignées, les couvercles ronds) ou les commandait à un autre spécialiste. Si
on prend les modèles de la première moitié du XIXème siècle, une seule et
même pièce peut parfois porter deux poinçons avec les initiales de plusieurs
artisans, par exemple sur la clé du robinet et sur le couvercle. Ceci confirme
que le corps du samovar était fabriqué par un artisan, et le robinet par un
autre. Dans la deuxième moitié du XIXème siècle et au début du XXème
siècle, il était possible d'acquérir des robinets, des "soupiraux",
des "bosses" en argent de façon et de dimensions diverses dans les
magasins ou dans les dépôts de pièces métalliques. Nous voyons souvent sur
les robinets des samovars du XIXème siècle des chiffres gravés: 0, 1, 2,
etc.; ces chiffres désignent la dimension du robinet.
On peut remarquer que certains modèles du XIXème siècle sont réalisés à
partir de plusieurs matériaux. Par exemple, le corps du samovar est en cuivre
rouge, et le robinet en laiton. Ceci confirme une fois de plus, s'il en était
besoin, que pour fabriquer un samovar on utilisait des pièces standard, déjà
usinées. Cependant, quand des matériaux de différentes natures ne sont pas
décorés de façon spéciale, ils peuvent être le signe d'une restauration ou
d'une modification plus récente.
Les grandes fabriques et entreprises du XIXème siècle produisant des samovars
employaient des artisans à domicile, qui fabriquaient certaines pièces du
samovar. Parfois même, des villages entiers jouait le rôle principal dans la
création de n'importe quel samovar. On peut reconstituer le tableau du travail
de l'étameur, d'après de vieilles photographies qui ont été conservées ou
des descriptions de contemporains de l'époque : dans ses grandes lignes, ce
travail n'a pas changé tout au long de l'histoire du samovar en Russie.
La table de travail de l'étameur était un établi en bois de trois à sept
mètres de long, sur lequel pouvaient travailler un à six artisans. Pour donner
au métal la forme du samovar, ils utilisaient des enclumes en fer, des
"chevalets", en forme de longues barres. Même la forme la plus simple
nécessitait l'utilisation d'au moins trois chevalets : pour l'ébauche, pour
conférer une forme ronde à la plaque de métal, et pour forger les jointures,
les bandes et autres détails. L'extrémité de l'enclume était taillée en
fonction de son utilisation : en forme de cône, de boule, etc.. Si l'étameur
travaillait sur une forme complexe, avec des reliefs ou des facettes, il
utilisait des chevalets supplémentaires. L'enclume (qui pesait un pound et demi
à deux pounds) était installée sur l'établi, l'artisan s'asseyait dessus,
posait sur l'extrémité du chevalet la plaque de cuivre ou de laiton, enroulée
en forme de cylindre, et commençait à la marteler avec un marteau en bois.
Pour fabriquer le corps d'un samovar le plus simple qui soit, il ne fallait pas
moins de douze opérations. La première consistait à enfoncer à coups de
marteau les dents de la ligne de couture du cylindre. Ensuite l'ébauche était
portée à la forge, où la couture était soudée. Après quoi, l'étameur
piquait à nouveau la couture pour la rendre plus solide. Chaque opération
était renforcée par un recuit du métal. C'est ainsi que les petits apprentis
couraient d'un artisan à l'autre. Les ateliers étaient constitués d'artisans
qui avaient chacun une étroite spécialisation dans la fabrication des
samovars. Chaque semaine, les serruriers, les étameurs, les fondeurs à
domicile portaient leurs pièces en ville, à la fabrique. Ils recevaient le
plus souvent des entrepreneurs le matériau, les outils nécessaires et même le
modèle, la "façon", du contour et des autres parties du samovar. Ces
artisans n'étaient le plus souvent que des exécutants passifs. Ils étaient
nombreux même parmi ceux qui travaillaient à la fabrique même. La plupart
d'entre eux ne réalisaient, bien sûr, que les pièces les plus simples comme,
par exemple, le "bocal", le samovar cylindrique, très répandu à la
fin du XIXème - début du XXème siècle. Les fabriques s'occupaient en
général de l'assemblage et du fini donné aux modèles fabriqués. Dans cette
production de masse, la personne de l'artisan, et parfois même le visage de la
fabrique, étaient effacés. Le poinçon qui figurait sur le samovar était le
plus souvent celui du propriétaire de la fabrique ou de l'entreprise.
Même dans la production de masse de samovars d'une forme arrêtée ou la
plus populaire, il n'est pas très facile de trouver deux "jumeaux",
car les proportions varient légèrement d'un modèle à l'autre, le bec est en
forme de "patin" ou de "sabot", une canette remplace le
couvercle arrondi du soupirail... Ceci différenciait même les samovars
standard et rendait chaque modèle unique. Tout ceci se rapporte à la
production de masse. Les samovars à l'unité, ou même ceux fabriqués en
petite série, étaient l'œuvre de grands artisans, qui travaillaient le cuivre
et l'argent. Certains modèles ont, sans aucun doute, été au préalable
dessinés par des artistes.
L'étameur, c'est-à-dire l'artisan qui modelait le "vase" du samovar,
l'autre, de la forge à l'atelier, de l'atelier à la forge. Pour donner au
métal la forme du samovar, on commençait à le marteler du centre vers le bas.
Et peu à peu, le cylindre devenait un vase, une boule ou prenait la forme d'un
verre taillé à facettes. . Jusqu'à la fin du XIXème siècle, les étameurs
fabriquaient le corps du samovar, mais aussi les couvercles
"cerclés", et les soupapes pour la cheminée. Plus tard, ces pièces
étaient fabriquées au moule ou par estampage.
La "cruche" du samovar était également fabriquée par les
étameurs. Elle était composée de tubes de deux diamètres: la partie
inférieure était plus large, la partie supérieure, en laiton plus épais,
plus étroite. Les robinets, les poignées et souvent les supports de la base
étaient coulés par d'autres spécialistes, les fondeurs ou
"couleurs". Les pièces coulées étaient, bien entendu, martelées
ensuite.
Pour empêcher que le samovar en cuivre ou en laiton ne s'oxyde, on rétamait
en recouvrant l'intérieur d'une fine couche d'étain.
Les
samovars étaient pour la plupart réalisés en cuivre ou en alliage de cuivre,
laiton ou tombac. Par rapport à ces derniers, le cuivre est plus mou et moins
solide. Pour que les pièces soient plus solides et moins coûteuses, les
samovars étaient fabriqués le plus souvent de préférence à partir
d'alliages du cuivre. C'est pour cette raison que les samovars rouges, donc en
cuivre, sont plus rares que les samovars rosé orangé (en tombac) ou jaune d'or
(en laiton). On donnait souvent aux samovars en laiton ou en tombac un aspect
patiné, et ils prenaient alors une belle couleur dans les tons verts ou
marrons. Le laiton était argenté au mercure ou par galvanisation, ou bien on
le recouvrait d'une fine feuille d'argent (placage). Dans la deuxième moitié
du XIXème siècle, les samovars en laiton et les autres objets en métal
étaient très souvent nickelés. On trouve des samovars en bronze doré, en
acier de Toula, en melchior (alliage de cuivre, de zinc et de nickel), en fonte.
De nombreux samovars en argent sont parvenus jusqu'à nous. Et le
"Manuscrit de Velikyi Oustioug" mentionne même un samovar en cristal.
Des témoignages attestent que l'on fabriquait aussi des samovars en majolique.