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Les Livres

Églises et cimetières russes remarquables

Livre de Natalia Smirnova

Préface

Après la guerre civile, des centaines de milliers de Russes ont trouvé asile dans les pays d'Europe Occidentale. Dans certains endroits, ils ont trouvé des églises qui existaient déjà depuis assez longtemps. Dans les différentes capitales, les ambassades avaient habituellement leurs propres églises, qui se trouvaient en général dans des bâtiments «civils». Mais il existait pas mal d'églises construites selon toutes les règles de l'architecture religieuse. Parmi elles, les plus nombreuses étaient situées dans les stations thermales ou balnéaires comme Biarritz, Bad-Ems, Merano, San Remo et autres «baden» allemands. Il existait aussi des églises-monuments comme à Dresde ou à Nice. Certaines capitales possédaient des églises dont l'aménagement était lié à la présence de personnes couronnées de la maison  impériale russe. A La Haye, il existait une église privée de la reine des Pays-Bas Anna Pavlovna, sœur de Nicolas 1er; à Copenhague, l'église Saint-Alexandre Nevski. Existaient également des églises construites sur initiatives privées comme à Florence, Paris ou Nice. Mais tous les réfugiés ne se sont pas installés dans les villes importantes ou dans leurs environs, où ils pouvaient profiter de la présence d'une église qui existait déjà. Pour survivre, il fallait travailler dans les usines ou dans les mines...

Nombreux furent ceux qui se sont installés dans les centres industriels et qui ont presque immédiatement commencé à construire leurs propres petites églises, lesquelles étaient parfois fort pauvres et misérables mais n 'en demeuraient pas moins infiniment touchantes. Dans les villes universitaires sont apparues des églises «d'étudiants». C'était notamment le cas de l'église Sainte-Tatiana-et-Saint- Georges dans ma ville natale, Louvain.

Comme par miracle, on trouvait un emplacement convenant plus ou moins — baraque, garage vide, remise; à partir d'un matériel occasionnel, on construisait des autels, des lutrins, des iconostases. Les peintres d'icônes amateurs peignaient des icônes et des oriflammes ; on trouvait également des choristes amateurs. Avec des moyens très modestes, on confectionnait des habits sacerdotaux pour les prêtres, et quelques mètres carrés d'Europe occidentale se transformaient ainsi en quelque chose d'attirant et de cher — un minuscule coin de Russie, une modeste église orthodoxe. Quelquefois, on trouva le moyen d'acheter un terrain et d'y bâtir une église. Comme exemple, on peut citer l'institut Saint-Serge à Paris, l'église du Saint-Sauveur à Asnières, dans la banlieue parisienne, l'église de Liège, le monastère de l'Intercession de la Vierge à Bussy, les églises de Mourmelon et de Sainte-Geneviève-des-Bois.

Il est impossible de ne pas rappeler le rôle joué par la deuxième «vague» d'immigration apparue après la deuxième guerre mondiale. Elle redonna des forces vives aux paroisses qui existaient déjà depuis un quart de siècle en Europe occidentale. Ces réfugiés avaient fait l'expérience douloureuse de ce qu 'était la vie à une époque où l'Église était cruellement persécutée.

Nombreux furent ceux qui, par la force du destin, ont été contraints d'émigrer deux fois: c 'était les «émigrés de Kharbin», qui se retrouvèrent d'abord en Mandchourie, mais qui, après la victoire de Mao Zedong, durent quitter ces lieux devenus familiers.

Je me souviens qu 'en Belgique, trois maisons de retraite étaient peuplées presque exclusivement de ces réfugiés. J'en ai enterré plusieurs. Pour un jeune prêtre, ces réfugiés apportaient la preuve évidente que «les portes du hadès ne prévaudront pas contre [l'église du Christ].» (Mat. XVI, 18).

Le destin de toutes ces églises n 'est pas le même: les unes, pour des raisons diverses, ont disparu (comme par exemple la paroisse de Louvain — les étudiants, une fois leurs études terminées, partaient et le nombre d'orthodoxes vivant là-bas en permanence était restreint.) Les autres se sont bien enracinées et sont devenues de véritables pépinières de l'Orthodoxie.

Ce livre est conçu comme une description de quelques églises constituant les hauts lieux de notre archevêché. Les unes sont de beaux monuments construits avant la Révolution, les autres sont l'œuvre des réfugiés. Mais les unes comme les autres furent construites par des Russes orthodoxes. Gloire et honneur à ces architectes et peintres renommés tout comme aux bâtisseurs plus modestes et anonymes. Les uns comme les autres ont œuvré à la gloire de Dieu.

Que Dieu bénisse ce livre et se souvienne en son royaume de tous ceux qui ont contribué à l'édification des églises orthodoxes en Europe occidentale.

+ Serge, Archevêque des Églises Orthodoxes Russes en Europe Occidentale


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