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Les Livres
"Du blason des chevaliers aux marques de fabrique"
 par
J-B. Cahours d'Aspry
Avertissement : le présent ouvrage n'est pas un traité
d'héraldique de plus, mais comme son nom l'indique, une étude du blason sous
un angle artistique, avec de nombreuses références sur l'héraldique russe!
Quelques figures principales (la croix, l'aigle, le lion, le lys)
Le répertoire des figures est illimité. N'importe quelle forme
géométrique, n'importe quel animal, végétal ou objet quelconque peut devenir
une figure de blason; jusqu'aux instruments les plus modernes comme les avions
d'Issy-les-Moulineaux, les machines agricoles moissonneuses-batteuses que l'on
vit attribuer à des kolkhozes sous le régime soviétique.
Aux origines de l'héraldique le nombre de figures fût naturellement plus
limité : une vingtaine à la fin du XIIe siècle, une quarantaine à la fin du
Moyen Age. Nous ne pouvons que survoler tout ce bestiaire. Nous nous limiterons
à ne montrer que les plus utilisés en héraldique : le lion et l'aigle, qui
dépassent de très loin les autres animaux.
L'aigle qui est toujours au féminin, peut être mono ou bicéphale, aux vols
éployés ou abaissés.
La forme de l'aigle héraldique est basée sur une parfaite symétrie, sa
tête brisant seule l'axe du corps quand il est monocéphale. Sa tête est
tournée à dextre. Avec ses ailes déployées, ses serres fortement
marquées et sa queue en panache, il n'a rien de réaliste.
Ivan III le Grand (1440-1505), grand prince de Vladimir et de Moscou
(1462-1505), adopta le titre de tsar et d'autocrate et se voulut l'héritier de
Byzance par le mariage qu'il fit avec Zoé-Sophie Paléologue, nièce du dernier
empereur de Byzance. Sur son sceau de 1497, il porte un Saint-Georges tuant le
dragon et sur son contre-sceau, une aigle bicéphale couronnée (la 3e couronne
qui surplombe les autres n'apparaîtra qu'en 1604), mais le Saint-Georges en
écusson sur la poitrine de l'aigle, dès le sceau de 1562 d'Ivan IV
Vassilievitch dit le Terrible (1530 + 1584), grand prince, puis premier tsar de
Russie.
Les
armoiries de souveraineté
Les armoiries de souveraineté sont celles des maisons souveraines : des
papes, des empereurs, des rois, des principautés souveraines, mais aussi des
républiques souveraines. Réunies parfois en composition fort compliquée,
elles associent dans un même écu ou dans un ensemble d'écus sous une même
couronne. Les armoiries de souveraineté les plus connues et toujours en vigueur
sont naturellement celles de la Grande-Bretagne qui écartèlent Angleterre,
Ecosse et Irlande, celles d'Espagne qui écartèlent Castille, Léon, Aragon et
Navarre avec une pointe entée de Grenade.
Moins connues sont celles des grands empires européens, disparues dans la
tourmente de la Première Guerre mondiale ; celles de Russie ou celles
d'Autriche-Hongrie dont nous donnons les armoiries en hors-texte. Les grandes
armoiries de Russie s'inspirent de celles de France, dites « à la Moreau ».
L'écu à l'aigle timbrée d'un casque de la vieille Russie est entouré du
collier de l'ordre de Saint-André et soutenu par deux aigles. L'ensemble est
placé sous un pavillon d'or semé d'aigles et doublé d'hermine, timbré de la
couronne impériale au-dessus de laquelle flotte une bannière. La composition
est entourée, à dextre, d'un rameau d'olivier sur lequel sont posés les écus
couronnés de Kasan, de Pologne, de Tauride, de Kiev Wladimir-Novgorod ; au
milieu, les armes parties de Romanov et de Holstein-Gotorp ; à sénestre,
Astrakan, Sibérie, Ibérie-Kartoline-Kabardie, Arménie-Circassie ; de
Finlande. Au-dessus, six écus d'autres territoires de l'empire.
