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Les Livres
« La Vieille » par Daniel Harms
Rien n’est plus absurde que cette histoire. Les évènements s’enchaînent lentement mais fatalement. Le style est simple, précis, clair. Un vrai chef-d’œuvre de la littérature mondiale!
Sujet : Un homme simple mène une vie ordinaire et grise jusqu’à ce qu’une vieille, qu’il ne connaît pas, entre dans sa chambre, s’assoie dans le fauteuil et meure. Qui est cette vieille? Que faire de son cadavre? Croira-t-on l’homme affirmant qu’il ne l’a pas tuée?
La Vieille par Daniel Harms
Extrait :
Quelqu’un frappe à la porte.
— Qui est-ce?
Pas de réponse. J’ouvre la porte et vois la vieille que je
rencontrai ce matin dans la cour. Je suis très surpris et ne parviens à rien
dire.
— Je suis venue, dit la vieille et entre dans la chambre.
Je reste à la porte et ne sais pas quoi faire : mettre la
vieille dehors ou, au contraire, lui proposer un siège ? Mais la vieille
va d’elle-même à la fenêtre et s’assoit dans le fauteuil.
— Ferme la porte et mets le verrou, me dit la vieille.
Je ferme la porte et mets le verrou.
— Mets-toi à genoux, dit la vieille.
Je me mets à genoux.
Ici je me rends enfin compte de toute la stupidité de la situation
où je me trouve. Pourquoi suis-je à genoux devant cette vieille ? Et
pourquoi cette vieille se trouve chez moi, assise dans mon fauteuil préféré ?
Pourquoi ne mets-je pas cette vieille dehors ?
— Écoutez, lui dis-je, de quel droit me donnez-vous des ordres
dans ma propre chambre ? Je n’ai aucune envie de me tenir à genoux.
— Tant mieux, dit la vieille. Car maintenant tu dois te mettre
par terre, visage contre le sol.
Je m’exécute aussitôt...
Je vois des rectangles parfaits du parquet. La douleur à l’épaule
droite et à la cuisse, me force à changer de position J’étais étalé par
terre, à présent je me soulève à quatre pattes. Mes membre sont engourdis et
se plient difficilement. Je jette un coup d’œil autour, et me vois au milieu
de ma chambre, à quatre pattes. La conscience et la mémoire me reviennent
lentement. Je jette un autre coup d’œil dans la chambre, et il me semble
apercevoir quelqu’un assis dans le fauteuil près de la fenêtre. Il fait
sombre dans ma chambre, cela doit être le petit matin. Je regarde avec
insistance. Mon Dieu ! Est-ce la vieille que je vois assise dans mon
fauteuil ? Je tends le cou et regarde encore. Oui, bien sûr, c’est la
vieille, la tête légèrement penchée sur la poitrine. Elle dut s’endormir.
Je me lève et m’approche d’elle en boitant. La tête de la
vieille est penchée sur la poitrine, les bras tombent librement le long du
fauteuil. J’ai une soudaine envie de saisir cette vieille et de la jeter
dehors.
— Écoutez, lui dis-je, vous êtes dans ma chambre. J’ai besoin
de travailler. Je vous prie de vous en aller.
La vieille ne bronche pas. Je me penche et regarde la vieille dans
les yeux. Sa bouche est ouverte, et une prothèse dentaire en sort. Soudain je
comprends : la vieille est morte.
« La Vieille » par Daniel Harms, nouvelle, 52 p., 5 €
Suivi d’une courte nouvelle : Autobiographie.
ISBN 2-84755-008-9
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