Sous Paul Ier, les territoires étaient réunis dans un grand écu posé sur
la croix de Malte dont l'empereur prétendait à la grande maîtrise.
Le style héraldique
Dès le second sceau de Pierre Le Grand, des écussons apparurent sur les
plumes de l'aigle. Au nombre de six à cette époque, ils passeront à huit sur
une représentation de 1856. À l'imitation de l'empereur d'Autriche, l'aigle
impériale de sable décore un champ d'or avec ou sans les écussons sur les
ailes. Si les armes de l'écusson de cœur restent les armes de Moscovie,
l'oiseau symbolise l'Empire ou l'empereur dans sa fonction. Si l'écusson est
seul en cœur couronné d'une couronne royale, ce sont les armes personnelles de
l'empereur.
Une gravure du XVIIIe siècle représente un grand écu en forme de targe
chargée d'un écusson de même forme accompagné de quatre autres petits
écussons en accolade, présentant les différentes principautés vassales de
l'Empereur.
Depuis 1992 la Fédération de Russie de Boris Eltsine, a repris l'aigle
impériale avec ses trois couronnes, mais les écussons ont été supprimés, la
Pologne et la Finlande ne faisant plus partie de l'empire russe (II). Les armes
de la famille Romanov peuvent remplacer les armes des grands princes de Moscou.
Elles sont : « d'argent au griffon de gueules tenant dans la griffe droite un
sabre d'or et dans la griffe gauche un bouclier du même ; à la bordure de
sable chargée de huit têtes de lion arrachées, alternées : quatre d'or,
quatre d'argent » (III).
L'héraldique russe
Au début du XVIIIe siècle, la Russie à son tour se dota d'un système
héraldique. C'est Pierre Le Grand qui en eut l'initiative, ainsi que des titres
de noblesse. Auparavant, il n'existait dans ce pays que des boyards et des ducs
de Lithuanie qualifiés de princes. A l'initiative de l'Allemagne, Pierre le
Grand organisa une noblesse et créa les titres officiels de princes, comtes et
barons et introduisit l'usage des armoiries. Le 12 janvier 1722 était créée
une chambre de la noblesse avec un maître-héraut chargé de composer des
blasons suivant les règles de l'héraldique.
Paul
Ier décida la création d'un armoriai officiel dont les dessins laissent un peu
à désirer. Dix volumes furent ainsi imprimés entre 1710 et 1840. Plus tard,
en 1857, Alexandre II demanda au baron Kuehne de réviser les armoiries des
provinces, territoires, villes et nobles de l'Empire pour les mettre en harmonie
avec les règles internationales. La chambre de la Noblesse fut constituée avec
un maître-héraut pour chef, trois peintres héraldistes, un calligraphe et un
copiste. Elle fut rattachée au sénat dirigeant au sein duquel elle forma un
département spécial où les armes des familles nobles ou anoblies, ne
possédant pas encore d'armoiries, furent enregistrées.
L'ordre de Saint-André
L'ordre de Saint-André de Russie fût fondé le 30 novembre 1698 à la suite
de la prise de la forteresse d'Azov aux Turcs par le tsar Pierre Alexievitch,
plus tard empereur sous le nom de Pierre Le Grand (I). Cet ordre qui est le
premier et le plus estimé des ordres russes était destiné à récompenser les
militaires qui s'étaient distingués pendant la guerre contre les Turcs ou
qui réprimèrent la révolte des Stréletz. Nicolas 1er, par Ukase du 13
décembre 1831 décida que les chevaliers de Saint-André seraient en même
temps chevaliers de l'ordre de Saint-Alexandre, de l'Aigle Blanc, de Sainte-Anne
de première classe, et par l'ukase du 11 juin 1865, qu'ils seraient aussi
chevaliers de première classe (ou Grands-croix de l'ordre de Saint-Stanislas).
Les chevaliers de Saint- André étaient réunis par l'empereur et ne formaient
qu'une seule classe de membres.
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